Revenir à la rubrique : Société

La Réunion face au défi du foncier : l’équivalent d’un terrain de handball consommé toutes les 3 heures

Ecrit par N.P. – le lundi 16 juin 2025 à 17H36
Chantier de 199 logements sur la commune du Tampon à La Réunion - crédits photos : SIDR - Frédéric Lancelot

Entre 2013 et 2022, l’île a perdu en moyenne 240 hectares d’espaces naturels, agricoles ou forestiers chaque année. En cause : la hausse du nombre de ménages et les besoins en logements. Si la tendance ralentit, la pression sur le foncier reste forte, dans un territoire déjà contraint par son relief et ses risques naturels.

C’est un chiffre qui interpelle : à La Réunion, l’équivalent d’un terrain de handball disparaît toutes les trois heures au profit du béton ou de l’asphalte. Entre 2013 et 2022, la surface urbanisée a bondi de 11 %, soit près du double de la moyenne constatée dans l’Hexagone (+6 %), selon l’Insee et la DEAL dans une étude publiée en juin. Cette progression fulgurante place l’île parmi les départements les plus consommateurs d’espaces, aux côtés de la Guadeloupe et de la Martinique.

Le phénomène n’est pas nouveau. Il s’explique d’abord par la dynamique démographique propre à La Réunion, avec une population toujours en croissance, contrairement aux Antilles. Chaque année, l’île accueille en moyenne 4.500 habitants supplémentaires et 5.200 ménages de plus. Et ce sont principalement ces nouveaux ménages qu’il faut loger. Or, dans un contexte de décohabitation (séparations, vieillissement de la population, fin des familles intergénérationnelles sous un même toit), les foyers deviennent plus petits — 2,5 personnes en moyenne en 2021, contre 2,7 en 2013 — mais aussi plus nombreux. Résultat : la demande en résidences principales explose.

Il faudra construire 172.500 logements d'ici 2050

La pression foncière se traduit directement sur le terrain : 84 % de l’espace consommé pour le logement est lié à la construction de nouvelles résidences principales. Les résidences secondaires et logements vacants pèsent aussi, mais dans une moindre mesure. Malgré tout, cette consommation ralentit. Entre 2019 et 2022, elle passe de 285 à 180 hectares par an. En cause : un coup de frein sur les mises en chantier — autour de 6.000 logements annuels — et une politique de densification plus active. Les maisons mitoyennes, à étage ou les immeubles collectifs gagnent du terrain, notamment dans les Hauts ou les secteurs proches des grands axes.

À cette pression résidentielle s’ajoute le développement économique. Stades, écoles, zones commerciales, infrastructures routières et centrales photovoltaïques grignotent aussi le foncier : 39 hectares par an sont destinés aux activités économiques, et 16 aux routes. Certains projets emblématiques comme les zones de Beauséjour à Sainte-Marie ou Grand-Bois à Saint-Pierre illustrent cette tendance.

Pour autant, l’étude note une relative « bonne performance » de La Réunion dans l’optimisation de l’espace. Sur l’île, 27 ménages sont logés en moyenne pour chaque hectare consommé, un ratio supérieur à la plupart des régions françaises. Et pour chaque mètre carré de plancher bâti, seuls quatre mètres carrés de foncier sont consommés. Une efficacité rendue nécessaire par les contraintes géographiques : 60 % du territoire est exposé à des risques de mouvements de terrain et non constructible.

Mais la marge de manœuvre reste étroite. À l’horizon 2050, il faudra construire 172.500 logements supplémentaires. La densification urbaine, la reconquête des friches et la mobilisation du foncier déjà urbanisable seront indispensables pour atteindre l’objectif national de « zéro artificialisation nette ». Car sur une île comme La Réunion, chaque mètre carré compte.

Lire aussi : 172.500 logements à construire d'ici 2050 à la Réunion : le grand chantier pour loger tout le monde

Etiquettes : Foncier | Insee | Logement

Dans la même rubrique

0💬
Tri :