La mule avait ingéré 833 grammes de poudre pour le compte du « samouraï »

Hier, un Guyanais de 24 ans a été condamné à trois ans de prison ferme pour s’être fait prendre à l’aéroport Roland Garros avec pas moins de 78 ovules de cocaïne et de MDMA préalablement ingérés. Charino Adam aurait accepté de convoyer la drogue, estimée à 99.750 euros, en échange de 6 à 7.000 euros en liquide.
Comme bien souvent, la saisie de drogue a pour théâtre l’aéroport Roland Garros où les douaniers ne chôment pas. C’est encore le cas le 11 septembre dernier où les agents de Bercy sont en embuscade à l’arrivée d’un vol en provenance de Paris. Parmi les passagers de l’avion, l’un d’eux a été repéré sans grande difficulté.
Charino Adam a la particularité d’être Guyanais et d’avoir pris un billet aller simple pour La Réunion. Cerise sur le gâteau, le jeune homme de 24 ans a fait l’objet de deux condamnations distinctes par le tribunal judiciaire de Cayenne à un an de prison ferme pour trafic de cocaïne, en novembre 2024 et janvier 2025. Dans la première affaire, il était en possession d’un kilo de cocaïne et dans la seconde de 900 grammes au moyen d’ovules « in corpore ».
« Le Guyanais a sans doute servi d’épouvantail »
Un acteur du dossier estime que « le Guyanais a probablement servi d’épouvantail ». Entendez par là qu’il a été utilisé comme appât pour occuper les douaniers pendant que d’autres mules prenaient la poudre d’escampette sans mauvais jeu de mots. Conduit au CHU de Bellepierre, Charino A. passe une radiographie qui matche effectivement.
Le petit gars, pas bien épais, a dans son corps la bagatelle de 78 ovules de latex renfermant de la poudre. Que contiennent elles ? Deux drogues différentes. Il y a très exactement 609 grammes de cocaïne pour une valeur marchande de 91.750 euros, sachant que le prix de revente au gramme à La Réunion peut atteindre les 150 euros.
« On m’a juste dit que c’était bien payé »
Le reste des ovules contiennent 224 grammes de MDMA. Sachant qu’il faut un gramme pour fabriquer 2,5 cachets et que le cachet se vend 15 euros à l’unité, faites le calcul… Avec une bonne règle de trois, une calculette ou de tête pour les petits génies, cela donne une valeur marchande de 8.400 euros. Soit un pactole total de 99.750 euros.
Placé en garde à vue à l’issue de l’extraction des ovules, Charino Adam est prié de s’expliquer. Il raconte avoir pris le risque d’ingérer toute cette drogue pour éponger une dette d’un montant de 10.000 euros. Mais combien aurait-il touché ? « On m’a juste dit que c’était bien payé », dit-il à la barre. Probablement aux alentours de 6 à 7.000 euros, juge-t-il face aux enquêteurs. Ne devait-il pas recevoir 8.000 euros quand il s’est fait prendre en janvier dernier à Cayenne ?
« Pas plus de six voyages depuis 2023 »
Aux policiers, la mule d’habitude indique avoir travaillé pour un commanditaire du Surinam dont le nom de code serait : « Le Samouraï ». Le président Vincent Dufour cherche à savoir combien de trajets de ce style il a déjà fait. « Pas plus de six voyages depuis 2023 », répond un peu vite le prévenu. « Il y en a donc quatre pour lesquels vous n’avez pas été pris », enchaîne un assesseur. « Ce ne sont pas les mêmes commanditaires… », déroule le président. « Je n’en sais pas plus… », coupe-t-il court.
Quand il ne voyage pas en Guyane ou en Martinique, Charino Adam vit à Fontenay-le-Comte chez sa copine, militaire et enceinte de lui. Souvent aussi, il achète cash des billets d’avion sans embarquer à bord. Il en a une dizaine à son actif, peut-être en raison d’un changement de dernière minute.
« Très autonome contrairement à d’autres mules »
La vice-procureure de la République, Fanny Gauvin, suspecte que son rôle dépasse celui d’une simple mule. Elle note à cet effet que le prévenu est « très autonome dans sa manière de gérer son voyage contrairement à d’autres mules qui sont guidées pas à pas ». Et la magistrate de détailler : « Il ne paie pas le train, il fait sa propre réservation pour l’hôtel, personne ne le dépose, il reçoit la marchandise et il se prépare seul en prenant un peu plus d’une heure pour ingérer les ovules. »
Quand les enquêteurs lui demandent le code de son téléphone, il leur livre sans hésiter la combinaison contrairement aux autres. « Il faut dire qu’il a pris sa ligne peu avant le voyage et qu’il y a peu d’échanges et d’éléments », poursuit la vice-procureure. Autrement dit, il opère avec un téléphone de guerre qui ne permet pas de retracer le commanditaire.
« Il a voulu se faire de l’argent au péril de sa vie »
La représentante du ministère public ajoute que « sitôt placé en détention, il a immédiatement demandé à être en contact avec sa copine ». Est-ce un hasard si la perquisition chez elle n’a rien donné ? La magistrate en doute. Tenant compte des quantités saisies, de la réitération de l’infraction et du nombre d’allers-retours effectués sur une période de deux ans, elle requiert quatre ans de prison ferme à l’encontre du jeune Guyanais avec l’interdiction de paraître à La Réunion pendant cinq ans.
En défense, son avocate explique qu’il « a voulu se faire de l’argent au péril de sa vie et qu’il aurait pu en mourir ». Elle rappelle aux juges qu’il va « être privé d’un moment de vie important avec la naissance à venir de son bébé ». Aussi, l’avocate plaide pour « une peine plus adaptée à sa situation personnelle car il a des éléments dans sa vie qui peuvent lui servir de tremplin pour s’en sortir ».
La robe noire a été partiellement entendue puisque Charino Adam est finalement condamné à trois ans de prison ferme, à l’interdiction de paraître à La Réunion pendant cinq ans et à l’obligation de régler l’amende douanière fixée à 99.750 euros.


