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Inceste : une manifestation pour “demander à la justice de protéger nos enfants”

Ecrit par Prisca Bigot – le vendredi 21 février 2025 à 06H03
Certaines militantes, mais également mère protectrice ont préféré manifester de manière anonyme par crainte de "représailles judiciaires"



À l'appel du collectif "Allez les Tricoteuses" et "Noustoutes974", une manifestation s'est tenue ce jeudi devant le tribunal de Saint-Pierre. Objectif : sensibiliser et amener la justice à davantage prendre en considération “l'intérêt suprême de l'enfant” dans les plaintes pour agression sexuelle ou viol incestueux.

Sur les pancartes des militants, des slogans qui dénoncent l'inaction ou encore l'omerta face à l'inceste. Depuis le mois dernier, NousToutes974 notamment répond tous les troisièmes jeudis du mois à l'appel lancé au national par le collectif "Allez les Tricoteuses" dans l'objectif de “protéger nos enfants”.

Le nom du collectif fait référence à la phrase lancée par provocation par l'avocat d'un des accusés de l'affaire des viols de Mazan à l'attention des associations féministes présentes : "Allez, les tricoteuses !". De ces femmes durant la Révolution qui attendaient que tombe la tête des révolutionnaires en tricotant, le collectif en a fait un engagement pour porter les “voix de mères qui ont été réduites au silence face à la souffrance des enfants”, indique leur compte Instagram.

Trop peu de condamnations

Des enfants trop peu écoutés lors des dénonciations de violences incestueuses. Selon l'Unicef, 18 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque heure en France. Toujours selon les chiffres nationaux d'associations, 5 % des pères et 6 % des mères vont porter plainte pour ces faits. Selon une étude de l’INED de 2023, les auteurs d’inceste sont principalement des hommes, à 96,5 %. Seulement 3 enfants sur 5 sont crus. 73% des plaintes pour violences sexuelles sur mineurs sont classées sans suite. 1 % de ces plaintes amène à une condamnation, égrène le collectif.

À la lumière des chiffres accablants, le collectif témoigne d'une trentaine de cas à La Réunion de mamans “victimes de maltraitance judiciaire”. Des mères qui ont dénoncé des violences sexuelles et dont les plaintes ont été rapidement classées sans suite. Cette issue judiciaire a de multiples et de graves conséquences, dénoncent les militants. “L'enfant continue de vivre avec son agresseur malgré les preuves matérielles”. Le cas de Sophie Abida est souvent cité en exemple. Cette mère de 40 ans se bat dans l'Hexagone pour protéger ses enfants d'un père qu'elle accuse de violences sexuelles notamment. Malgré l'existence d'un enregistrement et le témoignage des enfants, elle a perdu la garde de ses enfants. Elle a même été condamnée pour soustraction d'enfant.

La relation avec le père privilégiée au détriment de la mère

Le collectif entend ainsi soutenir ces “mères protectrices qui se retrouvent accusées d'aliénation parentale”. Le concept servirait ainsi de justification pour les parents qui instrumentalisent la justice. “Nous ne sommes pas contre les magistrats, mais nous leur demandons de prendre leur responsabilité et de faire preuve de beaucoup de courage”, implore une des bénévoles. Cette mère indique elle-même être confrontée à cette justice “qui privilégie la relation paternelle au détriment de la relation mère/enfant”. Après avoir déposé trois plaintes, elle assure avoir été convoquée pour non-représentation d'enfant alors que sa fille et le père n'ont pas été entendus. “Il faut des procédures adaptées, cohérentes et efficaces pour mieux recueillir la parole de l'enfant, mieux comprendre l'état de stress post-traumatique dont il fait preuve”.

“Le patriarcat et la misogynie ont encore de beaux jours devant eux, lance à son tour une autre militante. “Quand, la plainte intervient dans un contexte de séparation, alors c'est quasiment impossible”, fait valoir une des Tricoteuses.

Le collectif rappelle les recommandations faites par la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) notamment à l'attention des services de police et magistrats. Pour exemple, les auditions d’enfants doivent être menées dans la bienveillance, par un membre des forces de l’ordre spécialement formé et habilité.

Etiquettes : Justice

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