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Korbey d’or : L’entreprise mise KO par les malversations de son dirigeant et de ses proches

Nouvelle comparution en correctionnelle pour Sergio Toinette, l'ancien dirigeant de Korbey d'Or, pour abus de biens sociaux, corruption et blanchiment. Six de ses proches sont également poursuivis dans cette affaire d'infractions économiques et financières dont le montant des détournements et des tours de passe-passe entre la société de services à la personne et ses satellites fait tourner la tête. Petit exemple d'un florilège, les 457.000 euros d'espèces qui se sont volatilisées pour se retrouver sur le compte des dirigeants via une porteuse d'enveloppes.

Ecrit par Isabelle Serre – le vendredi 12 avril 2024 à 19H39
4 ans de prison ont été requis à l'encontre de Sergio Toinette ce vendredi (DR)

Retour dans le prétoire, jeudi et ce vendredi, de Sergio Toinette déjà condamné pour abus de biens sociaux. En octobre 2021, devant la cour d’appel de St-Denis, il avait écopé de 24 mois d’emprisonnement, dont 18 mois avec sursis, 50.000 euros d’amende, dix ans d’interdiction de gérer, dix ans d’interdiction d’exercer une fonction publique, cinq ans d’inéligibilité, mais aussi la confiscation d’un bien immobilier. Il s’était pourvu en cassation et avait obtenu de la plus haute juridiction que sa première interdiction soit réduite à la direction ou à la gestion, directes ou indirectes, d’une entreprise commerciale ou industrielle et que la seconde soit réduite de cinq ans.

Un rapport « accablant« 

Un mois plus tard, en décembre 2021, la procureure de la République de St-Denis demandait l’ouverture d’une enquête préliminaire pour abus de biens sociaux (ABS) et confiait au cabinet Deloitte le soin de réaliser un audit. Le rapport « accablant » pointe de nombreuses incohérences sur les écritures comptables et des facturations entre Korbey d’Or et des sociétés satellites qui ne correspondent pas à la réalité. Beaucoup de dépenses ne sont pas justifiées tout comme d’importantes sorties d’argent liquide. Des dépenses personnelles qualifiées de « somptuaires » sont pointées du doigt ainsi que de fausses prestations de services, de fausses conventions de prestations et des détournements de fonds au profit de sociétés dont certaines n’avaient pas d’activité.

Avant d’en devenir le gérant, Sergio Toinette est entré chez Korbey d’or à la comptabilité en 2009 et au capital social en 2021. L’entreprise spécialisée dans le service à domicile pour personnes âgées, dépendantes et handicapées est financée à 90% par des fonds publics provenant du Conseil départemental. Korbey d’Or a été créé par Stéphane Denize, en 2008, dans un contexte où la « silver economy » avait le vent en poupe, participant ainsi au sauvetage d’une partie des salariés de l’Arast (l’Association Régionale d’Accompagnement Social et Territorialisée). Elle passe ainsi de quelques milliers d’euros de chiffre d’affaires à des millions.

« Un business du service à la personne » financé à 90 % par des fonds publics

Placée en redressement judiciaire en 2017 puis liquidée le 31 août 2022, la société d’aide à domicile a finalement été reprise par l’ALEFPA (l’Association Laïque pour l’Education, la Formation, la Prévention et l’Autonomie) en mars 2023.

Devant le tribunal correctionnel ce vendredi, le Conseil Départemental, partie civile au procès de Sergio Toinette et de six de ses proches dans cette affaire d’infractions économiques et financières, a demandé au tribunal de condamner les principaux auteurs à indemniser un préjudice évalué à six millions d’euros. Entre 2018 et 2022, 40 millions d’euros ont été versés par la collectivité départementale à Korbey d’Or, transformée en « machine à cash » pour le liquidateur judiciaire Hirou. Des faits doublement condamnables puisque commis pendant une période d’observation puis, durant celle du redressement judiciaire. Deux millions d’euros sont demandés par cette autre partie civile à Sergio Toinette et son acolyte présumé Philippe Bénard, « un monstre à deux têtes », Le duo « s’est servi sur la bête », image l’avocate du liquidateur qui fustige également le comportement de Monique Sprenger, la porteuse d’enveloppes d’argent liquide. « Elle roulait dans un véhicule de luxe appartenant à Korbey d’Or alors qu’elle ne faisait même pas partie des salariés. »

 

« Korbey d’Or est morte des agissements de son dirigeant« 

Dans cette affaire, 457.000 euros d’espèces provenant des paiements réalisés en liquide par les bénéficiaires auraient été détournées au profit de Sergio Toinette. « Korbey d’Or est morte des agissements de son dirigeant », fustige la représentante de la société qui décrit un système occulte avec de nombreuses entreprises qui gravitent autour de Korbey d’Or et des proches de son dirigeant. Pour la plupart, ces sociétés reversaient le résultat de leur activité à Korbey d’Or et à son dirigeant avec la complicité des prévenus. Sergio Toinette était gérant et responsable administratif et financier. « Il avait ainsi la main mise sur les écritures comptables et les mouvements financiers », précise le parquet.

