La seule vraie recette du rougail saucisses

C’est le sujet d’actualité le plus brûlant en ce mois de juin 2024. Il n’y a rien d’autre sur le feu, à part peut-être la démocratie française.
Nous allons donc nous pencher sur ce débat sans fin, mais qui prend une tournure particulière en ce mois de juin.
Au début du mois, un événement a surpris les Réunionnais et a remis en question le patrimoine local qui fait la fierté des habitants de l’île.
Une nouvelle tentative de réaliser un rougail saucisses a provoqué une véritable levée de bouclier.
Du curcuma, du lard, du laurier. Voilà quelques petits ingrédients qui n'entrent pas habituellement dans les marmites dans lesquelles mijote un rougail saucisses. Mais un autre ingrédient - qui jusqu'à ces dernières années n'était pas utilisé - s'est retrouvé en masse, cette fois, dans les urnes réunionnaises : des bulletins de vote du RN.
Ce n’est en effet pas la recette du rougail saucisses du chef Philippe Etchebest qui s’est avéré être la plus grande entorse aux valeurs de partage et de vivre ensemble chères aux Réunionnais.
Le Rassemblement national est une nouvelle fois sorti en tête d'une élection à échelle nationale à La Réunion. Contrairement à ce que les responsables du RN ont affirmé lors de la campagne. Ce vote a tout de l'expression d'une colère et d'un rejet de la politique d'Emmanuel Macron. Preuve en est, les électeurs réunionnais - du moins les 25% qui se sont déplacés - ont placé aux deux premières places l'extrême droite et l'extrême gauche. La gauche socialiste et le parti présidentiel se sont retrouvés tous les deux bien en retrait.
Le RN placé largement en tête au niveau national, Emmanuel Macron a décidé de dissoudre l'Assemblée nationale. Au vu de la montée de l'extrême droite lors des derniers scrutins, le parti de Jordan Bardella et Marine Le Pen pourrait arriver au pouvoir d'ici à un mois.
Un Front populaire de gauche s'est formé pour faire barrage à l'extrême-droite. Cette union nationale de gauche aurait aussi l'opportunité de gouverner selon certains calculs savants. L'appel national n'a cependant été entendu que d'une oreille à La Réunion où l'alliance ne vaudra que pour 3 des 7 circonscriptions.
La droite s'est déchirée au niveau national autour d'un dilemme : s'allier au RN ou risquer de disparaître des bancs de l'Assemblée nationale. L'union de la droite et des centres à La Réunion, affaiblie récemment après une décennie hégémonique, a confirmé son attachement à un front républicain, mais ne pourra peser que dans peu de circonscriptions.
Les négociations et pourparlers de la pré-campagne des Législatives 2024 à La Réunion ont montré que les appareils politiques réunionnais semblaient être plus préoccupés par les prochaines échéances locales prévues dans deux ans que par les conséquences peut-être historiques du scrutin qui aura lieu dans quelques semaines. 60 candidats sont d'ailleurs en lice sur les sept circonscription à La Réunion, un nombre qui ne permet pas de clarifier le discours politique.
Cette semaine à La Réunion a été marquée par un flou artistique, à gauche comme à droite, et un mélange des échéances électorales. Une recette qui ne va pas réveiller l'appétit des abstentionnistes.
Pour autant, les électeurs réunionnais - les 697.195 d'entre eux et non les quelque 183.830 qui se sont déplacés début juin - vont devoir prendre leur destin en main et choisir eux-mêmes les ingrédients du rougail électoral des 30 juin et 7 juillet.


