Il agresse des policiers à la Fête de la Musique : la justice doit statuer sur l'irresponsabilité pénale de l'agresseur

La chambre de l'instruction devait statuer sur le cas de Gérald B., l'homme suspecté d'avoir agressé trois policiers en juin 2023, en marge de la Fête de la Musique à Saint-Denis. Les agents avaient ouvert le feu contre lui alors qu'il tentait de s'en prendre à eux avec un tournevis.
Les célébrations de la Fête de la Musique en 2023 à Saint-Denis s'étaient achevées sur une note grave. Alors que les festivités touchent à leur fin vers 23 heures en ce 21 juin, un équipage de trois policiers de la brigade cynophile, stationné dans leur véhicule de service, voit débarquer un homme armé d’un tournevis.
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Celui-ci s'en prend à un premier policier, assis côté conducteur, alors que sa fenêtre est ouverte. Pour se protéger, il se penche sur son collègue. Mais devant la détermination manifeste qu'affiche l'agresseur à vouloir s'en prendre à eux, l'un des fonctionnaires fait usage de son arme.
Or, cela ne semble pas freiner l'individu, qui commence à faire le tour du véhicule pour réitérer son attaque. L'arme à feu est de nouveau utilisée, et cette fois-ci, l'agresseur s'écroule, gisant au sol et saignant.
Au total, quatre coups de feu sont tirés par les fonctionnaires de police.
Les secours arrivent et prennent en charge l'agresseur. Sur lui est retrouvé un tournevis dont le manche est détruit à cause de l’impact de balle, et un autre prêt à l'emploi. Grâce aux soins reçus, il s'en sortira malgré la gravité de ses blessures.
Des antécédents de délires chroniques
C’est donc à la demande des parties que le cas de Gérald B., et de son irresponsabilité, doit désormais être déterminé par la chambre de l'instruction ce mardi 8 juillet, plus de deux ans après les faits.
D'abord, la juridiction a pris connaissance du compte rendu de la primo-médecin ayant entendu l’agresseur présumé deux jours après les faits. Elle explique que l'homme, non sans montrer du remords et de l'incompréhension face à ce geste, tenait un discours autocentré sur ses problèmes d’argent.
Une situation qu'il vivait particulièrement mal car, s'étant lancé dans l'entrepreneuriat, il peinait à boucler ses fins de mois. Pour se changer les idées, Gérald B. avait décidé, ce 21 juin 2023, de sortir pour profiter des concerts de la Fête de la Musique. Avant ça, il précise avoir consommé un peu d'alcool. Mais sur le chemin, l’homme a affirmé à la médecin que des voix ne cessaient de le tourmenter.
Dans un moment de ce qu'on pourrait décrire comme une tentative de suicide passive, il serait passé à l'acte : « Je voulais en finir ».
Le second expert interrogé, lui, a la lourde tâche d’aiguiller le tribunal concernant la décision d'irresponsabilité pénale de Gérald B. Évoquant deux précédentes hospitalisations en psychiatrie survenues en 2019, l’expert explique qu’il souffre de délires chroniques. Des sortes de phases où l’homme perdrait pied avec la réalité, « il déraille ».
Ainsi, en se basant sur plusieurs documents, consultations et avis de confrères, l'expert psychiatre en conclut qu’une abolition du discernement est une piste envisageable. Ainsi, l’homme présente des troubles psychiatriques aigus, dangereux, mais l'irresponsabilité pénale doit être prononcée selon eux.
Gérald B. reconnaît lui-même avoir besoin de soins. Depuis son interpellation en juin 2023, l’homme, en détention, suit un traitement pour sa maladie.
Le ministère public reste dubitatif
L'avocat des parties civiles reconnaît que le cas de Gérald B. reste complexe. Toutefois, il semble rejoindre les conclusions des experts quant à l'abolition du discernement. L''avocat assure tout de même que les policiers doivent être indemnisés.
Depuis l'agression, l'un d’eux n’a pas repris le travail : après un arrêt maladie, il est parti à la retraite. Les deux autres se disent également toujours extrêmement choqués par cette altercation. L’un d’eux, présent à l’audience, a préféré quitter précipitamment la salle pendant le rappel des faits.
Gérald B. ne possède aucune mention à son casier judiciaire, tout en sachant que la qualification de tentative d'assassinat s'est muée en violence volontaire avec arme, et qu'un non-lieu a été prononcé à l'encontre d'un fonctionnaire de police.
De son côté, le ministère public reste plus mesuré concernant cette expertise. Il souligne le fait que les psychiatres préconisent une abolition du discernement, mais ne donne pas une conclusion claire. "Est-ce que l'on se protège vraiment ?" interroge-t-elle.
Or, il requiert aussi dans le sens des experts, de la partie civile et de la défense. La magistrate demande aussi l’interdiction à Gérald B. d’approcher les victimes et de porter une arme pendant cinq ans.
La défense de l’agresseur présumé, elle, souligne le fait qu’il est évident que son client n’était pas en possession de son discernement durant l’acte. Elle s’appuie notamment sur le passé psychiatrique de son client et les avis médicaux émis en ce sens.
La chambre de l'instruction doit rendre sa décision le 11 juillet prochain.


