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Le fournisseur des boulangers "sans matériel" de la Plaine des Palmistes donne sa version

Un couple de boulangers de la Plaine des Palmistes s’impatiente de pouvoir lancer son activité de proximité. Voilà quasiment un an qu’ils attendent que leurs machines leur soient livrées. Elles restent à quai au Port, en attente d’un règlement qu’ils contestent. Leur fournisseur n’est pas du même avis.
Ecrit par Ludovic Grondin – le mardi 25 octobre 2022 à 11H23

Il y a deux semaines, nous vous parlions de la mésaventure d’un couple de boulangers de la Plaine des Palmistes. Leur activité ne peut démarrer tant que le matériel qu’ils ont commandé reste à quai au port de la Pointe des Galets. Leur fournisseur livre sa vision des événements en balayant d’emblée le terme d’escroquerie. 

Ce fournisseur est l’unique agent à La Réunion du concessionnaire Bongard, le leader français de l'équipement de boulangerie pâtisserie. 

C’est en février 2020 que les premiers contacts sont noués avec le couple Diaz de la Plaine des Palmistes. Le duo d’entrepreneurs a pour projet d’ouvrir une nouvelle boulangerie flambant neuve en face de leur petit local dans lequel leur volume d’activité reste limité. Ils souhaitent donc voir plus grand et se tournent vers ce fournisseur aux quinze ans de métier, d’abord en tant que salarié puis à son propre compte il y a sept ans.

Dans ce métier et en tant qu'agent pour Bongard à l’île de La Réunion, une bonne réputation est non négociable, et c’est dans cette optique que Bertrand (prénom d’emprunt), le fournisseur local, souhaite apporter son expérience professionnelle et sans se douter des événements maritimes mondiaux qui vont mener Sophie et Sylvain Diaz dans l’impasse. 

Un premier devis à 94.000 euros est présenté aux deux professionnels de la Plaine des Palmistes en février 2021. Le devis n’est valable qu’un mois. 

"Le 24 juillet 2021, ils passent commande mais ils n’ont pas signé le bon devis, c’est-à-dire qu’au lieu de signer le devis réactualisé avec l’augmentation des coûts, ils ont signé le devis à 94.000 euros. Ce devis n’incluait pas l’augmentation des coûts", explique Bertrand.

"Quand la société revendeur de Bongard m’appelle pour me dire que les clients n’ont pas signé le bon devis, les Diaz avaient déjà leur prêt donc ils ne pouvaient pas passer cette augmentation dans leur prêt", expose Bertrand. "Entre le premier devis et le second, le matériel a pris 12% (d’augmentation, ndlr)", ajoute-t-il. 

Cette probable incompréhension entre deux devis différents viendrait donc expliquer pourquoi les Diaz ont marqué un temps d’étonnement lorsqu’ils se sont vus réclamer 13.000 euros non prévus au départ. 

Comme si ce couac entre les devis ne suffisait pas, l’acheminement du fameux conteneur a plombé le projet, pour une raison qui échappe à l’ensemble des deux parties pour cette fois. 

70.000 euros à régler, selon les calculs du fournisseur

"Logiquement, nous on livre en deux mois, donc octobre - novembre, le matériel était à La Réunion en décembre", expose Bertrand, le fournisseur. Rappelons que les Palmiplainois projetaient d’ouvrir leur boulangerie en décembre 2021 justement.

"Quand on a su que le matériel allait partir d’Europe qu’au mois de janvier, on l’a dit aux Diaz. Il y a des mails qui le prouvent et pour donner suite à leur demande, un courrier a été écrit pour leur banque pour reporter les échéances de leur prêt et le montant de l’acompte pour le dédouanement. Ce n’est qu’après qu’on a appris que le matériel n’est même pas parti au mois de janvier, il est parti plus tard. La commande était déjà bouclée depuis septembre 2021, le matériel est arrivé à quai au mois de mars 2022", regrette-t-il lui-même, ceci en raison des complications rencontrées dans le fret maritime mondial. 

Mais une fois que le matériel est arrivé à quai au mois de mars, cela ne signifiait pas la fin des soucis. Le fournisseur a refusé de livrer la commande à ses clients. La raison en est purement et logiquement financière. 

À ce jour, les Diaz ont déboursé 137.000 euros jusqu’à l’arrivée du conteneur à La Réunion, correspondant au montant des acomptes demandés et signés. Selon la comptabilité du fournisseur, ils doivent encore 35.000 € à la société revendeur Bongard et 35.000 € à la propre société de Bertrand en tant que fournisseur, soit 70.000 euros au total, pour enfin voir la couleur de la totalité du matériel qui est actuellement en souffrance au Port Est.

Ratenon médiateur

"J’ai fait venir les matériels pour de grands groupes commerciaux, de grandes boulangeries, vous pensez que si j’étais un escroc ils me feraient confiance ? Les Diaz avaient un plan de financement, ils ont demandé 240.000€ à leur banque, logiquement ça devait couvrir les frais", lance Bertrand qui se dit prêt malgré tout à être conciliant, à condition que la garantie financière suive, autant pour lui en tant que fournisseur que pour Bongard dont il représente les intérêts localement puisque la société référence - qui existe depuis 100 ans - en matière de matériel professionnel en boulangerie-pâtisserie lui fait confiance depuis des années.

Les Diaz en sont même venus à solliciter la médiation du député de leur circonscription Jean-Hugues Ratenon, conscient que ce contentieux prive des entrepreneurs de lancer leur affaire. "J’ai dit à M. Ratenon que j’étais d’accord pour livrer le matériel mais à condition qu’il signe une garantie", nous explique Bertrand. "S’il y a une garantie écrite, je dédouane ! Mais M.Ratenon est resté sur sa position de médiateur…"

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