Le directeur de cabinet aux 147 kilos de zamal déféré devant le parquet

Bertrand De Boisvilliers doit être présenté ce lundi devant le parquet de Saint-Denis au terme de sa garde à vue entamée jeudi soir lors de son arrestation dans le port de Sainte-Marie. Le directeur de cabinet de la mairie de Sainte-Suzanne a été interpellé par les gendarmes de l’office anti-stupéfiants (OFAST) et de la section de recherches de Saint-Denis alors qu’il s’affairait avec un complice autour de l’Abyss, son bateau de pêche, amarré dans le petit port de plaisance.
Les enquêteurs pistaient l’homme de confiance de Maurice Gironcel depuis plusieurs mois. Il était notamment apparu sur les écrans radars des militaires en novembre dernier lors d’une précédente livraison de zamal à destination de l’île Maurice. Jeudi soir, alors qu’un nouveau voyage était en préparation, un important dispositif a été mis en place pour intercepter Bertrand De Boisvilliers et son complice. À bord de l’Abyss, les enquêteurs ont saisi 147 kilos de zamal répartis dans quinze sacs et en prime 300 grammes de résine de cannabis. Les deux hommes ont été immédiatement placés en garde à vue.
Deux commanditaires arrêtés vendredi
Dans la journée de vendredi, deux autres suspects ont été appréhendés par les enquêteurs. L’un d’eux est suspecté d’être le commanditaire d’une centaine de kilos de zamal expédiée depuis le port de Sainte-Marie à Maurice en novembre dernier. Le bateau du directeur de cabinet avait rejoint un speed-boat mauricien en mer qui avait pris son relais avant d’être finalement intercepté sur les côtes mauriciennes.
L’autre individu arrêté vendredi serait le donneur d’ordre pour les 147 kilos de zamal, restés finalement à quai après l’intervention des militaires la veille au soir. Cet homme est loin d’être inconnu aux yeux de la justice. Il a déjà trempé dans un précédent trafic de produits stupéfiants, démantelé par les gendarmes en 2019 avec la saisie de 136 kilos de zamal.
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L’on reparle de Franklin…
À l’époque, la tête d’affiche de ce trafic entre les deux îles n’était autre que Jean-Hubert Célerine alias « Franklin ». Réclamé par la justice réunionnaise, ce baron de la drogue à l’île Maurice avait fini par être extradé. Condamné à six ans de prison ferme et à l’interdiction définitive de séjourner dans l’île en juin 2024, il achève de purger sa peine à La Réunion. À l’issue, il sera expulsé dans son pays où ses comptes bancaires, ses deux hors-bords, ses 60 voitures et ses trois sociétés ont été gelés.
Un couple qui flambe au poker
Beaucoup se posent la question de savoir pourquoi Bertrand De Boisvilliers a pris de tels risques. D’abord parce que l’ex-directeur général des services (DGS), devenu il y a cinq ans directeur de cabinet du maire, jouissait d’une position confortable au plan financier et en termes de liberté. Ensuite parce qu’il se savait repéré depuis le mois de novembre dernier. Ce qui aurait dû calmer ses ardeurs.
Une partie de la réponse se trouve peut-être dans le fait que le directeur de cabinet et son épouse flambaient beaucoup d’argent au poker. Comme le monde est décidément petit, le couple s’asseyait notamment autour de la table de jeu d’un certain… David Vital. « Une table royale » où l’on ne manque de rien sauf peut-être d’argent les soirs de malchance.
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147 kilos de zamal pour environ 4 millions d’euros
Or, beaucoup savent que le trafic de zamal avec l’île Maurice est très lucratif et qu’il peut permettre de se refaire très vite. À la revente, le kilo de zamal s’affiche à près de 30.000 euros dans l’île sœur, où il est difficile à produire sans se faire prendre et où la demande est forte. Dans le cas présent, les 147 kilos saisis tutoient les 4 millions d’euros. Un gain mirifique qui se partage entre producteurs, collecteurs, transporteurs et grossistes dans des proportions que l’enquête cherche à déterminer.
En attendant, les protagonistes de l’affaire seront déférés demain devant le parquet de Saint-Denis qui doit ouvrir une information judiciaire pour acquisition, détention, transport et exportation de produits stupéfiants, voire même pour blanchiment. Reste à savoir qui va séjourner en prison parmi eux…


