Justice, État, communes : vers une meilleure coordination contre l’insécurité à La Réunion

Police municipale, vidéoprotection, travail social de proximité : à La Réunion, les maires redoublent d’efforts pour juguler l’insécurité. Lors d’une rencontre avec le préfet et le parquet, ils ont réclamé une meilleure coordination et davantage de moyens.
Réunis ce mardi matin à l’initiative de l’AMDR, plusieurs maires de La Réunion ont échangé avec le préfet et les autorités judiciaires sur les enjeux de sécurité, de prévention de la délinquance et de protection des élus. Un dialogue jugé indispensable pour mieux articuler les responsabilités des communes avec celles de l’État et de la justice.
Qu’ils soient en zone police ou en zone gendarmerie, les maires de La Réunion s’accordent : la population attend des élus qu’ils interviennent rapidement et efficacement sur les questions de tranquillité publique. "Le maire est le premier qu’on appelle. Il est quasiment sur tous les théâtres d’opération", résume Jeannick Atchapa, maire de Bras-Panon, qui voit dans cette réunion une "impérieuse nécessité" pour clarifier les rôles et fluidifier les échanges entre les collectivités, l’État et le parquet.
Pour Juliana M’Doihoma, maire de Saint-Louis, "le maire a un rôle primordial à jouer, mais il ne peut pas traiter seul la prévention de la délinquance. Cela engage aussi l’État, la justice, les familles, les institutions éducatives". Une approche partagée par Serge Hoareau, président de l’AMDR et maire de Petite-Île, qui rappelle que les élus "sont officiers de police judiciaire, mais souvent peu formés à exercer pleinement cette fonction".
Une coordination interinstitutionnelle encore à construire
Plusieurs édiles ont insisté sur la nécessité d'une coopération renforcée et structurée à travers des outils comme les Conseils locaux de sécurité et de prévention de la délinquance (CLSPD) ou des conventions tripartites avec les forces de l’ordre et la justice. À Bras-Panon, une convention a été signée dès 2021 avec les bailleurs sociaux, l’État et le Département pour gérer les nuisances dans les logements collectifs. "Chacun y assume sa part de responsabilité", souligne Jeannick Atchapa.
Même volonté d’organisation à Saint-Louis, où Juliana M’Doihoma affirme qu'il faut impulser "une coordination des forces de sécurité sur le territoire – police municipale, police nationale, justice, éducation, bailleurs. C’est un enjeu de cohésion sociale".
Des leviers locaux mobilisés, mais des moyens limités
Face à la montée des incivilités, des violences juvéniles ou de la délinquance en bande, les communes mettent en œuvre leurs propres moyens, souvent limités. À Saint-Louis, la maire a renforcé la police municipale, créé une brigade cynophile et prolongé les horaires de patrouille jusqu’à 23h, avec une astreinte 24h/24. La ville a aussi investi 250.000 euros dans l’extension de la vidéoprotection.
Bras-Panon mise aussi sur la vidéosurveillance avec un centre de surveillance urbain (CSU) déjà équipé de 20 caméras sur les 50 prévues. "Depuis qu’on a installé une caméra au cimetière où des vols avaient lieu, la situation s’est apaisée", rapporte Jeannick Atchapa. La commune renforce également ses effectifs d’ASVP et de police municipale.

"Ce n’est pas notre rôle de mener des enquêtes, mais nous pouvons jouer un rôle d’alerte auprès des autorités", indique pour sa part le maire du Tampon, Patrice Thien-Ah-Koon. Il rappelle également les leviers déjà activés dans sa commune, notamment à travers les contrats de ville et les actions des agents de médiation récemment recrutés : "La répression est nécessaire, mais il faut d’abord renforcer les mécanismes sociaux en amont".
Mais tous alertent sur le manque de ressources. "Il faut une solidarité nationale plus forte sur la prévention et la sécurité", martèle Juliana M’Doihoma, qui regrette que les moyens accordés à La Réunion soient "largement insuffisants", notamment en matière d’effectifs de gendarmerie : "En métropole, c’est un gendarme pour 15 habitants. Ici, c’est un pour 30".
Une vigilance accrue sur la protection des élus
Quant à la protection des élus, Serge Hoareau reconnaît la complexité du sujet. Lui-même a été confronté à des menaces verbales, mais préfère parfois ne pas signaler ces faits, "pour ne pas enfoncer davantage des personnes déjà en détresse". Il insiste toutefois : "Un élu n’est pas là pour se faire agresser. Nous devons être respectés, et certaines situations, comme à Saint-André ou Saint-Benoît, montrent que nous devons prendre ces actes très au sérieux".
Juliana M’Doihoma dit quant à elle avoir été confrontée à une agression en début d’année : "Il y a un ensauvagement des rapports sociaux. Quand les limites du respect sont franchies, on a le devoir de dire stop".
Jeannick Atchapa évoque, lui, les violences verbales ou diffamatoires sur les réseaux sociaux : "On ne va pas porter plainte à chaque fois, mais si les attaques sont répétées, il faut saisir le parquet."
Serge Hoareau insiste sur la nécessité de "remettre les pendules à l’heure quand les limites sont franchies". Il rappelle que les élus "incarnent l’autorité publique et doivent être protégés".
Une première étape vers un travail de fond
Cette matinée, organisée par l’Association des maires de La Réunion avec le soutien du parquet général et du préfet, marque une étape importante dans la structuration des relations entre les communes et les institutions judiciaires. Des protocoles locaux, des référents justice dans les mairies, une meilleure formation des élus : autant de pistes évoquées pour renforcer l’efficacité collective.
"La prévention, ce n’est pas l’affaire d’un seul acteur. C’est ensemble qu’on peut construire des réponses pérennes", conclut Juliana M’Doihoma.


