Insultes à caractère raciste et menaces : L’auteur envoyé en prison

Le 31 octobre dernier à Saint-André, un couple a vécu un enfer. Comme l'explique la jeune mère de famille à la barre : "Deux mois après notre arrivée, il a commencé à nous insulter. C'est de l'acharnement pur et gratuit. J'ai peur qu'il passe à l'acte". Pour autant, elle ne demande pas d’argent au président mais simplement que cela cesse. Son conjoint évoque pour sa part des pratiques plus obscures : "Il est très superstitieux. Il nous dit qu'on amène le diable ici et nous jette des trucs par la fenêtre pour faire de la sorcellerie. Je ne sais pas quelles sont ses croyances mais s'il arrive quelque chose dans sa vie, il accuse son voisin. Ça dure depuis un an et c'est la deuxième fois qu'il exhibe une arme". Il demande la somme de 3000 euros de préjudice moral, ce qui fait sourire le prévenu.
Tout étant une question de point de vue, le prévenu né en 1985 indique au tribunal qu'il s'est senti en danger le jour des faits : "Il me provoque tout le temps pour chercher la bagarre. Comme il a un plus gros gabarit que moi, j'ai peur. J'ai pris un sabre pour lui faire peur mais pas pour tuer", explique-t-il. Pour les menaces à caractère raciste, c'est une autre histoire. Il évoque les us et coutumes de l'île en matière de moucatage : "C'est comme ça qu'on jure par ici, ça n'a rien de raciste", indique celui qui les a, entre autres, appelés à "rentrer dans [leur] pays". Sous l'effet de l'alcool au moment des faits, le prévenu est aussi sous probation avec interdiction de porter une arme et obligation de suivre des soins en addictologie... pour sa consommation d’alcool. Son casier judiciaire comporte neuf mentions.
"Le parquet est particulièrement attentif aux conflits de voisinage, on sait que cela peut vite dégénérer", tance le procureur. "Il y a une connotation raciste dans ses propos. Il n'y a qu'une seule race, la race humaine. C'est une notion de respect qui permet de vivre ensemble. Je rappelle que le racisme est un délit. Il porte un sabre flambant neuf et tranchant, il faut empêcher le passage à l'acte et je pense qu'il lui faut un sevrage brutal", conclut le parquet qui requiert 12 mois de prison dont 6 assortis d'un sursis probatoire et la révocation de 3 mois d'un sursis précédent ainsi que le maintien en détention.
"Il est coupable de menaces mais pas de propos racistes", répond la défense. "Nous sommes d'accord, il n'y a que la race humaine. Pour autant, à La Réunion, il y a ce que l'on appel le moucatage. Appeler quelqu'un le chinois, le kaf, le zoreil, ce ne sont pas des propos racistes ici. Traiter quelqu'un de comore à la Réunion n'est pas raciste. L'arme il l'avait mais il n'a jamais voulu tuer. Il travaille, je vous demande de ne pas prononcer de prison ferme", plaide la robe noire.
Reconnu coupable de menaces et de propos en rapport à la race ou l'origine ethnique, le prévenu est condamné à 12 mois de prison dont 9 mois de sursis. Le tribunal révoque la totalité du sursis précédent de 6 mois et prononce une interdiction de contact et de paraitre aux abords du domicile des victimes à qui il alloue 500 euros au titre du préjudice subi.


