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[Le podcast de Pierrot] Perquisition à la Région : La Justice se rappelle au bon souvenir de Didier Robert

Pierrot Dupuy dédie son podcast du jour aux négociations autour du nouveau gouvernement, mais aussi à l'actualité qui a marqué ce mercredi 10 juillet : une nouvelle perquisition à la Région dans le cadre d'une enquête autour de l'attribution d'aides aux entreprises durant la période du Covid.

Ecrit par Pierrot Dupuy – le mercredi 10 juillet 2024 à 18H44

 

J’aurais souhaité démarrer ce podcast par la perquisition qui se déroule depuis ce matin dans les locaux de la Région. Je préfère vous en parler à la fin, tellement l’actualité nationale autour des suites des élections législatives de dimanche dernier est importante.

La question qui agite le landernau politique est de savoir qui sera le futur Premier ministre de la France.

Rappelons en préambule que ce choix appartient au président de la République et à lui seul, et que rien dans la constitution ne l’oblige à désigner, comme ça se fait en Grande-Bretagne par exemple, le leader de l’opposition. Il peut choisir n’importe qui, sans avoir de comptes à rendre à personne. Le bon sens toutefois le contraint à désigner quelqu’un susceptible de réunir une majorité autour de lui, ou à tout le moins, une personnalité suffisamment consensuelle pour éviter une motion de censure.

Et c’est là que les difficultés commencent.

Juste avant de continuer, rappelons que la dernière législature de l’ère Macron s’était justement distinguée par des gouvernements minoritaires, sans toutefois qu’une motion de censure, et Dieu seul sait si elles ont été nombreuses, n’ait été capable de réunir une majorité pour les faire tomber. Un coup, c’étaient les Républicains qui s’abstenaient, un coup le Rassemblement national. Parfois les deux. Mais jamais une majorité ne s’est dégagée, ce qui a permis à Elisabeth Borne, puis à Gabriel Attal d’aller au terme de leur action.

Revenons à la cuisine interne de l’Assemblée. Vous avez entendu et réentendu parler du fameux seuil de 289 députés qui représente la majorité absolue à l’Assemblée. Généralement, les commentateurs en parlent comme du nombre minimal de députés à atteindre pour réussir à constituer une majorité.

Je vous propose de regarder le problème par l’autre bout de la lorgnette. 289, c’est aussi et surtout le nombre à atteindre pour faire tomber le gouvernement. Et ce changement d’angle change tout.

Autrement dit, un gouvernement peut survivre tant qu’on ne trouve pas 289 députés ou plus, pour voter une motion de censure.

Reprenons les chiffres, mais avant tout, précisons qu’ils ne sont pas définitifs. On ne saura avec certitude le poids de chaque groupe qu’après que tous les députés se soient inscrits dans l’un d’eux. Ce n’est pas encore le cas, mais nous y reviendrons aussi, car il peut être très instructif d’analyser dans quel groupe se sont inscrit tous nos députés péï.

Le Nouveau Front populaire, d’après les derniers chiffres en notre possession, et notre source est France Info, compte 180 députés, dont 71 pour LFI, 64 pour le PS, 33 pour les Écologistes, 9 pour le PCF et 3 divers.

En deuxième position, Ensemble, c’est-à-dire l’ex-majorité présidentielle, totalise 163 sièges, dont 98 Renaissance, 34 Modem, 26 Horizons, 4 divers et 1 UDI.

Puis arrive le Rassemblement national avec 143 sièges, dont 126 Rassemblement national et 17 Les Républicains tendance Ciotti.

Les Républicains « canal historique » totalisent 66 sièges dont 39 Les Républicains, 25 divers droite et 2 UDI.

Enfin, on comptabilise 25 « autres », chez qui on retrouve 12 divers gauche, 10 régionalistes, 2 divers centre et 1 divers.

Ça, ce sont les chiffres officiels, qui varient d’ailleurs de quelques unités selon les sources que l’on consulte. Mais la réalité est toute autre. Chaque groupe, en apparence très soudé, est traversé par des courants contraires, susceptibles de le faire exploser en vol.

Mais surtout, l’importance des différents groupes n’est pas actée. De nombreux députés n’ont pas encore signifié officiellement dans quel groupe ils allaient s’inscrire. Les députés ultramarins par exemple, au nombre de 27, sont très convoités, ce qui leur permet de faire monter les enchères et peut-être de négocier des postes plus intéressants.

En ce qui concerne les Réunionnais, Karine Lebon, Frédéric Maillot et Émeline K/Bidi appartenaient au groupe GDR (Gauche démocrate et républicaine). Vont-ils y rester ? Probablement oui, mais ça reste à confirmer. Jean-Hugues Ratenon et Perceval Gaillard s’asseyaient sur les bancs de la France insoumise. On devrait logiquement les y retrouver à nouveau. Philippe Naillet devrait également rester au PS et Joseph Rivière s’inscrire au Rassemblement national.

Mais ces groupes ne risquent-ils pas eux-mêmes de se scinder en un ou plusieurs groupes ? Renaissance par exemple, est tiraillé entre deux courants de plus en plus éloignés et attirés l’un par la Gauche, l’autre par la Droite. Et tous deux rejettent maintenant l’autorité d’Emmanuel Macron. Fini le mode de fonctionnement « jupitérien ». Dorénavant, l’ensemble des députés Renaissance souhaite que les propositions viennent de l’Assemblée et ne soient plus imposées par l’Élysée. Les députés godillots, c’est fini.

