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Les députés des Affaires économiques de l’Assemblée repartent de La Réunion riches d'enseignement

Au terme de 5 jours de rencontres, le président de la commission des Affaires économiques de l’Assemblée nationale dresse un bilan très riche de son déplacement en terre réunionnaise. Un déplacement en délégation de plusieurs députés envisagé comme une meilleure prise de connaissance du contexte local pour mieux articuler les propositions et amendements émis par les députés ultra-marins durant les sessions de travail parlementaire mais c'est aussi un déplacement qui pourrait servir, en retour d’expérience, à mieux baliser certains sujets qui préoccupent la scène nationale. Simple membre de la commission des Affaires économiques de l’Assemblée pendant 5 ans (2017 - 2022) et désormais président de cette même commission permanente depuis la nouvelle législature, Guillaume Kasbarian répond à nos questions.
Ecrit par Ludovic Grondin – le samedi 25 février 2023 à 16H04

Zinfos974 : Vous êtes un jeune député (35 ans), c’était encore plus le cas en 2017. Qu’est-ce qui fait que vous avez voulu être un homme politique et un député surtout ?

Guillaume Kasbarian : C’est ma rencontre avec Emmanuel Macron. Je fais partie des premiers à avoir adhéré au parti qu’Emmanuel Macron a créé en 2016. Je suis issu du monde de l’entreprise. Je n’ai pas fait d’études politiques mais j’ai fait, à l’époque, la campagne du candidat Macron en 2016-2017 et, dans la foulée, je me suis présenté aux législatives (ndlr : il deviendra donc député La République en Marche de la 1ère circonscription d'Eure-et-Loir). C’était pour moi l’occasion de mettre en pratique le programme pour lequel on s’était battus lors de la première campagne. 

Lorsque l’on a fait ses études au sein de la prestigieuse ESSEC (l'École supérieure des sciences économiques et commerciales), est-ce que l’on est automatiquement fléché vers la commission des Affaires économiques de l’Assemblée ?

Non, c’est un choix mais effectivement en cohérence avec mes études et 8 années d’expérience en entreprise qui font que j’ai pensé, et je pense toujours, avoir plus de valeur ajoutée sur les questions économiques que sur d’autres sujets tout autant passionnants mais pour lesquels j’ai moins de qualifications.

Quelle est votre lettre de mission ?

L’objectif que l’on a c’est de traiter de la question de la vie chère, du pouvoir d’achat. A La Réunion, vous avez un bouclier qualité-prix qui a le mérite d’exister. C’était l’occasion de faire un peu le bilan de ce bouclier qualité-prix parce que nous avons un débat en cours au niveau national sur un panier anti-inflation. L’expérience réunionnaise depuis 10 ans du bouclier qualité-prix est intéressante pour éclairer le débat national sur le sujet de la vie chère. 

Ensuite on a un deuxième axe d’études qui est celui de l’énergie. Vous êtes en plein dévéloppement des énergies renouvelables. Vous avez un beau potentiel, notamment sur le solaire avec les panneaux photovoltaïques. Il se trouve que l’on vient de voter une loi sur l’accélération des énergies renouvelables dans laquelle d’ailleurs Mme Bassire a fortement contribué ces dernières semaines et donc c’est l’occasion de voir comment est-ce que la loi que nous venons de voter peut être la plus efficace possible dans le développement de la filière photovoltaïque à La Réunion. 

Un troisième sujet d’études que l’on a concerne le logement, qui figure aussi dans notre commission. Je suis venu notamment avec Annaïg Le Meur à qui j’ai confié une mission sur le prix du logement dans les zones tendues, les zones littorales, les zones touristiques. Elle essaye donc en ce moment de trouver les moyens de faire baisser les prix à travers une politique d’offre importante. Il était donc intéressant d’interroger les acteurs de la construction mais aussi des bailleurs sociaux pour mieux comprendre les spécifiés locales. Vous avez 39.000 demandeurs de logement en ce moment. 

Après il y a d’autres sujets économiques que nous étudions. C’est par exemple le cas de la pêche. Le numérique nous intéresse également. Nous sommes allés visiter des start-up à la Technopole. 

Le déplacement de la commission parlementaire que vous présidez débouche-t-elle sur un rapport ?

