Les cimetières

Mais, quand je ne fait qu'y passer.
Ces nombreuses maisons de pierres,
Vrais réceptacles du Passé,
Dans le grand champ des trépassés
Entonnent les mêmes prières.
Le vent serait leur messager.
<<et, c'est pour moi un grand mystère>>
Qu'il soit violent ou léger,
Il charrie, telle une rivière
Le regret des anciens vergers
Où fleurissaient les orangers.
Certains tombeaux ostentatoires
Emergeant de ce champ des morts
Ont des aspects blasphématoires
De palatiaux coffre-forts.
Ils font la nique aux croque-morts
Et clament leurs fausses victoires.
Mais, dans la terre ou les caveaux,
Dans le ciment ou le porphyre
Et le vide noir des tombeaux
Entendent-ils la douce lyre
Qui psalmodiait leur grand délire
Quand on a tiré les rideaux ?
La chair appartient à la terre
Et sert de proie aux vers idiots.
Mais, si l'après n'est que chimère,
Si le néant est notre lot,
Si le tyran vaut le clodo
A quoi sert donc un cimetière ?
La véritable égalité
Se trouve dans L'éternité.


