L’Alliance inventeur du concept de décroissance touristique
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L’Alliance ne rate pas une occasion de condamner la nouvelle politique touristique régionale. En réalité, l’Alliance tente de faire oublier la terrible médiocrité du bilan touristique de la présidence Verges et sa lourde responsabilité dans le retard pris par la Réunion.
Rappelons qu’en 2000, la Région a élaboré son schéma régional du tourisme (voté en 2005) qui est devenue sa bible de référence. Mais la montagne de prescriptions contenues dans ce schéma épais comme un annuaire n’a trouvé aucune traduction concrète.
Qu’a-t-on vu apparaître au fil des années ? Rien ! Aucune création de lodges de montagne, de resorts balnéaires, de centre international de congrès, de golfs. Les sites touristiques les plus visités comme le Maïdo n’ont même pas été dotés du minimum d’équipements d’hygiène décents. Et les Réunionnais n’ont pas été mieux lotis : pas de campings nouveaux pas plus que de bassins de baignades autour de l’île.
Pire encore ; un patrimoine touristique entier patiemment constitué au fil des décennies a été laissé en déshérence (gîtes publics de montagne, sentiers de randonnée , sites de loisirs sportifs, Thermes de Cilaos, Maison du volcan et Stella Matutina, grands hôtels balnéaires de bord de mer ).
Durant cette période, elle a confondu la coopération régionale dans l’Océan Indien et les business à réaliser : ainsi toute velléité d’action commune avec Maurice a été dédaigneusement rejetée.
Jamais le président de Région n’est allé faire le siège des tours opérateurs ou celui des grands groupes touristiques internationaux. Pourtant les ministres de toute les grandes destinations touristiques le font .
En réalité à aucun moment les responsables régionaux ne se sont sentis investis du rôle de manageurs porteurs de projets touristiques.
La même impéritie a présidé au sort du comité régional du tourisme abandonné aux mains de dirigeants incapables de structurer les filières touristiques défaillantes, incapables aussi d’animer des réseaux de professionnels découragés par tant d’inertie. La diversification sans cesse promise du tourisme sur les marchés étrangers ayant fait chou blanc. L'objectif ambitieux de 600 000 touristes fixé par son schéma régional du tourisme pour 2010 n'a jamais été atteint. Une diversion trouvée : c’est évidemment la faute de l'Etat qui n'a pas accordé de visas notamment pour la clientèle asiatique.
Mais la gestion de l’image touristique de la Réunion a donné lieu à des errements encore pire : un panel d’experts internationaux de L’INTA réunis en juin 2010 sur l’île a fait part de son étonnement professionnel devant le bricolage de signatures successives dont l’empilement a contribué à affaiblir la marque du produit Réunion et à brouiller un peu plus son image et sa notoriété : "l’île intense", "Mille voyages en un voyage", "une île, un monde", "l’île au grand spectacle", "360° de plénitude", "chez nous c’est comme chez vous", etc…
Autre point noir de la période : la crise du chickungunia de 2006. Elle n’a été surmontée que grâce à la vitalité du marché intérieur réunionnais et à l’aide massive de l’Etat qui a injecté 35 millions d’euros de soutien aux entreprises touristiques sinistrées. Dans le même temps, la Région incapable de mettre en place une communication touristique de crise - contrairement aux Mauriciens- est restée inerte, ne donnant aucune suite aux propositions de l’Etat en matière de restructuration de l’offre touristique défaillante et ne voulant participer que de manière marginale- et conflictuelle - aux Etats généraux du Tourisme organisés par celui-ci. Le président de Région n’ayant en cette occasion fait aucun des gestes symboliques de solidarité que des professionnels en détresse attendaient de lui
Cette inertie structurelle, cette absence de professionnalisme ont conduit à une véritable débâcle touristique : en six ans le tourisme d’agrément a littéralement dégringolé pour passer de 208 000 en 2003 à 143.000 en 2009. Près de 1.000 chambres d’hôtels classées ont disparu dans la même période. Cette chute drastique a fait rétrograder l’Ile de la Réunion -avec 2.200 chambres disponibles seulement - en queue du peloton des îles de l’Océan Indien et des régions françaises. La conséquence est cruelle : le tourisme ne représente aujourd’hui que 2 % du PIB de la Réunion contre 6% en moyenne aux Antilles et 12% à Maurice. Alors que le tourisme augmentait partout dans l’Océan Indien et dans le monde pendant ces années, il n’a fait que régresser à la Réunion.
Paul Verges et sa majorité ont marqué d’une signature malheureusement indélébile cette période .Ce sont des centaines d’entreprises et des milliers d’emplois potentiels- sans doute 5000- qui ont ainsi été détruits par l’Alliance au mépris des besoins économiques de la Réunion et de ses habitants. Plutôt que d’agiter des chiffons rouges pour détourner l’attention de ce triste bilan, il serait donc bon que l’Alliance se souvienne que Lénine aimait à rappeler que "les faits sont têtus".
Madame Hoareau de St-Louis