Le Nouveau Front Populaire par ailleurs, dont les commentateurs parlent comme s’il n’était constitué que d’un seul bloc, est en fait partagé en au moins quatre composantes : les LFI, les Socialistes, les Écologistes. Le PCF de son côté ne compte plus assez de députés pour constituer un groupe dont le minimum est de 15, et devra donc s’allier avec d’autres.

Ces fractures sont bien plus importantes qu’on ne l’imagine. Ces courants s’opposent sur de nombreux dossiers essentiels. Ils ont réussi à se mettre d’accord sur un programme électoral dans le but de gagner une centaine de sièges supplémentaires, mais tous les points de divergence, qu’on avait courageusement poussé sous le tapis, reviennent maintenant à la surface.

On voit bien par exemple toute la difficulté qu’a le NFP à se mettre d’accord un nom à proposer pour le poste de Premier ministre. Chacun tire à hue et à dia. Les LFI font bloc derrière la candidature de Jean-Luc Mélenchon, les Socialistes derrière celle d’Olivier Faure, les Écologistes pour le moment se taisent, mais verraient d’un bon œil Marine Tondelier à Matignon. Et aucun ne veut céder, fort de sa légitimité. Surtout si le PS par exemple, réussissait à se rapprocher en nombre des 71 députés LFI au gré de quelques ralliements de « divers gauche » de dernière minute. Finalement, seuls sept sièges les séparent.

Et la problématique se corse encore plus si on additionne les voix des anti-Mélenchon (109), comparées aux 71 sièges des LFI. Les députés mélenchonnistes sont minoritaires au sein du Nouveau Front populaire, lui-même minoritaire au sein de l’assemblée.

Comme vous le voyez, rien n’est simple. Ce qui n’empêche pas chacun de vouloir être chef.

Ce qui me ramène à ce que je vous disais au début : dans l’hypothèse d’un gouvernement qui ne disposerait pas d’une majorité absolue, quels groupes seraient susceptibles de s’unir pour voter ensemble une motion de censure ? Dans le passé, on a déjà vu la NUPES associer ses voix à celles du RN pour essayer de faire tomber les gouvernements Borne ou Attal. Sans succès.

La donne serait différente cette fois-ci. Le NFP + le Rassemblement national = 323 sièges. Soit bien plus que les 289 voix nécessaires. Aucun gouvernement ne pourrait survivre et la France serait ingouvernable.

Mais le PS, les Verts et le PCF, qui sont ce qu’on appelle des partis de gouvernement, vont-ils entrer dans ce petit jeu morbide et mettre notre économie à terre, dans une France dont les gouvernements tomberaient tous les mois ? Pas sûr, voire même improbable.

Dans ce cas, LFI + RN ne pèsent plus que 214 députés, soit beaucoup moins que la majorité requise de 289.

Comme on le voit, toutes les combinaisons sont encore possibles et bien malin celui qui pourrait prédire le nom du futur locataire de Matignon. Lequel peut être à la tête d’une coalition majoritaire, mais aussi, et plus probablement, à la tête d’un courant réunissant un ou plusieurs partis, mais avec des alliés objectifs qui refuseraient de voter une motion de censure, tout en étant dans l’opposition. Et ce gouvernement ferait passer les textes importants à coups de 49-3.

Je vous avais promis d’évoquer la perquisition qui se déroule depuis ce matin à l’Hôtel de Région. Comme nous l’avons déjà révélé sur Zinfos, elle vise un dispositif mis en place par l’ancien président de Région Didier Robert, destiné à aider les PME/PMI au lendemain de la crise du COVID.

Si le dispositif en lui-même est louable et a permis de sauver nombre de petites entreprises de la faillite, le problème viendrait du fait que la décision d’octroyer ces aides était prise par le président seul, sans l’aval de la commission permanente. Mais également du fait qu’une grosse majorité des entreprises bénéficiaires auraient utilisé l’argent des subventions pour faire leurs fins de mois, et non pas acheter le matériel comme prévu. La Région étant en outre fautive de ne pas avoir mis en place les procédures pour vérifier que l’argent avait été utilisé à bon escient.

Au-delà du dossier lui-même, on peut s’interroger sur l’acharnement judiciaire dont semblerait faire l’objet Didier Robert. A peine un dossier est-il clos qu’immédiatement, un autre sort des tiroirs. Faut-il y voir un parti pris de la Justice comme certains l’affirment ou plutôt une sorte de vengeance des juges qui ont horreur qu’on les prenne pour des imbéciles ?

Pour minimiser une première condamnation, Didier Robert avait juré la main sur le cœur qu’il arrêtait la politique. Or, tout le monde sait qu’il envisage d’être à nouveau candidat aux municipales. A St-Denis ou à St-Paul ? Il doit normalement annoncer son choix dans un mois. Apparemment, nous ne sommes pas les seuls à avoir eu cette info. Les magistrats aussi, et ils ont semble-t-il décidé de faire payer à l’ancien président de Région ce manquement à la parole donnée.

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