Le jour où Christian Dambreville a prôné l'autonomie face au président de la République

Après des études secondaires entamées au lycée Leconte de Lisle et qui s'achèvent à Tananarive, au célèbre collège Saint-Michel, il poursuit ses études supérieures à la Faculté de Médecine de Montpellier. Etudiant, il épouse Suzie Prugnières , et tous deux, se réclamant de la gauche, militent avec de nombreux autres pour le changement à La Réunion. Certains de ces étudiants de retour à La Réunion vont s'inscrire au Parti Communiste Réunionnais, Elie Hoarau étant la figure la plus emblématique de ceux qui ont fait ce choix. Les Dambreville, Christian et Suzie, Wilfrid Bertile, et deux ou trois autres, vont faire un autre choix, celui d'implanter et de développer un mouvement socialiste autonomiste à La Réunion.
Mais les engagements de Christian Dambreville vont avoir des conséquences fâcheuses sur son installation à La Réunion comme médecin. Ses parents ayant exercé comme enseignants à Saint-Louis, c'est dans cette commune, où Christian Dambreville a vécu son enfance et son adolescence que le jeune médecin désire ouvrir son cabinet, mais la mairie va l'en empêcher.
Fidèle au poste jusqu'en début de cette année
Elle lui refuse l'agrément l'autorisant à soigner les personnes relevant de l'Assistance Médicale Gratuite (AMG), les fameux bons roses délivrés par les services municipaux, et qui concernaient plus de 98% de la population saint-louisienne. La municipalité de Saint-Pierre n'alignant pas sa conduite sur sa voisine, c'est dans cette ville que le jeune médecin s'installe en 1969, pour une carrière qui a pris fin en début de cette année 2023 et aura été d'une longévité exceptionnelle.
Quelques mois plus tard, quand le maire de Saint-Louis accueille Pierre Mesmer, ministre des DOM, il lui expose l'ampleur du scandale des trafics financiers autour de l'AMG dont tire profit une bonne partie du corps médical.
Diverses mesures d'assainissement vont être prises par l'Etat et c'en est fini notamment de l'agrément municipal conditionnant la prise en charge par les médecins des personnes relevant de l'AMG.
En 1972, Christian Dambreville est cofondateur du Parti socialiste (PSR) dont le secrétaire général est Wilfrid Bertile.
Le 22 octobre 1976, Christian Dambreville accueille à Saint-Louis Valéry Giscard d'Estaing. C'est le moment le plus marquant de la visite présidentielle où, devant un auditoire de plus de 5000 personnes, Christian Dambreville plaide pour un développement de La Réunion par les Réunionnais eux-mêmes et déclare que "l'autonomie [lui] semble être la seule solution convenable", ce à quoi le président de la République lui répondra que "l'autonomie vaut dans les deux sens".
Mais l'autonomie que réclament les socialistes diffère de celle que revendique le PCR et les relations entre les deux organisations se dégradent. Wilfrid Bertil, Christian et Suzie Dambreville, Christophe Payet et la majorité des membres du PSR se rapprochent du Parti Socialiste de François Mitterrand et transforment leur parti en Fédération socialiste.
En 1977, Christian Dambreville, refusant le diktat de Paul Vergès, conduit sa propre liste aux élections municipales de Saint-Louis, s'opposant à celle du PCR. La rupture est consommée entre le PCR et la Fédération socialiste dont Wilfrid Bertil, Marcel Baum, Christophe Payet, Christian Dambreville et son épouse Suzie, sont les principaux dirigeants.
Une explosion retentit dans son cabinet médical
A Saint-Louis, les rodomontades de Paul Vergès, qui avait convaincu son parti qu'il pouvait gagner seul les élections municipales, ouvrent les portes de la mairie au député RPR Jean Fontaine. Mais c'est Christian Dambreville qui est rendu responsable de cet échec par le PCR et il va être l'objet d'une violente campagne d'attaques, dont le journal Témoignages se fera quotidiennement l'organe. C'est dans ce contexte que le docteur Dambreville, s'il veut continuer à exercer, réoriente sa pratique professionnelle et se spécialise en acupuncture.
Le 23 février 1978, en pleine campagne électorale pour les législatives, le cabinet du docteur Christian Dambreville, suppléant de Jean-Claude Fruteau, candidat socialiste à la députation dans la troisième circonscription, fait l'objet d'un attentat à l'explosif. Les coupables ne seront jamais retrouvés.
Après l'élection de François Mitterrand à la présidence de la République en 1981, le PCR renonce à sa revendication d'Etat autonome et la gauche réunionnaise retrouve le chemin de l'unité. Aux élections municipales de 1983, Christian Dambreville est élu sur la liste d'union PCR-PS conduite par Elie Hoarau à Saint-Pierre. Christian Dambreville y occupe le rang de 2ème adjoint. C'est le dernier mandat électif de Christian Dambreville qui, tout en restant un observateur attentif du jeu politique, préfère désormais se consacrer à l'exercice de sa profession en poursuivant jusqu'à ces derniers jours sa spécialisation en médecine chinoise.
Socialiste désintéressé, sincère et intègre dans ses engagements, étranger aux mondanités, médecin à la réputation établie, Christian Dambreville, frère aîné du bâtonnier et poète Jean-Pierre Dambreville décédé en 1999, était père de trois enfants, dont Alain, l'actuel président de la fédération régionale des coopératives agricoles.


