Le Tampon : un toxicomane jugé pour le meurtre crapuleux d'une retraitée de l'armée

Mathis Blaya, 24 ans, comparaît à compter de ce lundi et pour trois jours devant la cour d'assises de Saint-Denis. Il est jugé pour le vol et le meurtre de son ex-logeuse, une retraitée de l'armée âgée de 68 ans. Dans la nuit du 1er au 2 septembre 2022, Dominique Talbot avait été sauvagement poignardée à son domicile du Tampon.
Le 3 septembre 2022 en fin de matinée, les riverains du chemin Farjeau observent avec inquiétude l'effervescence inhabituelle qui règne dans leur allée étroite, plantée sur les hauteurs du Tampon. Les habitants de ce paisible quartier résidentiel assistent à un défilé de gendarmes qui passent le portail de leur voisine, Dominique Talbot. Une telle effervescence et la présence du fourgon de l'identification criminelle de la gendarmerie ne laissent guère de doute sur le fait qu'il s'est produit un drame.
Lire aussi : Tragique accident au rallye de Saint-Joseph : un deuxième enfant décède de ses blessures
L'alerte a été donnée par un artisan qui avait rendez-vous avec la propriétaire, une retraitée de l'armée, âgée de 68 ans. Dominique Talbot avait entrepris de faire des travaux de rénovation dans sa maison pour la revendre. Son projet était de rentrer vivre en métropole auprès des siens pour la fin de l'année 2022. L'entrepreneur l'appelle en vain à plusieurs reprises. Trouvant bizarre qu'elle lui ait posé un lapin, il se décide à franchir la porte d'entrée qui n'est pas verrouillée. Le silence qui règne dans la maison l'incite à explorer les lieux jusqu'à découvrir le corps sans vie de Dominique Talbot. La malheureuse repose sur le sol de sa chambre à coucher au beau milieu d'une flaque de sang.
Tuée dans son lit avec une arme blanche
Les constatations initiales orientent à coup sûr les enquêteurs sur la piste criminelle. Des plaies localisées sur le cou, le thorax et le visage de la sexagénaire indiquent qu'elle a été frappée à plusieurs reprises au moyen d'une arme blanche, probablement alors qu'elle se trouvait allongée sur son lit. L'autopsie confirme qu'elle a été percutée à dix reprises par la lame d'un couteau. Les coups portés à sa gorge se sont révélés fatals.
Reste à savoir qui s'est introduit 48 heures avant la découverte du drame au domicile de Dominique Talbot pour l'agresser dans son sommeil ? Crime de rôdeur ou vengeance d'un familier ? Les gendarmes de la section de recherches de Saint-Denis explorent toutes les pistes. Mais ils se concentrent d'abord sur les locataires de passage que la victime accueille dans sa maison, spécialement aménagée à cet effet. Il s'avère en effet que cette femme au caractère trempée a rencontré des difficultés avec certains d'entre eux.
Un ex-locataire sur la liste des suspects
Un des locataires de Dominique Talbot retient plus spécialement l'attention des enquêteurs. Mathis Blaya, alors âgé de 21 ans, a fait l'objet de dépôts de plainte de la part de la retraitée. Elle a soupçonné le jeune boulanger-pâtissier de métier d'avoir dérobé sa carte bleue et des formules de chèque pour un montant d'environ 3.000 euros. Pour autant, Dominique Talbot ne lui a pas complètement fermé la porte de sa maison. De temps à autre, elle a continué à l'accueillir dans une de ses chambres en location.
Parallèlement, les gendarmes établissent que la dernière trace de vie de la victime remonte au 1er septembre. Soit deux jours avant la découverte macabre faite par l'artisan. Les images de vidéo-surveillance d'un voisin montrent qu'elle rentre chez elle en fin d'après-midi aux environs de 17h30. Autre détail qui a son importance : le portail de la maison reste clos jusqu'à 23h06. Bizarrement, il ne l'est plus à compter de 5h52, le 2 septembre au matin. Comme Dominique Talbot n'est semble-t-il pas ressortie, les images laissent à penser que quelqu'un a pu s'introduire chez elle au profit de la nuit.
La carte bleue utilisée après le crime
Un autre indice se révèle déterminant pour les enquêteurs. La carte bleue de Dominique Talbot a été utilisée le soir du 3 septembre à Saint-Gilles alors qu'elle avait déjà été tuée. Elle a permis de régler une note au “Beach club”, une boîte de nuit en vogue dans la station balnéaire de l'ouest de l'île. Evidemment, les enquêteurs épluchent les images des caméras de vidéo-surveillance de l'établissement de nuit. L'étau se resserre sur Mathis Blaya qui, comme par hasard, s'y trouve ce soir-là. D'ailleurs, le bornage de sa ligne téléphonique confirme sa présence sur les lieux.