On fera un compte-rendu de mission et on a quelques idées de propositions de loi qui émergent de nos discussions. On a par exemple la question des normes de construction. On se rend compte que certaines lois sont peu adaptées à la situation à La Réunion, notamment en ce qui concerne la loi Littoral avec parfois des obligations qui ont été pensées pour la métropole mais qui, à La Réunion, du fait du relief qui monte très rapidement avec les montagnes, ne sont pas forcément très adaptées. 

On repart aussi avec une liste de modifications législatives potentielles sur des sujets où nous avons constaté une difficulté d’application de la loi sur le terrain ou, pour le dire positivement, une marge d’amélioration pour que la loi soit plus en adéquation avec la topologie, avec les spécificités locales à La Réunion. Donc on va s’y atteler avec des propositions de loi spécifiques sur le sujet. 

Ces modifications peuvent-elles intégrer une loi-programme par exemple ou au contraire venir modifier plein de lois déjà existantes ?

Dans le contexte aujourd’hui d’une assemblée qui, comme vous le savez, est en majorité relative avec des discussions qui peuvent parfois être laborieuses, le fait d’avoir des textes courts, précis, qui visent à améliorer les choses de façon spécifiques sur un sujet ciblé, déjà c’est de nature à avoir une majorité plus facilement quand on vote ces textes-là.

D’autre part, c’est plus efficace et je pense que c’est plus clair en termes de communication et plus crédible aussi parce que les grandes lois-cadre ou une grande loi Outre-mer - écoutez, pourquoi pas... - mais je pense que ça devient rapidement une loi fourre-tout rapidement. Je préfère qu’on traite sujet par sujet et voir qu’est-ce qu’on peut améliorer sur le logement, qu’est-ce qu’on peut améliorer dans la construction, sur la pêche etc., donc de façon précise et ciselée pour que ça soit le plus efficace possible. Déjà que ça passe au Parlement (rires) et ensuite qu’on arrive à vous expliquer de façon très concrète ce qu’on a changé dans la loi plutôt que de vous parler de grande loi-cadre, ou programme ou pluri-annuelle pour l’Outre-mer…

On est aussi à l’écoute des députés ultra-marins et députés réunionnais. Ce déplacement il permet aussi de mieux comprendre pourquoi est-ce qu'ils déposent des amendements ou des propositions de loi après voir pu constater nous-mêmes l’utilité de ce qu’ils proposaient. 

Après il y a des éléments qu'on a découverts ici, qui nous inspirent sur le plan national. Je reviens sur le panier anti-inflation avec ce qu’on a observé sur la limite et les problèmes du BQP.

Il a un intérêt : il est accessible à tout le monde, il permet à des familles modestes de s’en sortir et il propose un contingentement des prix sur certains produits donc c’est quand même utile. La limite c’est quand même le problème de disponibilité de 20% du panier. Il y a quand même 1 produit sur 5 qui n’est pas disponible.

Et le deuxième problème c’est la stratégie de certains acteurs de la grande distribution qui, peut-être parfois, augmentent le prix de certains produits très consommés et baissent le prix de produits qui ne sont pas tant consommés que ça. Donc attention aussi aux stratégies d’évitement de la grande distribution. Donc vous voyez que ce sujet-là c’est un sujet national, on est sur un beau sujet politique sur la vie chère et l’expérience réunionnaise elle nous apprend des choses sur ce qu’on peut faire ou pas au niveau national. C’est aussi ça les enseignements de ce déplacement. 

Enfin, notre déplacement il avait pour vocation d’aider les acteurs qu’on a vus. Sur des questions de réglementation ou de financement. Voilà, c’est du très concret. Pour moi, ça permet d’avoir en cinq jours de déplacement à la fois des propositions de loi et des amendements qui peuvent arriver, une meilleure compréhension de l’expérience réunionnaise sur certains sujets qui nous occupent au niveau national et en même temps d’aider des acteurs locaux qui sont tout à fait intéressants parce qu’ils portent des projets de rupture, innovants qui ont un impact non seulement sur La Réunion mais aussi sur la métropole. Je pense à la stérilisation des moustiques tigres puisque vous savez que dans certains départements de métropole, on tente de l'éradiquer.

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