Hopipark : Quand la gestion du parking du CHU vire au fiasco

La société constitue un véritable gouffre financier pour la Sodiparc – entreprise responsable de l'exploitation du réseau de bus Citalis et des parkings de la ville de Saint-Denis présidée par Gérard Françoise, adjoint à la mairie de Saint-Denis en charge des finances – à tel point qu'elle ne souhaite « plus recapitaliser » cette filiale, déficitaire depuis sa création. Le risque à terme est considérable. Hopipark pourrait être contrainte de cesser ses paiements, ce qui entraînerait au minimum un redressement judiciaire, obligeant ainsi le CHU de La Réunion à prendre le relais et à « supporter de nouvelles charges », indique la CRC dans son rapport.
Comment en est-on arrivé là ? En 2010, le centre hospitalier de Bellepierre a lancé un appel d'offres pour la gestion de son parc de stationnement, remporté par la Sodiparc. Celle-ci a alors créé sa filiale Hopipark, chargée de « la conception, la construction, le financement, l’aménagement, la gestion, l’exploitation et l’entretien d’un parc de stationnement de 498 places, principalement destiné aux usagers, visiteurs et consultants du centre hospitalier ».
Déficits accumulés
La délégation de service public, d'une durée de 26 ans, a nécessité un investissement de 12 millions d'euros. Le business plan initial devait permettre à Hopipark d'atteindre l'équilibre financier grâce aux recettes générées par le stationnement. Cependant, dès 2014, la fréquentation attendue n'était pas au rendez-vous. Hopipark s'est enfoncée dans le rouge, accumulant les déficits année après année, obligeant la Sodiparc à accorder des avances en compte courant.
Avec des capitaux propres négatifs (-1,4 million d'euros), une première alerte a été lancée par le commissaire aux comptes. Cette situation a contraint la société et le CHU à revoir les conditions financières du contrat de concession. Une procédure de mandat ad hoc a été ouverte au tribunal de commerce de Saint-Denis pour parvenir à un accord amiable, un accord qui a été sévèrement critiqué par la CRC dans un rapport de 2019. Ce dernier prévoit l'octroi d'une subvention annuelle (447.000 euros, puis 335.000 euros par an jusqu'à la fin du contrat) en contrepartie d'un « droit d'usage permanent de 212 places » dans le parking.
Ces versements conséquents ne sont toutefois pas suffisants. « Malgré la prise en compte de la subvention d’équilibre qui assure chaque année un montant de recettes, les nouvelles hypothèses envisagent une diminution des recettes de l’ordre de 29 % sur la durée du contrat par rapport au prévisionnel initial. Le résultat net ne serait positif qu’à partir de 2029, aggravant le déficit cumulé toutes les années précédentes », prévient la CRC.
Pas assez de recettes malgré des prix exorbitants
Les prix pratiqués dans le parking, déjà exorbitants et réajustés à plusieurs reprises, ne permettent pas non plus de générer suffisamment de recettes pour couvrir les charges de fonctionnement. Hopipark est censé se rémunérer grâce à trois sources : les usagers du parc de stationnement, les utilisateurs des emplacements à caractère commercial et ceux des emplacements à caractère publicitaire. « En réalité, ses recettes proviennent exclusivement du chiffre d’affaires généré par l’exploitation du parking (usagers horaires et abonnements) et, désormais, de la subvention versée par le CHU. » Ce qui conduit la CRC à estimer que Hopipark n'a pas été « diligente » dans la recherche de nouvelles sources de revenus complémentaires.
Pour sa défense, la société invoque plusieurs événements conjoncturels qui ont aggravé ses finances : le mouvement des Gilets jaunes et la crise sanitaire. La fréquentation des parkings n'a jamais retrouvé les niveaux d'avant-crise et continue même de baisser, selon la CRC.
La Sodiparc n'a pas été vigilante
Enfin, les magistrats de la CRC se montrent particulièrement critiques envers la gestion de la Sodiparc. Malgré les multiples alertes du commissaire aux comptes, aucune mesure n'a été prise jusqu'à ce qu'un signalement soit effectué en août 2023 à la Chambre. « L’assemblée générale aurait dû être convoquée afin de se prononcer à nouveau sur la continuité ou non de l’exploitation. Or, aucune mesure n’a été prise par la Sodiparc pour mettre fin à l’irrégularité. Hopipark est dès lors maintenue dans une situation irrégulière qui ne permet pas de garantir sa condition financière. » Il convient également de rappeler que le CHU est garant du prêt bancaire contracté par Hopipark pour la réalisation du parking. Il supporte donc directement le risque en cas de défaillance...


