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[Le podcast de Pierrot] Jean-Luc Mélenchon, à force de jouer avec le feu, a fini par se brûler

Découvrez le Podcast de Pierrot Dupuy de ce jeudi 27 juin.
Ecrit par Pierrot Dupuy – le jeudi 27 juin 2024 à 19H19

 

Nous assistons depuis trois semaines à un chamboulement extraordinaire du paysage politique français. Imaginez votre tête si, il y a seulement un mois ou deux, je vous avais prédit à court terme une dissolution de l’Assemblée nationale et l’émergence d’un Nouveau Front Populaire réunissant des personnalités de Gauche aussi opposées que Philippe Poutou de NPA, François Hollande, Jean-Luc Mélenchon ou encore Raphaël Glucksman. Si je vous avais annoncé l’explosion des Républicains, avec une alliance entre Eric Ciotti et le Rassemblement national, ou encore une possible majorité absolue du RN à l’Assemblée.

Chacun de ces événements pris individuellement aurait déjà été improbable. Mais imaginez le tout arrivant en même temps !

Tout a été dit ou presque sur ces différents épisodes et je ne vais pas y revenir. Non, je voudrais vous parler aujourd’hui d’un autre phénomène qui a émergé depuis le début de la campagne électorale, dont on ne parle pas beaucoup encore, et qui devrait impacter en profondeur les équilibres politiques de la France dans les semaines et mois à venir.

Depuis l’élection présidentielle de 2002 qui avait vu pour la première fois Jean-Marie Le Pen arriver au 2e tour face à Jacques Chirac, on avait assisté à un vaste mouvement populaire baptisé Front républicain, où l’ensemble de la classe politique avait appelé à voter Chirac pour faire barrage à ce qui s’appelait encore à l'époque le Front national.

Avec un certain succès, il faut l’avouer, puisque Jacques Chirac l’avait emporté au second tour avec un peu plus de 82% des suffrages exprimés et une forte hausse de la participation.

Par la suite, ce Front républicain avait continué à exister, même si on l’avait senti tout doucement se déliter. Preuve en est la dernière présidentielle de 2022 où Jean-Luc Mélenchon avait refusé d’appeler à voter pour Emmanuel Macron au deuxième tour, se contentant d’un : "Il ne faut pas donner une seule voix à Mme Le Pen". Autrement dit, vous pouvez voter blanc ou nul. Résultat, Emmanuel Macron n’avait obtenu "que" 58,5% des suffrages et la participation avait baissé entre les deux tours.

Position qu’il vient d’ailleurs de réitérer à l'approche du deuxième tour des législatives qui s’annonce.

Ce refus d’appeler à un Front républicain pur et dur s’inscrit dans une stratégie plus large de "bordélisation", passez-moi l’expression, de la vie politique.

Cette approche vise à créer du chaos et à déstabiliser les institutions en place pour favoriser un changement radical. Ça passe par la multiplication des manifestations de rue et des actions provocatrices à l’Assemblée nationale. Cris pour couvrir la voix de leurs adversaires, coups d’éclat comme le fait d’arborer ostensiblement le drapeau de la Palestine en séance, j’en passe et des meilleures.

Les députés LFI assument ce comportement comme une stratégie murie et réfléchie.  Au point que le très mélenchonien député LFI Antoine Léaument n'a pas hésité à le revendiquer : "Ils en font tout un pataquès, mais ça s’appelle bordéliser, c’est un choix politique", avait-il expliqué. Et dans le genre provocateur, Jean-Luc Mélenchon n’est pas en reste. C’est souvent lui d’ailleurs qui donne l’exemple. Tout le monde se souvient de son "La République c’est moi", à l’occasion en octobre 2018 de la perquisition du siège de LFI.

Le but étant de déstabiliser les institutions et de créer les conditions pour l’arrivée d’une révolution pouvant conduire à une VIème République, révolution qui pourrait venir non pas des urnes mais de la rue. Ou tout au moins, que la rue crée les conditions d’une victoire dans les urnes.

Ajoutez à cela une dose d’antisémitisme et de communautarisme avec un soutien calculé à la Palestine en vue de s’approprier les voix des musulmans des quartiers populaires et vous avez un résumé de l’attitude de Jean-Luc Mélenchon et des membres de son parti au cours des deux dernières années.

Sauf que les stratèges de La France Insoumise n’avaient pas prévu en parallèle la réussite de la "normalisation" des élus RN. Au final, cette stratégie s'est retournée contre eux.

Je vous parlais de Front républicain au début. Les derniers sondages sont édifiants. Le Front républicain, s’il se fait, ne vise plus le Rassemblement national mais La France Insoumise avec, au premier chef, Jean-Luc Mélenchon. Et par ricochet, les autres candidats du Front populaire qui ont fait l’erreur, selon les sondés, de trahir leurs valeurs et de s’acoquiner avec Jean-Luc Mélenchon.

Selon le dernier baromètre Odexa, ils ne sont plus que 42 % à penser que l’arrivée de Jordan Bardella à Matignon serait une mauvaise chose. On assiste même à un renversement total de la stratégie du barrage. Le Nouveau Front Populaire suscite un important rejet de la part des sympathisants de la droite, du centre et de l’extrême-droite. 47 % des interrogés se disent prêts à faire barrage au Nouveau Front Populaire, contre 44 % pour la majorité présidentielle et seulement 41 % pour le RN. Autrement dit, le Rassemblement national est la formation politique la moins exposée à la stratégie du vote de barrage. Un renversement total par rapport aux précédentes élections.

Parallèlement, preuve s’il en fallait encore de l’échec de cette stratégie de "bordélisation", le même baromètre Odexa révèle que la popularité de Raphaël Glucksmann bondit de 13 points pour devenir la quatrième personnalité politique préférée des Français. Une percée historique, la plus forte jamais enregistrée par le baromètre.

Dans le même temps, Jean-Luc Mélenchon enregistre une baisse inédite. Le fondateur de la France Insoumise fait désormais figure de repoussoir pour une grande partie des électeurs, en particulier à gauche. Avec un saut de six points, Jean-Luc Mélenchon devient la personnalité politique qui suscite le plus de rejet avec 68 %. Il s’agit du plus haut niveau de rejet mesuré par le baromètre, ex aequo avec Éric Zemmour. Mais surtout, la popularité de Jean-Luc Mélenchon s’effondre auprès des sympathisants de gauche et recule de 14 points.

Et pour couronner le tout, le parti LFI est en train lui aussi de se fissurer de l'intérieur. La question étant de savoir combien d'élus et de sympathisants les François Ruffin, Clémentine Autain, Raquel Garrido et Alexis Corbière vont réussir à fédérer autour d'eux. Dans ce contexte, une victoire d'un ou de plusieurs de ces dissidents au second tour contre un candidat intronisé par Le Nouveau Front Populaire pourrait provoquer un véritable séisme au sein de LFI.

A force de jouer avec le feu, Jean-Luc Mélenchon a fini par se brûler.

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