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Jacque, Jaque, Jacques

Ecrit par zinfos974 – le mardi 3 avril 2018 à 11H15

Gros fruit ventru des forêts de mon île,
Souvent mal connu, t'ignorer est facile.
Pourtant quand on te connaît,
Surpris par la générosité de ton corps replet,
On cherche à déceler en toi, l'indicible secret
De Jacque le géant mystérieux,
Jacque le titan savoureux.
Lorsque tu pends solidaire, inélégant,
De ton arbre au feuillage verdoyant,
Tu ressembles à un gros "Volpone"
Dont tu pourrais être le noble clone.
Tant, du Vénitien tu as l'embonpoint.
Sa ruse et sa fortune en moins.
Jeune, tu enchantes nos papilles insulaires
En un feu d'artifice de fête culinaire.
Ton nom alors, sur la langue claque,
Tu es devenu le savoureux "cari ti jac'".
Malgré l'innocence de ton premier âge,
Tu es "battu" rudement, sans ambages,
Cher Jacque.
Mais la cause pour une fois est bonne.
Dans la marmite, tu frisonnes.
De lard boucané, ta chair entremêlée,
Se découvre doucement en train de rissoler.
Sur la table, c'est sûr!
Ce soir, tu seras la parure.
Couronné d'un riz fin aux longs grains blancs,
Un "rougail" chaleureux, enflammera tes flancs.
Ce soir, chez nous, c'est la fête.
Jacque a dit "Tournez les serviettes".
Adulte, ta peau a bruni, trahissant un corps vieillissant,
Te voici jacque, par le temps mûri, encore attirant.
Ventru bourgeois décalé du verger,
Tu revendiques, fier et pansu, la pesée.
Comme un "Sumotori" Demi-Dieu,
Te voilà, fruit lourd et mystérieux.
Là encore, on te saisit, te charcute,
La lame d'acier de la machette te persécute.
Tu essaies de te défendre en vain.
Tu es "fait" Jacque, entre nos mains.
Tu pleures des larmes de lait irisées,
La "colle Jacque" en langue créolisée.
Certains recueillent ton légitime chagrin
Afin de piéger au mitan d'un petit matin,
D'innocents oiseaux aventureux
Au chant léger, joyeux et mélodieux.
Passons sur ce funeste destin, 
Revenons plutôt, à notre doux festin.
Ouvert, si non encore partagé, en deux,
Ton parfum envahit les lieux,
Insistant, pénétrant, entêtant,
Dans toute la case, il se répand.
La gourmandise dès lors, au sein de la famille, n'a pas d'âge.
A chaque gousse, nous te rendons un bel, un savoureux hommage.
Nous te dégustons tel quel,
Sans dispute, ni querelle.
Tu n'auras bientôt plus que ta peau,
Trophée pour nous, pour toi, oripeau.
Jacque tu es cuit!
Là! Finit ton agreste aventure.
Dans nos bocaux tu seras aussi confiture.
Le Rhum éternel, lui-même, avec toi,
A fait alliance comme fruit des rois.
Tu te liquéfies en un majestueux "arrangement"
Dont la saveur dépasse l'entendement.
L'abus, bien sûr, en est dangereux!
Mais le palais, lui, bien heureux.
Jacque quartier, Jacque coeur,
Tu es né pour notre bonheur.

 

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