Des séminaires dans des lieux prestigieux avec massages et bons cadeau en plein plan de redressement

Entre 2018 et 2021, de nombreux virements ont été faits sur le compte bancaire du dirigeant. Le quadragénaire avait contracté cinq contrats en leasing correspondant à des véhicules « Premium », une BMW pour 50.000 €, une autre pour 70.000 €, une troisième pour 127.898 € et enfin la dernière pour un montant de 221.000 €. 57.000 € ont été dépensés pour aménager ces véhicules avec le compte de la société. 79.000 € ont été dépensés dans différents produits de luxe, bijoux, stylo et autres objets de décoration au profit de Sergio Toinette qui, à la barre, a reconnu les faits en les minimisant.

Des dépenses d’hôtellerie et de restauration, en plein plan de redressement judiciaire, lui sont également reprochées. Des séminaires à la journée intitulé « détente » qui avaient lieu environ tous les mois dans des lieux prestigieux du département avec massage et bon cadeau en prime. Le parquet estime à près de 2 millions d’euros les détournements au total.

Entre 2015 et 2021, les frais de formation passent de 83.000 euros à 727.000 euros

Dans ce florilège de malversations, on notera aussi une convention de trésorerie entre la holding Sygma, dont Philippe Bénard, 69 ans, est le président et la société Korbey d’Or.  « Un montage de complaisance » qui a bénéficié aux deux hommes, conclut l’enquête préliminaire. On notera également le rôle important de la société Kréologik dont Michel Pota était le gérant de fait. Cette société en charge de la formation des salariés aurait surfacturé ses services et servi de base à des montages financiers pour alimenter Korbey d’Or. La procureure adjointe estime ces irrégularités à 730.000 €.

C’est dans ce cadre que Michel Pota, 66 ans, est soupçonné de s’être octroyé des billets d’avion, des dépenses personnelles pour un montant de 223.000 € : Netflix, FNAC, Décathlon, des retraits d’espèces pour plus de 80.000 € et des transferts de fonds à une autre société pour un total de 355.000 € qui sont supposés avoir profité au couple Pota. L’épouse Catherine, 55 ans, est aussi inquiétée dans cette affaire.

Kefashanti, la coquille vide Feng Shui

Pour la petite histoire, la société Kefashanti, une entreprise conseil en « tout domaine et notamment en décoration intérieure et en Feng Shui », dont les gérants étaient les époux Pota et leur fils, était vraisemblablement une coquille vide avec « retraits à volonté et paiements en carte bleue ». Un lien avec Sergio Toinette a été établi puisque cette carte bancaire a été retrouvée dans son véhicule, preuve qu’il l’utilisait. Un préjudice estimé de 94.000 €.

On notera le rôle de Ben Mohamed, le conseiller financier des époux Pota rencontré par le passé à Mayotte. L’agent bancaire de 45 ans qui officiait à la Caisse d’épargne de St-André est suspecté d’avoir bénéficié de largesses, billet d’avion et autres cadeaux, pour faire fonctionner les sociétés gérées par Michel Pota en autorisant des sorties d’espèces et des virements de compte à compte sans queue ni tête. Les alertes automatiques qui auraient alors dû remonter à la direction de l’établissement bancaire auraient été passées sous silence.

Enfin, Jocelyn Sophie, 43 ans, un agent du Conseil départemental, est poursuivi pour avoir reçu des espèces et un véhicule d’une valeur de 34.000 € en échange, via son poste, de listes de prospects, futurs bénéficiaires des prestations de Korbey d’Or.

Les peines proposées au tribunal :

Pour Sergio Toinette : 4 ans de prison ferme, 200.000 euros d’amende, interdiction de gérer pendant 15 ans, la confiscation des parts sociales saisies au sein de Korbey d’Or ainsi que les objets de luxe acquis illégalement tout comme un de ses véhicules et ceux achetés pour sa fille. Le minsitère public chiffre le préjudice à 2 millions d’euros.

Michel Pota : 3 ans de prison dont 24 mois avec sursis simple, 50.000 euros d’amende, interdiction de gérer pendant 10 ans pour avoir retiré un bénéfice de 400.000 euros suite à ses agissements

Philippe Bénard : 3 ans de prison dont 24 mois avec sursis, 50.000 euros d’amende, interdiction de gérer pendant 5 ans pour avoir retiré un bénéfice de 500.000 euros suite à ses agissements. Un terrain d’une valeur de ce préjudice pourrait lui être confisqué.

Jocelyn Sophie : 2 ans de prison avec sursis, 10.000 euros d’amende, interdiction d’exercer dans la fonction publique pendant 10 ans.

Catherine Augustin Pota : 18 mois de prison avec sursis, 50.000 euros d’amende, interdiction de gérer pendant 5 ans.

Monique Sprenger : 18 mois de prison avec sursis, 50.000 d’amende.

Ben Mohamed : 18 mois de prison avec sursis, 10.000 d’amende, interdiction d’exercer la fonction de conseiller bancaire pendant 5 ans.

L’affaire est mise en délibéré au 21 juin 2024.

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