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« Le Chaudron est à nous ! » : deux hommes écroués après la soirée Karavan la Kour qui a tourné au chaos

Ecrit par Eric Lainé – le vendredi 5 décembre 2025 à 19H28

Tir de flash-ball, violences et rébellion à l’encontre de policiers et insultes et menaces de représailles contre la maire, Ericka Bareigts, et l'adjointe de quartier, Geneviève Bommalais… Jordan H. et Yann C., suspectés d’avoir semé la panique à la soirée Karavan la Kour du Chaudron samedi dernier, ont été maintenus sous mandat de dépôt en attendant leur procès fixé au 28 janvier prochain.

Cet après-midi, Jordan H., 27 ans, et Yann C., 38 ans, s’avancent avec assurance à la barre du tribunal judiciaire de Saint-Denis où ils comparaissent pour avoir sérieusement perturbé la soirée Karavan la Kour, organisée samedi dernier sur le marché forain du Chaudron. Le procès n’aura finalement pas lieu puisque les deux jeunes gens demandent un délai pour préparer leur défense. Ce qui leur est accordé de droit avec une date d’audience fixée au 28 janvier prochain.

Comme ils sont tous deux sous mandat de dépôt depuis la veille, les juges se doivent de déterminer s’ils vont rentrer chez eux en étant placés sous contrôle judiciaire ou s’ils restent incarcérés au centre de détention de Domenjod jusqu’à l’année prochaine.

« C’est à nous de décider qui peut venir là ! »

Sans aborder le fond du dossier, le président Molié rappelle les contours de l’affaire qui s’est déroulée en deux temps. Samedi en début de soirée, près de 300 personnes se trouvent aux abords de la scène quand deux motos s’en rapprochent en vrombissant. Les pilotes fendent une partie de la foule, provoquant un début de panique compréhensible.

Juchés sur leurs bécanes, ils lancent à la cantonade : « Le Chaudron est à nous ! C’est à nous de décider qui peut venir là ! » Clairement, ils entendent marquer leur territoire. L'adjointe du quartier de Saint-François, également déléguée aux fêtes et cérémonies pour la mairie de Saint-Denis, s’en mêle pour tenter de les ramener à la raison. En retour, elle reçoit une bordée d’insultes. Fin du premier épisode.

« Allé fé bour aou ! Languèt’ ton momon ! »

Les choses auraient pu en rester là en mettant l’incident sur le compte d’un état d’excitation passager. Mais les deux motards ne comptent pas s’arrêter en si bon chemin. Aux environs de 20 heures, ils profitent de la montée sur scène de « Tikok Vellaye » pour faire irruption à ses côtés. L’un des prévenus lui confisque le micro sans ménagement pour prendre la parole.

Son discours manque singulièrement de profondeur puisqu’il se limite à des insultes destinées à l’élue de quartier. Du style : « Allé fé bour aou ! Languèt’ ton momon ! » Poing en l’air comme son camarade, l’autre balance à destination d’Ericka Bareigts, qui n’est pas présente, : « Je ne peux pas te toucher car tu es une femme mais mi sa met’ le feu su zot. »

Coup de feu, couteau en l’air et mouvement de panique

Les insultes sont une chose mais la tension monte d’un cran quand l’un d’eux dégaine une arme de poing sur scène et tire un coup de feu en l’air. Tandis que l’autre brandit un couteau. L’ambiance bon enfant, qui régnait jusqu’à présent sur la place du marché forain, vire au cauchemar.

Un coup de feu claque dans la nuit qui provoque un mouvement de panique. Dans la foule, certains se mettent à courir en pensant à un début de fusillade. D’autres se couchent au sol. Inutile de dire qu’il y aurait pu avoir des blessés. On sait ce que les mouvements de foule peuvent entraîner. Par chance, il n’en a rien été.

Insultes, menaces et crachats sur la police

Sur place, les policiers interviennent immédiatement. Ils procèdent sur le champ à l’arrestation de Jordan H. sans difficulté. Seulement, des membres de sa famille sont également présents et il s’ensuit un début de ralé-poussé fleuri d’insultes, de menaces de mort et de crachats sur les forces de l’ordre. Pour sa part, Yann C. est parvenu à prendre la fuite. Il est interpellé le 3 décembre par la police. Comme son complice, il conteste les faits hormis les violences sur les forces de l’ordre.

Identifiés lors d’un tapissage

Le souci pour les deux prévenus est que des témoins les ont formellement identifiés, notamment lors d’une séance de tapissage. Jordan H. est également reconnu sur photo. Quant à Geneviève Bommalais, elle a mis formellement en cause les deux prévenus pour leur coup d’éclat.

En marge de cette affaire, le casier judiciaire de Yann C. ne plaide pas en sa faveur. L’homme de 38 ans a un casier long comme la ravine du Chaudron avec 16 mentions au compteur. La dernière remonte au 31 août 2022. Elle concerne à la fois des menaces de mort, des violences aggravées et des dégradations.

« Risque de pression sur les témoins »

Pour la représentante du ministère public, les deux prévenus doivent rester en prison jusqu’à leur procès. Elle le justifie « par la gravité des faits qui se sont déroulés lors d’une manifestation en présence de nombreuses familles et de leur possible renouvellement mais aussi par le risque de fuite et de pression sur les témoins ». Pour Yann C, elle ajoute à ces griefs « un casier judiciaire déjà bien chargé et l’absence d’un emploi pour garantir sa représentation ».

« Le dossier est truffé de problèmes »

Pour Me Jean-Christophe Molière, rien ne justifie un maintien de son client sous mandat de dépôt. « Le dossier a été traité de manière expéditive et il est truffé de problèmes », argue-t-il en laissant entendre que des infractions ne tiennent pas. Il précise que Jordan H. n’a qu’une seule mention à son casier qui concerne seulement des faits de filouterie. L’avocat indique encore qu’il a « un travail, une famille et est inséré » et qu’il conteste avoir fait usage d’une arme cette nuit-là.

Me Mathieu Jorelle adopte la même ligne de défense, rappelant que « les faits sont graves mais contestés ». « Il s’est toujours plié aux exigences de la justice », insiste-t-il en parlant de Yann C. Finalement, les juges en ont décidé autrement. Les prévenus restent en prison jusqu’à leur comparution immédiate, programmée le 28 janvier 2026. « Il y a un risque de pression sur les témoins et il faut préserver la paix jusqu’à la fin de l’année », justifie le président Bernard Molié.

Etiquettes : Agression | Chaudron | Saint-Denis

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