[Le podcast de Pierrot] : Mélenchon, tel est pris qui croyait prendre...

Le Nouveau Front Populaire est composé de quatre partis : deux très proches en nombre d’élus l’un de l’autre, LFI et le PS, et assez loin derrière les Verts et encore plus petit, le PCF. Le véritable adversaire de Jean-Luc Mélenchon est donc le PS.
Le leader de LFI avait cru piéger Olivier Faure en soutenant la candidature d’Huguette Bello au poste de Première ministre. Je vous ai expliqué hier pourquoi cette proposition venait du PCF, alors qu’Huguette Bello était surtout proche de Jean-Luc Mélenchon.
En soutenant Huguette Bello, avec le soutien du PCF, Jean-Luc Mélenchon pensait avoir piégé les socialistes en les faisant apparaitre comme les diviseurs, ceux qui s’opposent à l’union.
Tout ce qui se passe depuis un peu plus d’une semaine, depuis la fin du deuxième tour, n’est en effet qu’une guerre médiatique, une guerre de l’image. Je vous rappelle au cas où vous l’auriez oublié que tout ce cinéma auquel nous assistons n’a pour seul objectif que de désigner une personne qui n’a aucune chance de devenir Premier ministre puisque le président de la République, qui est le seul à pouvoir décider et qui d’après la Constitution n’a de comptes à rendre à personne, a dès le départ fait savoir qu’il n’avait aucune intention de nommer un gouvernement dans lequel figureraient des membres de LFI ou du RN.
Aujourd’hui, le boomerang revient en plein dans la figure de Jean-Luc Mélenchon. Cette fois, ce sont les socialistes, les Verts (qui ne s’étaient pas prononcés en faveur d’Huguette Bello) et les communistes qui se sont mis d’accord sur un nom, Laurence Tubiana, une économiste, diplomate, très bonne négociatrice, spécialiste du développement durable et proche du parti socialiste.
Oui, vous avez bien entendu, proche du parti socialiste. Amusant, non ? L’arroseur arrosé.
Toutes ces petites magouilles, ces petites batailles pour des postes auraient de quoi nous faire rire si on ne parlait de la désignation d’un éventuel chef du gouvernement de la France. D’ailleurs, les Français en ont de plus en plus marre du spectacle donné par les leaders de la Gauche depuis plus d’une semaine. Et quand je dis qu’ils sont las, je suis gentil. Le terme qui revient le plus souvent sur les réseaux sociaux, c’est le dégout.
Mais revenons-en malgré tout aux négociations en cours. Comme j’ai déjà eu l’occasion de vous l’expliquer, Jean-Luc Mélenchon n’a jamais eu l’intention de parvenir à un accord. Son unique obsession, ce sont les présidentielles. Et il est bien conscient que gouverner, c’est nécessairement être impopulaire et donc que cela diminuerait ses chances d’être élu en 2027. Si chance il y a, mais c’est une autre histoire.
Sa stratégie consiste donc à faire semblant de chercher un nom mais de tout faire pour que les négociations n’aboutissent jamais, tout en s’arrangeant pour en rejeter la responsabilité sur les socialistes. Et c’est en ça que l’hypothèse Huguette Bello lui était apparue comme géniale. Sauf qu’elle a très vite (trop vite ?) fait flop.
Jean-Luc Mélenchon est un adepte de la révolution. Il ne rêve que d’une chose, prendre le pouvoir dans la rue, à l’ancienne. A défaut, mais vraiment à défaut, remporter une présidentielle après avoir créé le chaos partout, en poussant à l’extrême sa stratégie de tout conflictualiser.
Sauf qu’il n’avait pas imaginé que les socialistes auraient pu être capables de lui faire le coup d’Huguette Bello à l’envers en proposant le nom de Laurence Tubiana.
A ce sujet, un détail est amusant, qui vous montre bien que tout cela n’est qu’une guerre de com. Ayant appris que le PS, les Verts et le PCF allaient annoncer le nom d’une candidate issue de la société civile, La France Insoumise s’est empressée hier soir de publier un communiqué, un quart d’heure avant, annonçant qu’elle refuserait une telle candidature. Marrant non, de refuser quelqu’un avant même de connaitre son nom ?
Mais si comme moi, vous commencez à en souper de tout ce cinéma, dites-vous que ce n’est que le début du commencement. Rêvons un peu. Imaginons que LFI, le PS, les Verts et le PCF se mettent d’accord sur un nom. Celui de Laurence Tubiana, par exemple. Pourquoi pas, après tout. Mais on serait loin d’avoir fini. Commenceraient alors les discussions pour les postes de ministres et de secrétaires d’Etat. Or Jean-Luc Mélenchon a déjà fait savoir qu’il voulait des ministères régaliens pour LFI. Vous imaginez les discussions enflammées lorsqu’il faudra débattre de Manuel Bompart à l’Intérieur et de Rima Hassan au ministère des Affaires étrangères ? Et tant qu’à faire, pourquoi pas Mathilde Panot comme ministre de l’Enseignement et Louis Boyard à l’Economie ? Je ne sais pas s’il faut en rire ou en pleurer…
Que va-t-il se passer maintenant ? Bonne question et bien malin qui pourrait répondre. Va-t-on assister à l’explosion en vol du Nouveau Front Populaire, devant l’intransigeance de Jean-Luc Mélenchon ? Cela ouvrira-t-il la voie à cette fameuse alliance souhaitée par Emmanuel Macron allant du PS aux Républicains ?
Il est trop tôt pour le dire mais une chose est certaine, le feuilleton est loin d’être terminé.


