Le recours à l'IVG plus fréquent en Outre-mer qu'en métropole

Le taux de recours à l’IVG (Interruption Volontaire de Grossesse) dans l'Outre-mer est en moyenne de 28‰ des femmes en âge de procréer, (pour 14,5‰ en France métropolitaine). Ainsi, "dans l’ensemble des départements d’Outre-mer (DOM), la situation sur cette problématique est préoccupante", informe l'IGAS.
Dans le cadre de son programme de travail, l’IGAS a effectué une évaluation de la mise en œuvre de la loi du 4 juillet 2001 relative à l’éducation à la sexualité, à la contraception et à l’interruption volontaire de grossesses, et des dispositions prises pour son application.
La mission a eu pour objet de recenser et d’analyser la situation de prise en charge des IVG dans les établissements de santé et en ville, les meilleures pratiques et d’envisager les pistes d’amélioration concernant l’accès et le recours à la contraception et à la contraception d’urgence. Le présent rapport thématique a permis de présenter une évaluation dans les départements et collectivités ultramarins.
La Guadeloupe, le département avec le plus grand nombre d'IVG
La mission s’est rendue dans les départements de Martinique et de Guadeloupe. Ne pouvant, dans le cadre fixé pour ses travaux, se rendre dans les deux autres départements d’Outre-mer, Guyane et La Réunion, ni dans les collectivités d’Outre-mer, la mission a demandé, par l’intermédiaire du Secrétariat d’Etat chargé de l’Outre-mer, aux Préfets et Hauts Commissaires de la République un état des lieux. Les notes élaborées en retour par les responsables sanitaires locaux et les éléments d’information figurent dans l’annexe du rapport.
La situation en Guadeloupe et Martinique en matière de prévention des grossesses non désirées reste particulièrement préoccupante malgré une forte mobilisation. Dans ces deux départements d’Outre-mer, les taux de recours à l’IVG sont encore importants, avec près de 40‰ des femmes en âge de procréer en Guadeloupe et de 23‰ en Martinique, et un taux d’IVG et de grossesses précoces chez les mineures non négligeable.
Des efforts importants sont entrepris
Le département de la Réunion a un taux de recours à l’IVG de 21,2‰ des femmes en âge de procréer en 2006. D’après les tendances dégagées à partir des nouveaux modes d’exploitation statistiques locaux, l’âge moyen des femmes demandant une IVG est de 26 ans, et 12,8‰ des femmes en demande d’IVG sont des mineures.
Plus d’un tiers des IVG sont des IVG réitérées. La prise en charge des IVG est assurée par trois établissements de santé publics et un établissement de santé privé, permettant ainsi de couvrir les trois territoires de santé de l’île.
55% des femmes de 18 à 45 ans bénéficient de la CMU. Le nombre important d’IVG chez les jeunes filles ainsi que le nombre d’IVG réitérées montre la nécessité, soulignée par les pouvoirs publics, de mieux organiser l’entretien psychosocial préalable à l’acte (obligatoire pour les mineures) pour être réellement en mesure de le proposer systématiquement.
L’accès à la contraception ne bénéficie d'aucune donnée récente, notamment sur le taux d'utilisation et la méthode choisie. Les pouvoirs publics ont fait de la question des grossesses précoces et des IVG des mineures une priorité de l’action de l’Etat en 2008, qui a eu pour objectif, avec tous les partenaires y compris les élus, d’initier un plan régional de prévention afin d’améliorer notamment la prévention en milieu scolaire et extrascolaire, la communication, l’accès à la contraception, la qualité des soins pour ces jeunes et un accompagnement social et éducatif des mineures enceintes et, c’est à noter, des jeunes pères concernés.
Les recommandations de l'IGAS pour les DOM
En tout, 22 recommandations ont été formulées par l'inspection générale des affaires sociales. Il est ainsi demandé d'intensifier les actions d'éducation à la sexualité, de renforcer la place de la planification familiale dans le parcours contraceptif et l'IVG, de faciliter l'observance de la contraception, d'intégrer cette thématique dans l'organisation régionale future et de mieux adapter les actions d'information et de communication.
Pour aller plus loin...
Voici les 22 recommandations rédigées par l'IGAS (Inspection générale des Affaires Sociales).
Intensifier les actions d’éducation à la sexualité mais sous une forme adaptée
Recommandation n°1 : Donner une nouvelle dimension à toutes les actions en faveur de la parentalité, développer les actions collectives d’information, les groupes de parole, pour lever les tabous relatifs à la sexualité des jeunes, développer les actions destinées à renforcer l’estime de soi.
