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Inscrit au patrimoine mais au bord de la ruine : une pétition pour redonner vie à l’ancien hôpital Félix-Guyon

Ecrit par T.L. – le dimanche 30 août 2026 à 06H05
Le pavillon principal de l'ancien hôpital Félix-Guyon.

Bâti à partir de 1900 sur l’ancien terrain du Camp Ozoux, lieu d’habitation d’esclaves puis d’engagés, l’ancien hôpital de Saint-Denis, qui prendra le nom de Félix-Guyon en 1920, constitue un patrimoine historique et mémoriel ignoré par les institutions. Le Département assure vouloir en récupérer l’usage et la militante culturelle Yvette Duchemann a lancé une pétition pour que le site soit réhabilité.

On y pénètre depuis la rue Gilbert des Molières en levant les yeux vers la voûte du porche en pierre de basalte, une porte d’entrée solennelle semblable aux standards des bâtiments militaires ou administratifs de l’époque. Sitôt l’accès sécurisé par une barrière franchi, l’impression de s’enfoncer dans un lieu hors du temps, tenu à l’écart de la modernité de la ville de Saint-Denis, s’empare du visiteur désorienté par le changement d'ambiance.

Une grande maison à étage, en ruine, attire le regard en premier, avec son long balcon porté par des colonnes en fonte. Selon les travaux de l’historien Bernard Leveneur publiés dans son ouvrage Monuments historiques de Saint-Denis (Grafica, 2005), cette case imposante abritait pour le temps des soins la bourgeoisie du chef-lieu, à l’écart des autres pavillons de l’ancien hôpital, pour la plupart construits en pierre.

Des malades classés par catégorie sociale

Les bâtisses les mieux conservées de l’ancien hôpital, qui abritent notamment des locaux administratifs et syndicaux du CHU de Bellepierre, côtoient des ruines dans lesquelles s’entassent d’anciens dossiers médicaux ensevelis sous la poussière et les toiles d’araignées, quand ils n’ont pas été mangés par les flammes.

Le site de l’ancien hôpital Félix-Guyon, qui fut dénommé ainsi en 1920 à la mort du célèbre urologue réunionnais, constitue pourtant un lieu patrimonial et mémoriel de premier plan : il a été construit en 1900 sur les terres du Camp Ozoux, ancienne zone d’habitation désignée des esclavisés et des engagés, après le rachat par la colonie de ce foncier qui s‘étendait alors jusqu’au quartier du Bas de la Rivière.

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Selon un article du blog Défense du patrimoine architectural de La Réunion paru en 2010, l’ancien hôpital se composait d’une vingtaine de pavillons « affectés aux malades de 2e, 3e, 4e catégories, à la salle d’opération, ou aux logements des infirmiers et médecins et au logement des sœurs ». La catégorie des malades ne correspondait à aucune pathologie particulière, mais seulement à leur rang social dans la société coloniale. « Les plus aisés se trouvent à proximité de la rue, les plus pauvres, en fond de parcelle, près de la morgue, non loin du rempart ».

Inscrit au patrimoine depuis 2000

En 1957, un établissement plus moderne, le Centre hospitalier départemental (CHD) de Bellepierre (qui deviendra plus tard le CHU Félix-Guyon), ouvre ses portes et signe le long déclin de l'ancien hôpital, d’abord considéré comme une annexe puis abandonné à son sort au fil des années. En 1989, le pavillon principal et ses colonnes en fonte, ainsi que le porche d’entrée en basalte, sont inscrits aux monuments historiques. Onze ans plus tard, en août 2000, c’est l’ensemble de l’hôpital, y compris le terrain d’assiette, qui est inscrit à l’inventaire supplémentaire du patrimoine historique.

Si ce label prestigieux mais pas rémunérateur empêche toute destruction des lieux, il ne les protège aucunement des ravages du temps qui passe, des aléas climatiques ou des incendies. Régulièrement, des défenseurs du patrimoine s’alarment de l’abandon des lieux, un état de fait qui échappe au regard des milliers d’automobilistes qui franchissent chaque jour le pont Vinh-San voisin.

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Mais le projet de téléphérique entre la Montagne et Saint-Denis pourrait changer la donne : une station est prévue de l’autre côté du boulevard Sud et nul doute que les futurs usagers pourront avoir, depuis leur cabine, une vue panoramique sur les bâtiments en ruine installés le long d’une allée centrale où persévèrent quelques grands arbres.

Le Département veut récupérer l'ancien hôpital Félix-Guyon

Le Département de La Réunion, parfois incriminé pour avoir laissé à l’abandon un terrain historique dont il est le propriétaire, se défend en arguant que c’est le CHU de La Réunion qui a l’usage des lieux, et donc son entretien et sa mise en valeur. Sollicitée par Zinfos974, la collectivité assure vouloir récupérer la mainmise sur le site, affirmant se heurter au refus de l’État.

« Le Département de La Réunion demeure propriétaire du site de l'ancien hôpital Félix Guyon, dit Camp Ozoux. Mais en 1956, le droit d'usage a été attribué au Centre hospitalier départemental, devenu CHU.

Ceci signifie en pratique que le Département ne dispose ni de la jouissance, ni de la prérogative d'intervention et d'entretien du site, qui relève du CHU. Dès lors, le mauvais état général des bâtiments et leur situation d'inoccupation ne sauraient être imputés au Département. Depuis plus de 20 ans, le Département a entrepris des démarches, y compris contentieuses, afin de récupérer la pleine jouissance du Camp Ozoux. Les juridictions administratives ont toutefois considéré que seul l'État était compétent pour modifier l'affectation décidée en 1956.

Concernant l'avenir du site, le Département est pleinement conscient de la valeur patrimoniale de cet ancien hôpital, inscrit au titre des monuments historiques.

La collectivité poursuit donc les négociations amiables, afin de recouvrer le droit d'usage du site et permettre l'engagement des nécessaires travaux de restauration, et de valorisation de ces bâtiments témoins de l'histoire de notre île. Le Département réaffirme sa volonté que le processus puisse aboutir dans les meilleurs délais possibles, au regard de l'état de dégradation du site. »

Tout récemment, la militante culturelle Yvette Duchemann a été l’instigatrice d’une pétition en ligne afin de demander aux autorités compétentes de préserver l’ancien hôpital de Saint-Denis afin de le valoriser comme « un lieu de mémoire, de culture et de transmission du patrimoine réunionnais ». Yvette Duchemman souligne qu’au-delà de l’aspect patrimonial, le site témoigne de l’évolution de la médecine à La Réunion ou des politiques sanitaires mises en place durant la période coloniale.

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