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Conflit avec les groupements de la NRL : La Région a provisionné 21,5 millions d’euros

Ericka Bareigts et Huguette Bello ont enterré leurs désaccords ce matin, lors de la plénière de la Région. Si la question de la provision au budget d'une somme pour faire face au milliard d'euros de réclamations des groupements du chantier de la NRL avait occasionné un clash le mois dernier au sein de la majorité, la question du montant alloué a cette fois été tenue secrète. Mais la collectivité a bien inscrit une provision 21,5 millions d'euros à son budget primitif sans l'associer ouvertement à dossier sensible.

Ecrit par Thierry Lauret – le jeudi 14 décembre 2023 à 18H27

Les premiers sondages géotechniques en vue de la construction du second viaduc de la nouvelle route du littoral (NRL) débuteront l’an prochain. Les travaux de ce tronçon entre la Grande-Chaloupe et La Possession, prévus entre 2027 et 2028, représentent « un investissement colossal » pour la Région, a rappelé le vice-président Patrick Lebreton ce jeudi matin lors de l’assemblée plénière de la collectivité, à l’occasion de l’examen du budget primitif 2024.

« Cette route va prendre énormément de retard et coûter beaucoup plus cher » que le projet de l’ancienne mandature, a raillé l’opposant Jean-Jacques Morel, en oubliant de mentionner que la construction de la route en digue, initialement programmée, a dû être abandonnée en raison du manque de matériaux, résultant de l’absence d’autorisation pour les multinationales du BTP de creuser absolument là où elles le souhaitaient. En l’occurrence à Saint-Leu, sur un site non inscrit au schéma départemental des carrières.

Lors de la précédente plénière de la Région, les élus de la majorité s’étaient écharpés au sujet des 725 millions d’euros réclamés par les titulaires des marchés MT3 (viaduc) et MT5 (digue) pour des factures considérées comme incomplètes, auxquelles s’ajoutent des intérêts moratoires pour un montant de 245 millions d’euros.

La majorité se déchire au sujet de la NRL

Si les élus de la majorité considèrent, à l’image de la présidente Huguette Bello, qu’il s’agit de « réclamations extravagantes », la loi contraint la collectivité à provisionner une somme pour ne pas être en situation de défaut de paiement en cas de condamnation.

Pour l’exercice 2023, la Région avait provisionné 1,395 million, un montant jugé ridicule par Christian Annette, qui avait pris à partie Huguette Bello et Patrick Lebreton sur leur gestion de « ce fiasco hérité de l’ancienne mandature » que serait la NRL, pour laquelle la collectivité s’est endettée à hauteur de 1,3 milliard d’euros.

Le clash avait été mémorable et s’était conclu par le départ en pleine séance d’une Ericka Bareigts furibonde contre l’attitude jugée condescendante de Patrick Lebreton. Ce matin, avant l’ouverture de la plénière, la maire de Saint-Denis et la présidente de la Région ont pris le temps d’une accolade et d’une discussion les yeux dans les yeux pour signifier aux observateurs que la hache de guerre était, au moins provisoirement, enterrée.

C’est peut-être la raison pour laquelle personne, dans la majorité, n’a jugé opportun de reposer aujourd’hui la question qui fâche, celle du montant que la collectivité allait provisionner au budget primitif 2024 pour parer aux réclamations des groupements de la NRL. Dans l’opposition, la question de la provision apparaît comme un terrain glissant, au point que personne n’a tenté de s’en emparer pour railler les divisions au sein de la majorité.

« Je ne suis pas là pour demander aux groupements combien il vous faut et puis on met au budget. Nous ce qu’on veut, c’est payer, oui, de manière honnête, sincère », a fait valoir Patrick Lebreton pour expliquer le silence radio de la Région au sujet du montant provisionné. Pas question de donner des indications sur une somme qui pourrait être utilisée à ses dépends comme une base de négociations, ou pour influencer une décision de justice. « On est là pour préserver les intérêts de la Région, donc ceux des Réunionnais, parce que cela passe par les impôts », a rappelé le vice-président en charge des finances.

Même si la somme n’est pas fléchée explicitement sur le milliard d’euros de réclamations pour la NRL, la Région a bien inscrit une somme au chapitre 68 de son BP 2024 : une « dotation aux provisions » d’un montant de 21,5 millions figure en effet dans sa maquette budgétaire. Suffisant pour clarifier les doutes de la presque totalité du groupe Avenir d’Ericka Bareigts, lequel a voté le budget primitif, à l’exception des abstentions notables de Christian Annette et d’Anne Chane-Kaye-Bone, dont il avait la procuration.

« Vous avez su entendre nos inquiétudes et vous avez inscrit des provisions dans ce budget. Concernant notre groupe, nous respectons les positions des élus qui se sont précédemment exprimés, leurs réserves et leurs alertes. Nous avons convenu en toute responsabilité qu’ils étaient en droit de s’exprimer et de maintenir leur vote, puisque cela ne bloquerait pas le vote du budget. Les 9 autres membres de notre groupe voteront le budget », a exposé Normane Omarjee pour le groupe Avenir.

Christian Annette, s’il n’a pas remis la question du montant de la provision sur la table, a toutefois contesté la sincérité du BP 2024. En argumentant cette fois sur l’inscription de la provision en section d’investissement, alors que la Chambre régionale des comptes a mentionné que les principales sommes devaient être inscrites dans le budget de fonctionnement. Ce qui aurait alors pour conséquence, et Christian Annette en est pleinement conscient, de mettre la fameuse épée de Damoclès sur les emplois de la collectivité.

« Moi je m’appuie aussi sur les échanges entre la CRC et la Région, c’est pour cela que j’émets un doute sur la sincérité et la transparence [du budget]. C’est ce que nous devons aux Réunionnais. Leur dire : voilà les risques auxquels nous sommes exposés et voilà les mesures que nous prenons. Un exemple très concret de dépenses qui ne relèvent pas de l’investissement : le marché central des digues et l’absence des roches massives, qui a eu des conséquences sur le déroulement des travaux, occasionnant prolongements et surcoûts », a souligné le conseiller municipal de Sainte-Marie.

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