Le Tampon : Il frappe sa compagne et se persuade qu'il a sauvé ses enfants d'un drame

La scène décrite par les deux enfants est tragique, même s’ils semblent avoir banalisé les coups. Les deux garçons, déjà placés en famille d’accueil pour des violences commises à leur encontre par leur mère, sont en visite au domicile des parents à l’occasion de la fête des Pères.
La famille se rend à un repas. La situation dégénère sur le chemin du retour dans la voiture. Madame a beaucoup bu et veut poursuivre sa soirée. Monsieur, lui, n’est pas d’accord et souhaite rentrer coucher les enfants.
“Papa a serré le poing très fort et a frappé maman. Ce qui m’a fait le plus peur, c’est quand papa a voulu transpercer maman avec le tournevis”, racontent les deux petits garçons. La voiture de la famille est alors garée sur le bas-côté à proximité du domicile, warnings enclenchés.
Un coup involontaire
Un automobiliste s’arrête pour porter secours, pensant à une voiture en panne. Il trouve une femme la lèvre en sang et deux enfants en pleurs. L’homme les convainc finalement de le suivre pour les mettre à l’abri. Le papa, visiblement ivre également, est lui resté dans la voiture, relate le témoin. Finalement, John sort de la voiture. Agressif, il s’approche en voulant en découdre. L’automobiliste lui décoche un coup de poing. John ne riposte pas mais rentre chez lui chercher un couteau. C’est un autre automobiliste qui l’empêchera de commettre l’irréparable.
À l’arrivée des gendarmes, le couteau est par terre, et John est retranché chez lui. Cindy*, la maman, refuse de porter plainte, assurant que la blessure est involontaire.
C’est la version que va adopter John tout au long de son procès. “Elle était saoule. Arrivée à la maison, elle voulait repartir. Je l’ai sortie de la voiture doucement et mis les enfants en sécurité sur le bas-côté. Les enfants dormaient. C’est moi qui les ai réveillés. Ils ont peut-être tout mélangé.” Le tournevis, qui sert à fermer la vitre, John le tenait dans les mains pendant qu’il s’expliquait avec Cindy, assure-t-il. John a réponse à tout, jurant même ne plus boire depuis 10 ans. “C’est un mensonge”, le coupe la procureure, “vous avez été condamné en 2020 pour conduite sous emprise de l’alcool”, lui rappelle-t-elle.
“Je dois être malade, je suis lunatique”
La présidente du tribunal égrène alors les 25 mentions qui noircissent le casier de l’homme de 42 ans. Vol, stupéfiants, violences… “C’est mon enfance qui parle pour moi”, se décharge John. “Je dois être malade, je suis lunatique”, lance-t-il. “Je suis désolé des violences verbales, mais j’ai dû protéger les enfants de la mort. C’est ce qui serait arrivé si je les avais laissés partir avec elle”, persiste-t-il à penser être un modèle de parentalité.
“Ces enfants placés avaient un cadeau pour leur papa et, en retour, ils ont eu très peur, trop peur”, fait valoir Me Stefan Wandrey pour le compte de l’Arafuja dans les intérêts des enfants constitués partie civile.
John “a du mal à assumer sa responsabilité en dépit de multiples témoignages objectifs”, tance la procureure, qui demande une peine mixte assortie de l’obligation de se soigner notamment.
“Il devait s’opposer à ce que cette ivrogne prenne le volant avec les deux enfants”, reprend pour la défense du père de famille le bâtonnier Georges André Hoarau.
La présidente du tribunal a retenu les réquisitions du parquet. John a été condamné à 18 mois de prison, dont 9 de sursis probatoire. “Que Madame ne conduise pas en ayant bu, il n’y a pas de souci, mais ça ne peut pas se passer comme ça.” John a l’obligation de se soigner, de travailler, de suivre un stage de sensibilisation aux violences, et l’interdiction de porter une arme durant 5 ans. Le retrait de l’autorité parentale n’a pas été retenu au bénéfice d’une décision d’un juge civil, précise en revanche la juge.
*Prénom d’emprunt


