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Le feuilleton à un milliard d’euros du chantier de la NRL va occuper le tribunal administratif jusqu’en 2025

Les premiers recours du groupement d’entreprises de la NRL contre la Région dans l’affaire des contentieux du chantier du siècle ont fait l’objet d’audiences, ce mardi au tribunal administratif de Saint-Denis. Les sociétés de BTP réclament près d’un milliard d’euros à la collectivité.
Ecrit par Thierry Lauret – le mercredi 18 septembre 2024 à 07H06
Le tribunal administratif de La Réunion.

C’est un véritable marathon qu’ont entamé les magistrats du tribunal administratif ce mardi 17 septembre, et au regard du dossier tentaculaire qui se présente à eux, celui des contentieux du chantier de la Nouvelle route du littoral (NRL), ils ne prévoient pas d’apercevoir la ligne d’arrivée avant 2025.

« J’ai déjà lu 30.000 pages de dossiers et je n’ai pas fini », a ainsi rétorqué un juge, à l’issue de cette première journée d’audiences, à un avocat du groupement de la NRL qui s’étonnait de l’agenda du tribunal administratif. Le ton avait pourtant été donné par la rapporteure publique Elisabeth Baizet, dont l’exposé et les conclusions sur les contentieux portant uniquement sur la partie des routes digues entre la Chaloupe et la Possession, s’est prolongé pendant quatre heures.

Alors que le groupement NRL (Vinci, Bouygues, Dodin Campenon Bernard et Demathieu Bard) réclamait environ 250 millions d’euros pour cette partie du chantier qui n’a pas été achevée, Elisabeth Baizet a conclu au rejet de la presque totalité des demandes, s’accordant seulement à se prononcer en faveur de 175.000 euros pour les entreprises.

Ce sera la seule concession faite aux majors du BTP durant la journée. Toutes les requêtes seront systématiquement rejetées lors de l’audience de l’après-midi, consacrée au gros morceau du contentieux, le chantier du viaduc de 5,4 km (dénommé marché MT3), avec des réclamations du groupement NRL portant sur environ 60 millions d’euros. Pour rappel, en octobre 2023, la Région avait présenté en commission permanente une estimation des réclamations pour un montant de 726 millions d’euros, sans compter les intérêts moratoires exigés de 245 millions d’euros.

Entre-temps, des accords entre les deux parties ont permis de réduire sensiblement le montant de la facture, mais celle-ci demeure proche de la barre du milliard d’euros. Et pourrait causer la faillite de la collectivité si elle était confirmée par la justice. La part achevée du chantier s’élève, elle, à 1,6 milliard d’euros. La collectivité prévoit d’engager une somme proche de celle réclamée par le groupement NRL afin de réaliser son nouveau projet de viaduc entre la Chaloupe et la Possession.

Conflit avec les groupements de la NRL : La Région a provisionné 21,5 millions d'euros

Le principal litige évoqué ce mardi pour la partie viaduc concerne la fameuse barge Zourit, construite pour faciliter la pose des fondations des piles de l’ouvrage, et dont tous les Réunionnais ont suivi l’évolution au fil du chantier. Le maître d’œuvre, le groupement NRL, reproche principalement à la Région les surcoûts qui auraient été occasionnés par des informations partielles ou erronées contenues dans deux études géotechniques. Conséquence, selon les entreprises : la première barge construite, dénommée Big et seulement dotée de quatre « jambes », a dû être remplacée par une barge plus imposante, Zourit, pourvue cette fois de huit jambes « pour plus de stabilité », avec des longueurs réajustées pour « mieux résister à la houle ».

« Zourit a couté 40 millions d’euros de plus que prévu »


« Ce magnifique viaduc de 5,4km, c'est le produit de la barge Zourit »
, a relevé l’un des avocats du groupement, Me François Balique. « Cette barge a couté 40 millions d’euros de plus que ce qui était prévu dans l'offre, et on nous explique que c'est au groupement de supporter ce surcoût. » 

Selon les requérants, les études du sol sous-marin fournies ne permettaient pas de mener à bien le chantier. « On pensait avoir des sables supportant des éléments de 4.000 tonnes et qu'est-ce qu'on a découvert ? Des sables flasques, des sables qui ne résistent pas. Les marges de ce type de chantier sont de 1 à 2%, elles vont être englouties par le marché Zourit », a tonné Me François Balique.

Rien moins que des « fables » selon Me François K’Jan, avocat de la Région, pour qui le débat sur la qualité des études ne servirait qu’à masquer l’appétit financier des majors du BTP, et les erreurs d’appréciation sur la fabrication du premier modèle de barge.

« Les pattes étaient trop courtes, la portance n'était pas bonne. Le groupement avait besoin de redimensionner la barge pour transporter plus de matériel et faire moins de voyages. On parle du dimensionnement d'un outil capacitaire, la longueur des jambes est le seul élément important, le reste n'est que littérature », a avancé Me François K’Jan, en soulignant qu’il n’existait « pas de normes » pour ce chantier exceptionnel. Et que la Région ne pouvait être tenue responsables des tâtonnements ou des ajustements techniques du groupement NRL.

Le rendu de la décision du tribunal pour la partie route digue du dossier est prévu le 8 octobre, tandis que les décisions pour les recours sur la partie viaduc seront connues le 22 octobre. En attendant une seconde salve d'audiences annoncées avant la fin de l'année.

Me François K'Jan, avocat de la Région.

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