La préférence régionale n'est pas un gros mot
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La préférence régionale n’est pas un gros mot. Cependant, cet éternel débat suscitera toujours incompréhension et rancœur, tant que l’on n’aura pas réussi à expliquer simplement et sans passion les raisons profondes de cette revendication.
Le problème est pourtant simple. Il ne s’agit pas d’exiger que tous les emplois crées ici soient pourvus exclusivement par des créoles en raison de je ne sais quel droit du sol mais simplement de corriger l’injustice dont la Réunion a été victime en raison de son histoire, puis d’arriver à un meilleur équilibre dans la répartition des postes.
Il est indéniable que malgré la départementalisation, la Réunion a été quasiment oubliée par la métropole et est restée au stade d’un pays sous développé jusque dans les années 60. De ce fait nous avons pris un pris un énorme retard sur le reste de la France, notamment en matière d’éducation et de formation professionnelle.
Il faut rappeler qu’à cette époque pas si lointaine, le département ne comptait que deux modestes lycées (un pour les filles et un pour les garçons) et que certaines communes ne disposaient même pas d’un collège.
Par conséquent, très peu d’élèves pouvaient accéder aux études supérieures, d’autant que l’université n’existait pas ou n’était encore qu’au stade embryonnaire.
Aussi, lorsque sous l’impulsion de Michel Debré, alors député de la première circonscription, la Réunion a commencé à sortir du "fénoir" en créant les infrastructures et les services nécessaires à son développement, le personnel de catégorie A et B faisait cruellement défaut.
C’est ainsi que l’on dut faire appel aux volontaires de l’Aide Technique (VAT) puis aux titulaires mutés de métropole afin de pouvoir des postes crées notamment dans les collèges et lycées nouvellement ouverts.
Ce mouvement s’accéléra après la création de l’académie et de l’université et surtout après la décentralisation en 80/90, période où le Département et la Région lancèrent la construction de nombreux collèges et lycées pour rattraper notre retard.
C’est à ce moment là que des mesures exceptionnelles et spécifiques auraient du être mises en place afin de permettre au plus grand nombre de jeunes Réunionnais de se former rapidement et d’occuper une bonne partie des postes créés localement.
Au lieu de cela, on a vu débarquer chaque année jusqu’à 800 à 900 fonctionnaires métropolitains rien que pour l’éducation nationale tandis que nombre de Réunionais issus des différents concours étaient dans le même temps affectés en métropole à cause des critères d’ancienneté.
Cette situation a entraîné un déséquilibre flagrant du taux d’occupation des postes entre métros et créoles et il n’était pas rare alors, de rencontrer des établissements dont l’équipe de direction et d’encadrement était composée exclusivement de personnels entrants.
Sous d’autres cieux, cette particularité aurait sans doute fait scandale. Mais la Réunion dans ce domaine toujours fait figure d’enfant sage et docile.
Aujourd’hui cette particularité commence à s’estomper mais elle est encore frappante dans de nombreux secteurs. Il suffit parfois de regarder la télévision et de lire le bandeau qui défile au bas de l’écran pour comprendre que des Réunionais directeurs de quelque chose ne sont pas légions dans la fonction publique ou dans les grandes entreprises.
Dans ces conditions, il ne faut pas s’étonner que les créoles aient de plus en plus de mal à accepter cela. Ils ont souvent le sentiment de subir une double peine.
En effet, non seulement les générations précédentes ont été sacrifiées faute d’avoir pu bénéficier des même possibilités de formation que leur compatriotes métropolitain mais en plus, ces générations voient aujourd’hui leurs enfants surdiplômés, être contraints pour la plupart à l’exil, dans la mesure où durant leur formation, les postes qu’ils convoitaient ont été occupés entre temps par du personnel muté.
Si l’on veut éviter que cette situation ne débouche un jour sur une crise grave, il est indispensable de prendre des mesures exceptionnelles et provisoires, susceptibles de parvenir à un juste équilibre dans la répartition des emplois à la Réunion.
Le débat sur la préférence régionale doit être posé sans passion et sans animosité en évitant les déclarations à l’emporte pièces susceptibles de froisser et de conduire à des polémiques stériles.
Il est important que les discussions soient menées, chiffres à l’appui, par des personnalités qualifiées, connaissant bien les rouages de l’économie, l’histoire de l’enseignement à la Réunion ainsi que son incidence sur la situation économique et sociale de l’île depuis la départementalisation.
C’est lorsqu’on aura bien expliqué aux différents acteurs concernés, l’intérêt et la problématique de ce débat que l’on pourra lever tous les tabous et entreprendre les changements nécessaires à un meilleur équilibre de notre société.


