Le Syndicat des importateurs veut s'imposer comme l'organisation patronale de référence

Pointant les querelles personnelles et les postures politiques, le président du SICR Philippe-Alexandre Rebboah a livré un discours qui se voulait fédérateur lors de l'assemblée générale de son organisation, martelant que l'importation et la production locale constituaient deux activités complémentaires.
Malgré ses soixante-dix années d'existence fêtées en 2023, le Syndicat de l'importation et du commerce de La Réunion (SICR) ne dispose pas de son rond de serviette au SOCLE, ce mouvement d'organisations patronales locales mobilisées contre les coupes budgétaires du gouvernement et dont la création a été annoncée la semaine dernière.
Philippe-Alexandre Rebboah estime pourtant que son organisation aurait mérité sa place dans le SOCLE aux côtés du Medef ou de l'Umih. Le président du SICR l'a fait savoir lors d'un discours prononcé mardi 4 novembre au Village by CA, à l'occasion de l'assemblée générale mixte du SICR.
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« Le SOCLE, qui regroupe le Medef, la CPME, l'Adir, l'UMIH et la FRBT, n'intègre pas pour l'instant le SICR, pourtant membre fondateur du Medef, comme l'est la FRBTP. Et je salue la présidente du Medef qui est parmi nous ce soir. Les défis qui nous attendent sont trop lourds pour être affrontés séparément », a lancé Philippe-Alexandre Rebboah, quelques minutes avant que la présidente du Medef Katy Hoarau n'annonce, dans un silence de cathédrale, qu'elle devait quitter la salle en raison d'un avion à prendre.
« Le SICR, cette organisation où l'on parle d'économie, et non de politique »
« Les querelles personnelles, les rivalités d'organisation et les guerres d'ego ne servent à rien. Elles nous font perdre du temps, de la crédibilité et parfois même des opportunités pour le territoire. Continuons à construire des passerelles plutôt que des murs entre nos organisations. Le SICR pourrait devenir cette organisation patronale commune, ouverte, exigeante, qui rassemble au service des entreprises et du territoire. Cette organisation où l'on parle réellement d'économie, et non de politique », a ajouté le président du SICR, en guise de conclusion à son intervention.
Dans un contexte de crise politique, économique et sociale, les gros importateurs sont souvent considérés dans l'opinion publique comme des accélérateurs de vie chère. Une image réductrice et biaisée, selon Philippe-Alexandre Rebboah. « Entre les crises géopolitiques, les tensions sur les chaînes logistiques, les épisodes climatiques violents et un pouvoir d'achat sous pression, nos entreprises ont dû faire preuve d'une résilience hors du commun. Sans importation, il n'y a ni production locale, ni consommation, ni continuité économique. C'est bien nous qui permettons à chaque Réunionnais d'avoir accès aux produits du quotidien », a-t-il fait valoir.

Concernant l'octroi de mer, autre sujet de contestation dans l'opinion publique, le SICR considère qu'il s'agit là d'un « outil d'équilibre » protégeant la production locale tout en assurant des recettes confortables aux collectivités, grâce notamment aux taxes sur l'automobile, sur les alcools forts et sur le tabac.
« 75% des produits importés en valeur sont taxés de 0 à 6,5% d'octroi de mer »
L'élu de la Région Pascal Plante, qui a relevé le dialogue noué avec le SICR, a souligné que « 75% des produits importés en valeur sont taxés de 0 à 6,5% d'octroi de mer », avant d'assurer que, dans l'île, « la pression fiscale totale est largement inférieure à la TVA à 20% hexagonale ».
En 2023, le secteur de l'importation représentait 38.000 emplois (un quart du secteur privé à La Réunion), selon les chiffres du préfet Patrice Latron qui a tenu, lors de son intervention, « à saluer le rôle du SICR dans la stabilité des circuits d'approvisionnement malgré les contraintes logistiques inédites. » Les services de l’État et les sociétés d'importation et de logistique ont appris à mieux travailler ensemble au fil des cellules de crise montées dans l'urgence pour faire face aux tensions en mer Rouge ou aux catastrophes naturelles, à Mayotte puis à La Réunion.
Dans une île où 98% des flux commerciaux passent par l'océan, Patrice Latron a vanté le soutien de 580.000 euros apporté par l'État et la Région au projet de la digitalisation du terminal à conteneurs de Port Réunion. « L'objectif est bien de fluidifier et de réduire les coûts de passage portuaire, de diminuer l'empreinte carbone des activités de transbordement et également de participer à améliorer la sécurité des salariés qui interviennent », a fait valoir le préfet.
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En marge des discours publics, les importateurs ont déploré auprès de Patrice Latron la complexité et la durée des formalités de dédouanement. Le président du SICR a cité l'exemple des fruits importés qui subissent « jusqu'à 20 jours de traitement [phytosanitaire] par le froid, ce qui engendre des frais colossaux. » À La Réunion, les producteurs de fruits et légumes déplorent cependant la concurrence de fruits cultivés à l'étranger, avec des normes bien moins contraignantes qu'en France et des tarifs beaucoup plus attractifs.