Le 9 septembre 2022, le suspect numéro 1 est placé en garde à vue. Peu loquace au cour des interrogatoires, Mathis Blaya finit tout de même par admettre qu'il s'est introduit au domicile de Dominique Talbot, dans la nuit du 1er au 2 septembre. Alors qu'il est occupé à fouiller la maison à la recherche d'argent frais, il dit avoir été surpris par la retraitée, probablement tirée de son sommeil par un bruit suspect. Le jeune homme reconnaît encore s'être battu avec elle mais il ne livre pas plus de détails.
Nu dans son lit... avec les mains pleines de sang
Que s'est-il passé au juste ? Mathis Blaya ne semble pas en avoir gardé la mémoire. Il évoque “un trou noir” en raison de l'absorption d'une dose massive de MDMA cette nuit-là. Cette drogue chimique à laquelle il est accroc et qui explique son besoin de trouver de l'argent à tout prix. Mathis Blaya se souvient néanmoins s'être réveillé le lendemain matin chez lui. Allongé nu dans son lit... avec les mains pleines de sang. Lors de son interrogatoire, il ne cache pas qu'il éprouvait un profond ressentiment envers Dominique Talbot. Il lui vouait même de la haine, estimant qu'elle faisait montre à son égard d'un manque de considération. Il semble probable qu'il n'appréciait pas ses propos quand elle tentait de le remettre dans le droit chemin.
Au cours de l'instruction, Mathis Blaya retrouve quelque peu la mémoire. Il indique avoir consommé un cocktail à base d'ecstasy, de MDMA et d'alcool peu avant le drame. Fraichement licencié par la grande enseigne de restauration de l'île qui l'employait et à court d'argent frais pour s'acheter de la drogue, il aurait eu l'idée de se rendre à nouveau chez son ex-logeuse afin de lui dérober ses économies. A la fois, il connaît les lieux comme sa poche pour y avoir séjourné et il admet avoir déjà dérobé de l'argent à la sexagénaire.
Surpris en plein cambriolage
Le trentenaire avoue au magistrat instructeur avoir escaladé le portail de Dominique Talbot aux environs de 2 heures du matin, dans la nuit du 1er au 2 septembre 2022. Il se glisse ensuite jusqu'à l'arrière de la maison où il sait que la porte est toujours ouverte. Les chiens de la dame, qui le connaissent bien, n'aboient pas. Ce qui explique que les voisins n'ont rien entendu. A la recherche d'argent liquide, il s'emploie à fouiller discrètement la maison.
Comme il ne trouve rien, Mathis Blaya décide de s'emparer une fois de plus de la carte bleue de la retraitée. C'est à cet instant que Dominique Talbot se réveille et le surprend en plein cambriolage. Il précise qu'elle s'approche de lui bien qu'il tente de l'en dissuader. Il se serait saisi au passage d'un couteau de cuisine pour la menacer. Il prétend que la propriétaire le traite de “petit connard”.
Un crime crapuleux sur fond de drogue
En tout cas, le face-à-face dégénère. Il lui porte des coups poing au visage avec sa main gauche tandis qu'il serre toujours le manche de son couteau dans l'autre. Dominique Talbot aurait été contrainte de se replier dans sa chambre jusqu'à se retrouver sur son lit. Fou de rage, Mathis Blaya dit être allé au contact avant de se positionner quasiment à califourchon sur elle. Il précise l'avoir bloquée avec un genou en écrasant son épaule. Sa victime immobilisée, il plonge à plusieurs reprises la lame de son couteau dans son cou. Son forfait accompli, il raconte l'avoir abandonnée inanimée sur son lit.
L'enquête permet d'établir que les relations entre Dominique Talbot et son locataire s'étaient achevées de manière houleuse. La retraitée s'en était ouverte auprès de certaines connaissances mais elle avait aussi déposé plainte pour vol à son encontre à plusieurs reprises. Il avait déjà offert des bijoux dont l'origine était incertaine à des proches. Tout comme il avait l'habitude de se rendre dans des commerces de revente de matériel d'occasion pour écouler du matériel informatique ou des bijoux.
Interrogés, des proches de Mathis Blaya confirment qu'il vivait au-dessus de ses moyens, n'hésitant pas à dépenser plusieurs centaines d'euros en soirée. Lui-même explique que sa consommation de drogue pouvait atteindre jusqu'à 2 000 euros par mois. Ce qui colle avec le mobile présumé du crime.


