[Le podcast de Pierrot Dupuy] Après le retrait de Laurence Tubiana, le NFP s'enfonce dans le blocage

On pensait que les membres du Nouveau Front Populaire avaient touché le fond de la piscine. Comprenez du ridicule. Eh bien non, ils continuent à creuser…
Laurence Tubiana a annoncé dans un communiqué ce matin qu’elle renonçait à briguer le poste de Première ministre une semaine après que son nom a été proposé par le Parti socialiste aux trois autres partis de gauche.
Elle dit avoir pris acte des oppositions au sein du NFP dans une lettre postée sur X ce matin. "Nous avons besoin d’une politique de revitalisation démocratique qui réponde à l’urgence sociale et aux enjeux de la transition écologique", écrit-elle. "Cependant je constate que mon nom a rencontré des oppositions au sein du NFP. Tout cela ne semble pas mener à l’apaisement dont nous avons tant besoin. J’en prends acte", ajoute-t-elle, disant retourner "aux combats qui ont toujours été les [siens]".
Son nom avait été proposé par le parti socialiste, les Verts et le parti communiste français mais avait été refusé par les "Insoumis", qui l’estimaient trop modérée et trop "macroncompatible".
Après le refus, pour les mêmes raisons, d’Huguette Bello, voilà le Nouveau Front Populaire revenu à la case départ après plus de quinze jours de négociations. Et la situation apparait toujours aussi bloquée.
Enfin, peut-être pas tout à fait. Comme je vous l’expliquais en fin de semaine dernière, le retrait d’Huguette Bello est apparemment dû à un malentendu. Olivier Faure avait conscience que s’il était le seul à s’opposer à sa candidature, il allait devoir finir par céder. Et comme la proposition d’Huguette Bello venait de LFI et du PCF, il ne pouvait chercher du soutien que du côté des Verts, quitte à leur tordre un peu le bras. Voire même à mentir un petit peu.
En effet, il a laissé entendre en réunion de la cellule de conciliation qu’il venait d’avoir eu Marine Tondelier au téléphone et qu’elle ne soutenait pas la candidature d’Huguette Bello. Ce qui dans les faits, revenait à la rejeter sans appel.
Les choses se compliquent quand Marine Tondelier a le lendemain démenti avoir eu le patron du PS au téléphone. En fait, il s’avèrerait qu’Olivier Faure aurait discuté avec quelqu’un de son entourage qui lui aurait dit que les Verts n’étaient ni pour, ni contre. Ce qui est un peu différent, reconnaissez-le, d’une opposition !
C’est grâce à ce mensonge, au moins par omission, que la candidature d’Huguette Bello a été bloquée.
Deuxième quiproquo quand, le dimanche soir, Marine Tondelier a envoyé un texto à Huguette Bello pour rectifier le tir et lui annoncer qu’elle souhaiterait organiser une rencontre en visioconférence avec l’ensemble des élus écologistes pour qu’elle puisse se présenter et expliquer ses motivations.
Huguette Bello coupe-t-elle son téléphone le week-end ? Le texto est-il arrivé trop tard ? Toujours est-il qu’à peu près au même moment, elle a envoyé un communiqué annonçant que devant l’opposition de certains, elle retirait sa candidature.
Et il semblerait qu’elle reste sur cette position puisque selon Politico, ses proches auraient confirmé ce week-end à André Chassaigne, le député communiste, qu’elle jetait l’éponge.
Malgré tout, un bureau exécutif des Ecologistes a chargé vendredi matin Marine Tondelier de contacter Huguette Bello pour, sait-on jamais, « voir où elle en était », selon Playbook. "Elle n’a pas eu de réponse, a raconté le soir-même la secrétaire nationale lors d’un conseil fédéral", selon Politico.
Mais là, une question se pose. Si elle n’a une nouvelle fois pas décroché son téléphone, était-ce parce qu’elle ne voulait pas répondre, parce qu’elle éteint son téléphone le week-end ou parce qu’elle était en déplacement à Madagascar ?
Quoi qu’il en soit, au moins deux contacts de Politico, proches des négociations, continuent à se montrer optimistes : “Nous continuons à travailler à une solution au consensus. Nous avançons”, leur a par exemple déclaré Paul Vannier, un député "Insoumis". Même son de cloche du côté de Marine Tondelier, dont l’entourage assurait hier “ne pas perdre espoir”.
Cela signifie-t-il qu’ils ne désespèrent pas de voir Huguette Bello revenir sur sa décision ? Ou qu’ils travaillent sur la présentation d’une autre personnalité qui ferait consensus, maintenant que Laurence Tubiana a renoncé? On ne sait.
Il n’en reste pas moins qu’il y a urgence : 61% des Français se déclarent favorables à une coalition selon un sondage Odoxa-Backbone pour Le Figaro. Et conséquence de l’impossibilité pour les partis politiques de se mettre d’accord et de proposer une solution, ils sont 82% à avoir une mauvaise image des partis.
Pour eux, les partis politiques ne sont "pas proches de leurs préoccupations" à 85%. Ils sont trop "démagogiques" à 53% et surtout trop "centrés sur les élections" à 79%. Ils ne leur semblent ni "crédibles" à 88%, ni "honnêtes" à 89%, ni "porteurs de solutions efficaces" à 82%. Et ils sont 69% à juger que les appareils politiques ne sont "pas utiles".
Vous comprenez mieux maintenant pourquoi, au début, je vous disais que l’on pouvait penser qu’ils avaient atteint le fond de la piscine mais qu’en fait, ils continuaient à creuser…