Recommandation n°2 : Combattre les idées reçues sur la contraception et la contraception d’urgence en utilisant tous les supports y compris les plus modernes (blogs, tags, etc.…)
Recommandation n°3 : Élargir les thématiques des lieux où se rendent les jeunes à la possibilité de diffuser l’information sur l’accès à la contraception d’urgence "points infos jeunes", infirmeries scolaires "où s’adresser en cas d’absence".
Recommandation n°4 : Associer l’éducation nationale et impliquer les chefs d’établissements en partenariat avec les Conseils généraux à la réalisation des objectifs d’éducation à la sexualité dans les établissements scolaires avec des indicateurs quantitatifs sur le nombre de séances réalisées, et en faire un élément de la "performance" des chefs d’établissement.
Renforcer la place de la planification familiale dans le parcours contraceptif et l’IVG
Recommandation n°5 : Conventionner les établissements de santé qui ne le sont pas encore avec les centres de planification familiale des Conseil généraux.
Recommandation n°6 : Mettre à profit l’école régionale de sages femmes de la Martinique pour impliquer davantage les professionnels dans l’activité générale liée à la planification familiale et à l’IVG, y compris en organisant des stages dans les CPEF.
Recommandation n°7 : Inscrire dans les orientations des futures commissions de coordination des politiques publiques de santé instituées par la loi du 21 juillet 2009, portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires, qui seront composées des services de l’Etat mais aussi des collectivités territoriales et des organismes de sécurité sociale, au titre de la prévention, la thématique de la planification familiale dans tous ses aspects
Recommandation n°8 : Former les professionnels de santé à l’accueil des adolescents, les sensibiliser à la question du risque de violences sexuelles ou de pression en cas de présence "d’un adulte âgé" comme personne adulte accompagnante, rappeler l’existence des procédures de signalement (cellule départementale de signalement ou procureur)
Faciliter l’observance de la contraception
Recommandation n°9 : Revoir avec les collectivités territoriales et les CPEF la question du choix des moyens de contraception dans le budget alloué aux CPEF, revoir la question des contraceptifs non remboursés à ce jour pour trouver des solutions pérennes, en liaison avec l’assurance maladie.
Recommandation n°10 : Analyser, en lien avec la prévention du VIH et des IST, la cohérence des politiques de prévention et de communication entre protection VIH et contraception, préservatif et pilule contraceptive.
Intégrer cette thématique dans l’organisation régionale future
Recommandation n°11 : Conformément aux recommandations du rapport thématique de l’IGAS, intégrer le thème de l’organisation de la prise en charge des IVG dans les relations contractuelles prévues dans la loi du 21 juillet 2009, portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires, entre les futures agences régionales de santé et le conseil national de surveillance et dans les documents de programmation qui remplaceront le PRSP.
Recommandation n°12 : Prévoir dans les futurs contrats d’objectifs et de moyens entre les ARS et les établissements de santé des indicateurs de mise aux normes de l’activité : accueil, locaux, réalité de la gratuité pour les mineures, nombre de professionnels investis dans l’activité et statut.
Recommandation n°13 : Garantir, comme en France métropolitaine, l’accès de toutes les femmes à toutes les techniques d’IVG, médicamenteuse et chirurgicale.
Mieux adapter les actions d’information et de communication
Recommandation n°14 : Engager les campagnes d’information et de communication pour tous les âges, renouveler les campagnes d’information et de le faire de manière répétée pour les jeunes.
Recommandation n°15 : Associer les jeunes sur le terrain à la conception des campagnes d’information et de communication.
Recommandation n°16 : Ne pas se contenter de "colorier les affiches", et prévoir une conception des campagnes d’information et de communication sur la contraception d’urgence et la contraception réalisées localement en déconcentrant la conception et la réalisation des campagnes de prévention.
Recommandation n°17 : Poursuivre l’utilisation du créole pour les Antilles, de langues locales pour les autres collectivités dans les documents de communication (affiches, spots …).
Recommandation n°18 : Engager une enquête sur la sexualité des jeunes pour adapter les campagnes de communication aux besoins constatés.
Recommandation n°19 : Rendre publiques les informations relatives aux statistiques concernant l’IVG, l’IVG des mineures, les grossesses précoces.
Recommandation n°20 : Renforcer ou créer des formations continues spécialisées type DU pour l’ensemble des professionnels de la santé, du social, de l’éducation par des actions de sensibilisation à haut niveau.
Recommandation n°21 : Créer une mise en réseau des actions de prévention et d’éducation à la sexualité entre DOM et entre les DOM et l’ensemble des collectivités d’Outre-mer et diffuser les documents de l’INPES sur ces questions.
Recommandation n°22 : Dans la perspective de la départementalisation de Mayotte, étudier les conditions d’un renforcement de la planification familiale, de la PMI et de l’éducation à la sexualité.


