Revenir à la rubrique : Culture

Le billet d’humeur de Mohamed Aït-Aarab : "Bonnes fêtes"

Retrouvez ci-dessous le nouveau billet d'humeur de Mohamed Aït-Aarab.
Ecrit par Mohamed Aït-Aarab – le samedi 13 avril 2024 à 10H43

La semaine dernière, nos compatriotes de confession catholique ont fêté Pâques, événement central de l’année liturgique. Ce moment de joie et de retrouvailles célèbre la résurrection du Christ.

Il y a quelques jours, les Français de confession musulmane ont achevé les 29 jours de jeûne du mois de Ramadan, mois de prières et de spiritualité tant attendu par les fidèles.

Le 14 avril, nous entrerons, avec nos compatriotes de confession tamoule, dans l’année 5125, événement qui, chaque année, donne lieu à de nombreuses festivités organisées sur toute l’île.

La fin du mois d’avril sera l’occasion de célébrer Pessah, fête au cours de laquelle les Français de confession juive commémorent l’Exode hors d’Égypte.

Alors, bonnes fêtes à toutes et tous.

Nombre de régimes politiques briment, enferment, exterminent, leurs concitoyens qui n’appartiennent pas à la religion dominante, ou officielle, ou unique, ou d’État.

Il est heureux qu’en France nous puissions pratiquer la religion de notre choix. Voire n’en pratiquer aucune, si cela nous chante.

Il est heureux que la communauté nationale, la seule qui existe, soit composée de catholiques et de juifs, de protestants et de tamouls, de musulmans et de bouddhistes, d’agnostiques et d’athées.

Il est heureux qu’en France la religion relève de la sphère privée et que nul ne soit inquiété pour la foi ou la philosophie de vie qu’il a choisie.

Il est heureux qu’en France chacun puisse choisir la forme de spiritualité qui lui convient.

N’oublions pas, hier, les Arméniens, les Juifs. Aujourd’hui les Ouïgours, les Coptes…

Si nous avons cette chance de ne plus être persécuté, insulté, battu, pour notre religion (ou absence de religion), c’est à la loi de 1905 que nous le devons.

Contrairement à ce que prétendent certains, par mauvaise foi, par ignorance ou par idéologie, la loi de séparation des Églises et de l’État n’est pas l’ennemi des religions. Elle régule l’espace public et empêche que ma liberté n’empiète sur celle d’autrui. C’est donc bien une loi d’apaisement, même si son application fut, en 1905, douloureuse en certains départements.

Et c’est pourquoi il importe de la préserver et de ne pas céder aux sirènes du communautarisme. Les identités peuvent se révéler meurtrières, comme l’a démontré Amin Maalouf dont le malheureux pays, le Liban, est aujourd’hui en lambeaux.

Et soyons conscients de notre chance, celle d’avoir une « République [qui] assure la liberté de conscience [et] garantit le libre exercice des cultes » (article 1 de la loi de 1905).

Je laisserai le mot de la fin à la rabbin Delphine Horvilleur : « La laïcité française n'oppose pas la foi à l'incroyance. Elle ne sépare pas ceux qui croient que Dieu veille, et ceux qui croient aussi ferme qu'il est mort ou inventé. Elle n'a rien à voir avec cela. Elle n'est ni fondée sur la conviction que le ciel est vide ni sur celle qu'il est habité, mais sur la défense d'une terre jamais pleine, la conscience qu'il y reste toujours une place qui n'est pas la nôtre. La laïcité dit que l'espace de nos vies n'est jamais saturé de convictions, et elle garantit toujours une place laissée vide de certitudes. Elle empêche une foi ou une espérance de saturer tout l'espace. En cela, à sa manière, la laïcité est une transcendance. Elle affirme qu'il existe toujours en elle un territoire plus grand que ma croyance, qui peut accueillir celle d'un autre venu y respirer. »

Encore une fois, bonnes fêtes à tous mes compatriotes !

Etiquettes : Mohamed Aït-Aarab

Dans la même rubrique

0💬
Tri :