La preuve que la ministre des Outremer nous mène en bateau

Annick Girardin nous mène en bateau. Et le pire, c’est qu’elle nous donne les chiffres nécessaires pour le prouver.
En annonçant la suppression de l’abattement de 30% des impôts sur le revenu, la ministre des Outremer nous avait certifié que ça ne toucherait que les plus gros revenus, et que la classe moyenne ne serait pas impactée.
Mensonge. Par exemple, selon ses propres chiffres, un couple sans enfant serait touché à partir de 73.200 € annuels de revenu déclarés. Ce qui signifie que sont concernés les couples où chacun touche 73.200 € (plafond indiqué) /12 (nombre de mois dans l'année) /2 (pour avoir un chiffre individuel) = 6.100 €/2 = 3.050 € par mois, en comptant les primes, treizième mois, heures supplémentaires, ...
Pour rappel, le salaire moyen des professions intermédiaires à La Réunion, selon l'INSEE, est de l'ordre de 2.900 € brut, ce qui avec l'ensemble des exonérations spécifiques aux outremer (LODEOM, notamment) vous amène aux alentours de 2.700 € nets par mois.
Et nous ne sommes là que sur les salaires. Si on rajoute à cela des allocations imposables et/ou des revenus du capital... En d'autres termes, si toute la classe moyenne ne sera pas concernée, énormément de gens en son sein le seront.
Pourquoi alors la ministre dit-elle que seulement 4% des foyers fiscaux seront touchés ? Parce que c'est vrai, mais c'est une présentation pour le moins... partisane et biaisée.
Pour deux raisons : d'abord, parce qu'avec le taux de chômage et d'inactivité à La Réunion, beaucoup de gens gagnent une misère : chômeurs de longue durée, femmes au foyer, retraités, étudiants ...
D'autre part parce que pour ceux qui sont en activité à La Réunion, beaucoup ne sont pas imposables pour diverses raisons.
En réalité, si l'on regarde l'ensemble des gens de plus de 15 ans, à peine 53% des gens travaillent. Et 30% seulement des foyers fiscaux sont imposables.
Donc qui est ce que le Gouvernement cible avec sa mesure ? 4% des gens certes, mais 15% des imposables et une partie substantielle (non chiffrable mais probablement nettement au-delà des 20%) des gens qui ont un emploi.
Le gouvernement essaye donc de faire passer une économie budgétaire pour une mesure de justice fiscale en montant les chômeurs et les pauvres contre les travailleurs, plutôt que d'assumer le fait qu'il ne fait pas son travail.
Car il ne s'agit bel et bien d'une mesure d'économie budgétaire. Et que de cela. Le gouvernement explique que tout ce qui est économisé sera réinvesti dans l'économie via le fond exceptionnel d'investissement (c'est tout du moins ce que prétend son dossier de presse). En réalité, il va faire d'importantes économies.
D’abord parce que le FEI est un fond d'Etat finançant des projets d'infrastructures via des appels à projets. Mais le temps que ces appels soient lancés, se concluent, que les chantiers se lancent (souvent après des appels d'offres) et que les dépenses soient concrètement engagées, nous serons chanceux si l'argent que l'Etat nous prend aujourd'hui sera dépensé dans un an et demi. Dans l'intervalle, cela finira dans les poches de l'Etat.
Ajoutons un autre élément : l'abattement de 30% à l'IRPP, avec le prélèvement à la source, serait tombé en partie dès janvier. L'Etat va donc voir des rentrées fiscales supplémentaires dès janvier mais ne sortira pas le FEI avant des mois et se fera donc une sympathique trésorerie.
Par ailleurs, le FEI n'est jamais consommé intégralement. C'est mécanique : il s'agit d'un budget maximal. Par exemple, en 2017, un peu moins de 35 millions d’€ étaient prévus. Seulement un peu plus de 25 millions ont été dépensés. Soit 23,6% de perte.
Enfin, l’Etat essaie de nous vendre un truc vertueux du genre "on met les riches à contribution pour investir dans l'économie". C'est juste oublier que ce n'est pas aux Réunionnais de faire un effort particulier pour payer pour ces investissements, c'est un dû.
Ca fait partie des compétences de l’Etat qu’il lui revient de financer avec les impôts qu’il prélève sur l’ensemble des Français. Compte-tenu de notre retard, l’Etat devrait investir ici plus qu’ailleurs. Au lieu de cela, il nous demande de payer à sa place…


