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Rejets d'effluents dans la ravine, stockage de déchets dangereux, affouillements sans autorisation... : Euro Béton à nouveau devant la justice pour la pollution de son site de Sainte-Marie

Ecrit par Sébastien Gignoux – le mardi 9 juin 2026 à 06H03

Régulièrement rappelée à l’ordre par la préfecture et la justice depuis 2010 pour la pollution des sols et des milieux aquatiques, la société de production de béton prêt à l’emploi Euro Béton est renvoyée devant le tribunal correctionnel pour une longue liste d’atteintes à l’environnement sur son site de La Mare à Sainte-Marie.

Près de dix ans et probablement des centaines de milliers de m3 de béton se sont écoulés depuis qu’Euro Béton se trouve dans le collimateur des autorités, sans que ces dernières n’arrivent à la faire plier. Régulièrement rappelé à l’ordre depuis 2015 pour divers manquements à la législation sur les installations classées et le code de l’environnement, le bétonnier basé à La Mare, sur la commune de Sainte-Marie, a continué de fournir des chantiers de construction sur toute l’île en dépit des sanctions prises par les différents préfets qui se sont succédé sur la période.

Pollution des sols et exploitation d’un second malaxeur sans autorisation

La justice aura, elle aussi, pris tout son temps pour étudier le caractère pénal du dossier. Saisie en 2020, elle a pris, fin 2025, la décision de renvoyer devant le tribunal correctionnel la société Euro Béton et ses gérants successifs : son dirigeant historique Bernard Samourgompoullé, son fils Justin qui lui a succédé comme PDG en 2018, ainsi que trois autres membres de la famille.

Lire aussi : Convention collective du BTP et licenciement : des salariés d'Eurobéton en grève

Tous les cinq sont convoqués le 23 juin prochain devant le tribunal correctionnel de Saint-Pierre, où siège le pôle judiciaire environnemental de La Réunion qui a hérité, après une analyse juridique par les magistrats de la cour d’appel, du dossier ouvert par le parquet de Saint-Denis voici plusieurs années. La liste des infractions reprochées est longue : pollution des sols et milieux aquatiques, exploitation d’une installation classée et affouillements sans autorisation, construction sans permis et non-respect du plan local d’urbanisme, pour n’en citer que quelques-unes.

"Rejet des effluents liquides au milieu naturel"

Déjà condamnée à de fortes amendes en 2012 et 2017 pour avoir rejeté des effluents aqueux issus du lavage des camions-toupies et des boues à forte teneur en ciment dans la nature, sanctions confirmées en appel, Euro Béton fait de nouveau l’objet, en septembre 2015, d’avertissements de la DEAL pour « le rejet au milieu naturel sans traitement des effluents liquides, le stockage de déchets solides et liquides sans mesure de protection des sols et des eaux souterraines et le déversement de déchets solides et liquides », mais aussi pour l’exploitation constatée d’un second malaxeur sans autorisation. Particulièrement menacées, la ravine des Figues qui se trouve en bordure du site exploité dans la zone d’activité de La Mare, mais aussi la nappe phréatique qui s’y trouve.

"Avant, on entendait les grenouilles"

« Avant, il y avait des poissons et on entendait les grenouilles dans cette ravine, mais il n'y a plus rien », témoigne une habitante du quartier. Le bétonnage progressif du lit de la ravine des Figues a aussi eu des conséquences sur sa propriété, avec un déversement des eaux plus rapides qui a précipité l'érosion des berges. « De ce côté, mon terrain est grignoté, heureusement qu'il y a les bambous qui retiennent encore un peu la terre », montre-t-elle avec dépit. « Depuis que cette société s'est agrandie, rien ne va plus. Une famille qui habitait en face a dû vendre et déménager car les enfants faisaient de l'asthme avec les poussières », affirme encore la Sainte-Marienne, dont les courriers recommandés à la mairie n'ont eu aucun effet.

"Gravité des atteintes à l’environnement"

Après ses constatations de 2015, la mise en demeure adressée par les services de l'Etat n’a pas non plus été satisfaite. Aussi, la préfecture tape à nouveau du poing sur la table en août 2016. Evoquant « la gravité des atteintes à l’environnement » et « le caractère d’urgence », elle prononce cette fois la suspension des activités de la société, sous astreinte financière par jours de retard.

Mais Euro Béton, qui conteste en vain ces arrêtés devant la juridiction administrative, refuse de se plier aux injonctions. En mai 2019, après un nouveau contrôle de l’installation en octobre 2018 ayant permis de constater « le stockage de déchets inertes et non-inertes, dangereux et non-dangereux », la préfecture intime « la suppression des installations de stockage de déchets, la cessation définitive des activités liées, et la remise en état des parcelles. »

"Plus rentable de laisser courir l’amende"

Et réclame par ailleurs le recouvrement de l’astreinte financière émise en 2016 : 980 euros multipliés par le nombre de jours ouvrés écoulés sans respecter l’arrêté, soit un total de 539 000 euros. « Il est clair que pour Euro Béton, il est plus rentable de poursuivre son activité quitte à laisser courir l'amende », expliquait alors un connaisseur du dossier à propos d’une société, l’une des rares dans son secteur à La Réunion, dont le chiffre d’affaires avoisine les 6 millions d’euros annuels.

"Acharnement de l’Etat"

En 2018, devant le tribunal administratif, la défense d’Euro Béton avait dénoncé « un acharnement de l’Etat », allant jusqu’à lui réclamer 3,9 millions d’euros au titre du préjudice lié à la perte d’une activité qui n’a pourtant jamais cessé de manière effective.

Contactée, la défense de l’entreprise affirme aujourd’hui « que tout a été remis aux normes », et que les reproches de la DEAL n’ont plus lieu d’être. Tout en soulignant qu’Euro Béton est un « petit », sur un marché du béton dominé par des multinationales.

Selon nos informations, un collectif de riverains s’est constitué partie civile pour réclamer des mesures de réparation des nuisances environnementales.

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