Saint-Benoît : photographier le patrimoine "oublié", ça peut rapporter gros

Un pont oublié dans la forêt, un ancien canal, un mur en pierre sèche... À Saint-Benoît, l'association Somin Sarèt invite chacun à partir à la recherche de ces témoins souvent méconnus de l'histoire. À la clé, un concours photo doté de plusieurs (belles) récompenses, mais surtout l'occasion de (re)découvrir un patrimoine façonné par les premiers bâtisseurs de l'île, des esclaves aux engagés.
Il suffit souvent de quitter les sentiers battus. À Saint-Benoît, l'association Somin Sarèt invite chacun à partir à la chasse au patrimoine oublié à travers un concours photo baptisé « Fé sort nout zistwar ». Les inscriptions sont ouvertes jusqu'au 16 août et les clichés retenus seront exposés lors des Journées européennes du patrimoine, les 19 et 20 septembre, sur le site historique de Bethléem.
Derrière cette initiative se cache une ambition bien plus large qu'un simple concours photographique. Pour les bénévoles de l'association, il s'agit avant tout de remettre en lumière un patrimoine souvent ignoré, pourtant bien là dans les paysages de l'Est.
"Saint-Benoît a été une ville très florissante. Elle possède un patrimoine considérable, mais complètement oublié. On a envie de le remettre en valeur, principalement tout ce qui concerne les constructions en pierre sèche, les ouvrages taillés dans la pierre et tout ce qui raconte une histoire", explique le président de Somin Sarèt, Marc Munich.
Deux siècles d'histoire… et de photographie
Le concours fait également écho au bicentenaire de la première photographie réalisée par Nicéphore Niépce. Un clin d'œil historique qui a inspiré l'association.
"L'idée est aussi de rendre hommage aux 200 ans de la photographie. C'était une belle occasion d'inviter chacun à regarder autrement le patrimoine qui l'entoure", souligne Marc Munich.
Les participants, âgés d'au moins 12 ans, pourront concourir dans trois catégories : appareil photo, smartphone et drone. Neuf lauréats seront récompensés, avec notamment un survol de l'île en hélicoptère, un repas gastronomique pour deux ou encore une descente de la rivière des Marsouins en canoë.
Retrouvez le réglement complet ici.

Des ponts et canaux oubliés qui racontent l'Est
Au fil de ses recherches sur le terrain et dans les archives, Somin Sarèt a recensé de nombreux vestiges parfois dissimulés par la végétation : anciens canaux d'irrigation, chemins pavés, ponts bicentenaires ou encore ouvrages en pierre sèche. Des monuments vestiges de l'histoire industrielle mais aussi ferroviaire de l'île.
Pour le géographe et passionné d'histoire Jean-Cyrille Notter, ces constructions constituent de véritables livres d'histoire à ciel ouvert.
"Toutes ces pierres racontent une histoire. Celle des anciens canaux, des anciens ponts, des chemins pavés, de toute une organisation du territoire qui a accompagné le développement de la canne à sucre. Il faut simplement apprendre à les lire." Et à les découvrir…
Certaines de ces infrastructures remontent au début du XIXe siècle et témoignent d'un savoir-faire aujourd'hui disparu : "On découvre des ponts qui ont près de 200 ans, toujours debout, qui ont résisté à une centaine de cyclones ou de fortes pluies. Ce sont des ouvrages exceptionnels mais ils ne sont ni protégés ni réellement mis en valeur."

Un hommage aux bâtisseurs de l'île
Au-delà de leur intérêt architectural, ces ouvrages rappellent également le travail des hommes qui les ont construits.
"Au départ, ce sont principalement les esclaves qui ont réalisé ces ouvrages, puis les engagés. À partir d'une matière inerte, ils ont créé tout un patrimoine qui est encore visible aujourd'hui. C'est aussi leur histoire que nous voulons raconter."
L'association espère ainsi susciter la curiosité des habitants à explorer leur commune autrement, les Réunionnais à decouvrir leur patrimoine et, peut-être, porter un regard neuf sur des vestiges qu'ils croisent quotidiennement sans vraiment les regarder.
Une tyrolienne sur une ancienne passerelle à Bethléem
Les meilleures photographies ne resteront pas dans les cartons. Elles seront présentées lors des Journées européennes du patrimoine à Bethléem, dans une exposition consacrée aux constructions en pierre sèche et au patrimoine bâti oublié de Saint-Benoît.
Le public pourra également participer à des visites guidées, découvrir plusieurs ateliers historiques et profiter d'une tyrolienne installée entre les anciennes piles d'une passerelle, retrouvée par l'association, afin de mêler découverte patrimoniale et animation grand public.
Pour Somin Sarèt, le concours n'est finalement qu'un prétexte : "Le véritable objectif est que les gens sortent de chez eux, regardent autrement leur commune et prennent conscience de toute la richesse patrimoniale qui les entoure."
La chasse photographique est lancée !
Pour toute information technique complémentaire, contactez les organisateurs : [email protected].


