Le billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab : "L'arme fatale"

Découvrez le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab :
"Quel est le point commun entre un président de la république française, un historien israélien, un journaliste belge, une diplomate italienne, un pape argentin ?
Ils ont tous, à un moment ou un autre, été accusés d’antisémitisme par Netanyahou et ses complices, Itamar Ben Gvir (ministre de la sécurité nationale), Bezalel Smotrich (ministre des finances) ou Yossi Dagan (chef du conseil régional de Judée-Samarie/Cisjordanie).
Quel est leur crime ? Avoir critiqué la politique menée par l’extrême-droite actuellement au pouvoir.
Emmanuel Macron, Shlomo Sand, Michel Collon, Francesca Albanese, le pape François sont (ou était) donc tous des antisémites enragés.
Tout comme Ehud Oulmert, premier ministre d’Israël entre 2006 à 2009 qui, dans une tribune au Monde, le 5 juin 2025 écrivait : « Oui, les Israéliens commettent des crimes de guerre. »
Tout comme Moshe Yaalon, ancien chef d’état-major de Tsahal de 2002 à 2005 pour qui Israël est en train de procéder à un nettoyage ethnique à Gaza.
Tout comme Élie Barnavi et Michèle Sibony, Jean-Pierre Filiu et Sophie Bessis, Omer Bartov et Paolo Levi, Annie Ernaux et Rony Braumann, etc., etc.
L’accusation d’antisémitisme est l’arme fatale qui permet de clore le débat, de faire taire les contradicteurs, d’empêcher la réflexion.
Toutes et tous ceux qui aspirent à une paix juste et durable au Proche-Orient, pour les Palestiniens comme pour les Israéliens, ne peuvent cautionner un système politique et médiatique totalement perverti. Un système du deux poids, deux mesures. Une organisation orwellienne où le mensonge devient la vérité.
Alors essayons de mettre un peu de bon sens, de sagesse et, osons rêver, de fraternité dans ce chaos savamment orchestré par des agitateurs et des extrémistes.
Primo, l’antisémitisme est un racisme. Et tout acte antisémite, un délit qui doit être sanctionné sans faiblesse aucune par la justice.
Secundo, comme l’a dit, à juste titre, Éléonore Merza Bronstein au Parlement européen, « l’antisionisme est une critique politique légitime ». Et Netanyahou et son gouvernement suprémaciste n’étant pas des vaches sacrées, ils doivent être soumis à la critique, comme n’importe quel gouvernement de par le monde.
Le piège dans lequel on tente de nous enfermer est celui du raisonnement binaire. Si je ne suis pas un défenseur inconditionnel d’Israël, je suis antisémite. Si j’évoques la création d’un État palestinien, je deviens un suppôt du Hamas, si ce n’est un terroriste. Aucune place pour la nuance, l’analyse, la pensée sereine et apaisée.
Vite, rallumez les Lumières !
PS : En ces temps de confusionnisme avancé où tout doit être dit en 30 secondes, je vous recommande la lecture d’un ouvrage stimulant rédigé par l’excellent Jean Birnbaum, Le Courage de la nuance (Le Seuil, 2021)."
Mohamed Aït-Aarab


