"Le requin m'a entraîné au fond de l'eau" : Comment Laurent Chardard a transformé le pire jour de sa vie en quête d'or paralympique

Connaissez-vous son histoire ? Attaqué par un requin à La Réunion en 2016, le Saint-Pierrois Laurent Chardard perd un bras et une jambe. Quelques minutes plus tôt, il surfait comme des centaines de Réunionnais. Neuf ans plus tard, le para-nageur est monté sur le podium des Jeux paralympiques de Paris et poursuit un objectif plus grand encore, décrocher l'or à Los Angeles en 2028.
Des vies qui basculent en une seconde. Celle de Laurent Chardard a basculé en deux morsures, il y a tout juste 10 ans. Attaqué par un requin à La Réunion sur le spot de Boucan Canot, amputé d'un bras et d'une jambe, il aurait pu ne plus jamais regarder l'océan. Il a choisi d'y retourner. Jusqu'à en faire le théâtre de sa renaissance.
Des hommes racontent leur drame avec la précision d'un témoin. Laurent Chardard, lui, le raconte avec calme. Le calme de ceux qui ont fini par apprivoiser leurs souvenirs. Les mots sont simples. La voix ne tremble jamais. Le sourire toujours là. Comme si l'essentiel n'était plus ce qui lui est arrivé, mais ce qu'il en a fait.
Un matin comme un autre ?
Ce matin-là, il glisse sa planche dans l'eau de Boucan Canot. Le spot est équipé de filets anti-requins. Une protection imparfaite, mais suffisante, pense-t-il alors, pour aller surfer quelques vagues.
Une demi-heure plus tard, l'océan change de visage.
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Il vient de prendre une vague et remonte tranquillement vers le "pic". Autour de lui, les autres surfeurs sont un peu plus loin. Son bras droit effleure l'eau. "Le requin est venu me prendre le bras comme un crocodile. Il m'a entraîné au fond", raconte-t-il encore récemment au Démotivateur.
Le récit s'arrête presque là. Aucun effet. Aucune dramatisation. Seulement la brutalité des faits. Sous l'eau, Laurent Chardard frappe l'animal de sa main gauche. Le squale lâche prise. Il remonte sur sa planche. Son bras est arraché.
"J'ai encore dû le taper pour qu'il me lâche"
Son premier réflexe n'est pourtant pas pour lui. Il crie. Pour prévenir les autres. Pour que personne ne reste dans l'eau.
Laurent Chardard pourrait tenter de rejoindre la plage en surfant la vague suivante. Le Réunionnais n'en fait rien. Sa main gauche est blessée. Il craint de perdre sa planche, de couler, de ne jamais remonter. Il attend.
Le requin revient. Une deuxième fois. Cette fois, il s'attaque à sa jambe. "J'ai encore dû le taper pour qu'il me lâche."
𝐋𝐀𝐔𝐑𝐄𝐍𝐓 𝐂𝐇𝐀𝐑𝐃𝐀𝐑𝐃 𝐂𝐇𝐀𝐌𝐏𝐈𝐎𝐍 𝐃’𝐄𝐔𝐑𝐎𝐏𝐄
Quelle course ! Le sociétaire du Guyenne Handinages Laurent Chardard était impatient d’en découdre sur le 50m papillon… Et il a relevé le défi avec brio, en remportant le titre en 31.33 secondes. Oui Monsieur 🤙. pic.twitter.com/iehhdyUOtN— FFHandisport (@FFHandisport) April 27, 2024
Le jet-ski finit par surgir (enfin!). La côte n'est qu'à quelques centaines de mètres. Pourtant, la vie de Laurent Chardard est déjà ailleurs.
Il avoue aujourd'hui une phrase qu'il garde souvent pour lui. "Sur la plage, je n'avais plus envie de vivre." Perdre un bras. Perdre une jambe. Perdre, croit-il alors, la vie qu'il s'était imaginée.
Lucidité
Le véritable tournant ne se produit ni dans l'océan, ni sur le sable. Il survient dans une chambre d'hôpital. Au réveil. Le silence des machines. La douleur. Et une idée qui s'impose. "Je me suis dit que j'étais toujours là. J'avais de la chance. Il fallait passer à autre chose." Bluffant ?
Beaucoup pourraient parler de résilience. Lui ne prononce jamais ce mot. Le Saint-Pierrois, 30 ans aujourd'hui, ne l'aime pas trop d'ailleurs. Il préfère "avancer". Trois mois après son hospitalisation, ses amis l'emmènent dans le lagon avec une simple bouée. Ils ne cherchent pas à lui faire retrouver le sportif qu'il était. Seulement le plaisir d'être dans l'eau.
Jeux Paralympiques 2024 : le Réunionnais Laurent Chardard décroche la médaille de bronze en natation sur le 50m papillon pic.twitter.com/5skMxpkEP2
— Réunion la 1ère (@reunionla1ere) September 4, 2024
L'eau, justement. Elle aurait pu devenir une ennemie. Mais finalement, elle redevient un refuge. "Je suis surtout content de ne pas avoir développé la phobie de l'eau."
Alors il recommence. Le Réunionnais apprend d'abord à nager autrement. Puis il retrouve une planche. Le corps n'est plus le même. Les gestes non plus. Mais l'envie est intacte. Ce grand gaillard choisit pourtant de rester dans les bassins.
Palmarès et Graal
À partir de là, les titres s'accumulent presque malgré lui. Champion de France. Champion d'Europe. Champion du monde. Puis une médaille de bronze paralympique à Paris en 2024, sur du 50 m papillon. Comme si chaque ligne de son palmarès venait contredire les certitudes du jour où tout avait basculé.
"J'ai envie de voir si je peux atteindre le Graal", assure-t-il aujourd'hui, lorsqu'il évoque Los Angeles 2028. Pas de revanche ni de miracle. Seulement un objectif.
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Son récit échappe aux récits héroïques. Et Laurent Chardard, qui s'entraine depuis quelques années du côté de la Gironde, près de Bordeaux, ne donne jamais l'impression d'avoir vaincu le requin. Le requin a gagné ce combat-là. Ce squale lui a pris un bras, une jambe, une partie de sa vie. Mais il n'a jamais réussi à lui prendre le goût de l'eau.
Et c'est peut-être, au fond, sa plus grande victoire.
Il est pour nous tous un exemple d’abnégation et de résilience !
J’adresse toutes mes félicitations au Réunionnais Laurent Chardard, médaillé de bronze en natation aux Jeux Paralympiques de Paris 2024.
Nou lé fièr nout gayar !#Paris2024 #JeuxParalympiques2024 pic.twitter.com/KhHqyRrmOT
— Huguette Bello (@HuguetteBello) September 3, 2024


