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L’amour pour raison de vivre : Hommage à Céline Bénard

Ecrit par zinfos974 – le lundi 20 janvier 2014 à 13H10

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Des personnes ont la main verte : elles sèment, ça pousse. Elles ne le crient pas sur les toits. De la même façon, d’autres, dans l’ombre, sèment l’amour. Parce qu’elles ne pourraient pas vivre autrement. Et cet amour-là, il pousse aussi.

Hier, nous avons porté en terre ma tante Céline. Oh ! elle ne laissera pas son nom dans les Annales ; La Réunion ordinaire ne la connaît pas, c’est sûr. Mais il y a une mémoire populaire et familiale à Saint-Louis où elle est inscrite en lettres d’or.

Son époux, mon illustre parrain André, héros de guerre, chef de culture au Gol, était redouté et aimé. Redouté parce qu’il avait le caractère à pic, le verbe haut et le coup de poing facile (c’est de famille) ; aimé parce qu’il avait la main tendue.

Dans l’ombre du grand bonhomme, Céline a passé une vie entière à aimer et élever sa famille, et répandre la sérénité autour d’elle.
Petite femme avenante mais discrète, qui avait également la main verte, tiens !, elle avait toujours du temps pour écouter les autres et prodiguer conseils et encouragements, de cette voix douce et rassurante qui était son « label ».

Ma tante a eu un mérite rare : prouver sans rien dire, par la seule vertu de l’exemple, qu’il y a assez de place dans le cœur humain pour aimer tous azimuts. Montrer, sans ameuter Landerneau, qu’aimer est plus vaste que l’univers.

L’amour n’est pas une question de sang. Il se suffit à lui-même. La sœur de ma « matante » étant morte en couches, Céline et André ont voulu adopter le nouveau-né, générosité impossible en raison de la stupidité de la loi : ils avaient trois enfants déjà.

Mais il aurait fallu un escadron de CRS pour leur arracher le marmaille. Têtus comme des bourriques, forts d’un amour irréductible, ils ont réclamé et obtenu la garde du bambin.

Un marmot devenu un homme bien. Parce que, outre ses qualités naturelles, il a été élevé et aimé avec toute la tendresse que tout enfant est en droit d’attendre de ses parents.

Hier, dans la petite chapelle du funérarium de la Ligne-Paradis (nom prémonitoire ?), il est revenu à mon cousin Xavier, historien trapu, de prononcer le seul éloge qui convenait. Il l’a fait avec des mots simples, justes, venus du fond du cœur, parfois brouillés par une émotion éprouvée par toute l’assistance. De sa grand-mère il a dit, rageant contre l’inhumanité d’un état-civil ne tenant aucun compte de l’amour :
« Céline n’a pas élevé trois enfants mais quatre ! Jeanine, Jean, Colette et Philippe. Philippe qui est comme mon père (…) Je t’aime ».

Cet aveu d’amour s’adressait à Céline ET à Philippe. Mon cousin, comme Jeanine, Jean et Céline. Peut-être a-t-on battu des records de kleenex à cet instant, va savoir. Si j’avais été sollicité pour dire quelque chose, cela aurait été la même chose… en moins bien.

A cette seconde-là, j’ai été vexé. Vexé et fier à la fois. Vexé parce que Xavier venait de dire ce que j’aurais dit moi-même… mais il l’a dit mieux que je n’aurais pu le faire. Fier parce que je peux maintenant tirer l’échelle, la relève est assurée. Ma famille n’a pas fini de vous tirer les oreilles (et je suis poli) ni de vous amuser.

Sous une chaleur de bête, nous avons déposé Céline auprès de parrain André dans le caveau familial à La Rivière. C’était sa dernière volonté. Céline a eu un amour, André ; quatre amours, Jeanine, Jean, Colette et Philippe ; et une foule d’amours : tous ceux qui étaient là. Tous ceux qui étaient heureux… oui, heureux, grâce à elle, de se retrouver, de se dire : « Nous nous aimons ».

On ne se le dit pas assez. On ne se rencontre pas assez souvent pour se le dire. Grâce à Céline, nous nous le sommes répété à satiété. Mais il est dommage d’attendre une disparition ou un mariage pour rencontrer ceux que l’on aime. Le miracle de Céline est là aussi : faire se réunir ceux pour qui le mot famille veut encore dire quelque chose.

Alors, je vous propose une chose, à vous, famille que j’aime : si nous convenions d’une ou deux rencontres annuelles, hors de tout mariage ni enterrement, autour d’une bonne table, juste pour être bien ensemble et constater que l’on s’aime. Hein ? Vous ne croyez pas qu’ils seraient contents, André, Céline, ti-Jules, Léonus, mamie Francia, Justy, Anéa, Justinien et tous ceux qui nous regardent de là-haut ? Qui s’inscrit avec moi sur ce coup-là ?

Je vous aime tous et merci à Céline qui m’encourage à vous le dire.

Est-ce donc si difficile de dire « je t’aime » à ceux que l’on aime ?

Jules Bénard

 

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