Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : "Si vous n’êtes pas à la table, c’est que vous êtes au menu"

Découvrez le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab :
Depuis janvier 2025 et le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, son administration ne manque jamais une occasion d’insulter, d’humilier, d’afficher son mépris pour l’Europe dans son ensemble ou pour un pays en particulier.
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En février 2025, à la Conférence de Munich sur la sécurité, le vice-président Vance, rompant avec le langage policé des diplomates, avait craché son mépris à la figure de dirigeants européens muets et sidérés.
En juillet 2025, c’est au tour du président états-unien de se moquer ouvertement d’Emmanuel Macron : devant la Maison Blanche, Trump commente la décision de la France de reconnaître l’État palestinien : « ce qu’il [Emmanuel Macron] dit n’a aucune importance ».
Et il serait facile de multiplier les exemples de déclarations outrancières envers le vieux continent.
Un esprit sensé pourrait penser que de telles gifles – à défaut de baisers fougueux – allaient réveiller la belle au bois dormant européenne.
Que nenni !
Début janvier 2026, un post sur le réseau social X traduit, une nouvelle fois l’impuissance européenne et la pusillanimité de nos dirigeants face aux prédateurs de Washington. La réaction de notre président à l’enlèvement de Maduro tient en une phrase : « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolas Maduro et ne peut que s’en réjouir ».
Et rien sur le bellicisme de Trump ? Pas un mot sur les graves entorses au droit international.
L’Europe – à une exception près, l’Espagne de Pedro Sanchez – joue les muets du sérail. Certains, comme Méloni et Orban, en raison de leur proximité idéologique avec Trump. D’autres, parce qu’ils sont terrorisés à l’idée de déplaire au nouvel empereur des Amériques.
L’écrivain kenyan Ngugi Wa Thiongo a publié en 1986 un essai intitulé Décoloniser l’esprit. L’Europe est aujourd’hui, vis-à-vis des U.S.A., dans une situation de totale dépendance, mentale en premier lieu, à laquelle s’ajoutent d’autres types de subordination : économique, culturelle, technologique, militaire, etc. N’est-ce pas la définition même du colonialisme ? Alors soit l’Europe décide de s’assoir à table, en opposant aux techno-fascistes et autres libertariens fous les valeurs qui sont les siennes et en abandonnant son statut d’herbivore, soit elle finira dans l’assiette des carnivores.
Ce deuxième cas de figure semble être l’option la plus probable. Jean-Pierre Chevènement le constatait d’ailleurs dès 2018 : « Les Européens se sont accommodés de la vassalité ».
Et cette soumission, cette servitude volontaire, mèneront l’Europe à n’être plus que le musée d’un humanisme disparu.
L’Europe réduite à des objurgations totalement inaudibles et sans effet
« Sans doute l’européisme fait-il un culte civique faible, et de plus en plus, mais il y a des pensées faibles qui ne sont pas sans mérite. » Debray, l’Europe fantôme
Une menace, un ennemi, c’est un réveille-matin roboratif. S’il s’avérait que l’UE avait pour idéal d’être l’amie de tout le monde, sans plus jamais personne à affronter – autre que des terroristes éparpillés, marginaux commandités ou non, menace sécuritaire, mais non vitale –, il faudrait en conclure que l’histoire de « « l’Union européenne » aura été l’histoire de la sortie de l’Europe de l’histoire.
liberté au dedans, docilité au-dehors) – selon le terme utilisé pour décrire cette Impuissance à la remorque, par Julien Gracq, incomparable professeur d’histoire-géo. L’Européen a des velléités, mais à la fin, il fait où Washington lui dit de faire, et s’interdit de faire là où et quand il n’a pas la permission.


