Hommage à mes frangins

Je suis l’aîné d’une fratrie de trois Yabs pur sucre La Rivir. Dans l’ordre, votre serviteur (1948), Michel (1949), Alain (1954). Notre grand regret est de ne pas avoir eu une sœur, pour bénéficier d’une approche plus sensible des problèmes humains. Et, éventuellement, draguer ses copines…
Michel est le seul Réunionnais à avoir accédé (à 52 ans, excusez du peu !) au grade de général de l’armée de l’Air française. Il a toujours voulu devenir aviateur et a tout fait pour. Il n’est pas un simple soldat, un militaire issu du rang. Michel est un guerrier.
Je ne peux pas vous dire tout ce qu’il m’a raconté entre frères : secret défense !
Michel se meurt. Une saloperie de cancer du pancréas, la même qui a emporté papa en 1955. Il devrait être mort depuis 3 ans mais le guerrier fait la nique à ceux qui l’avaient trop vite enterré.
Alain maintenant…
Il est riche sans aucun diplôme. Les études classiques ne l’intéressaient que modérément. Il s’est débrouillé autrement pour arriver. Le pompiste de station-service, aidé par une épouse calibrée, a redressé une agence d’assurances qui était en décrépitude. Pour ça, ils ont bossé comme des mules pendant des décennies. Ils ont gagné un max de pognon et rêvent de vivre en Thaïlande.
Mais aujourd’hui, patatras ! Après avoir assuré leurs arrières et vendu leur agence, le coup dur. Alain m’apprend qu’il est atteint d’une grave pathologie pulmonaire qui l’obligera certainement à vivre sous respirateur bientôt.
Il y a des similitudes dans leurs démarches a priori si éloignées : intelligence, volonté, acharnement et surtout beaucoup de travail. Et une hygiène de vie qui force le respect ; en tout cas le mien. Ils ne buvaient pas, ne fumaient pas, faisaient beaucoup de sport. Et les voici rattrapés par un destin qui se fout bien que tu te méfies des impondérables. Moi, je bois, je fume, et manifeste envers les choses de la diététique une distanciation à base de méfiance. Et pas de sport, cela va de soi, car c’est fatigant. C’est peut-être la raison pour laquelle j’échappe aux maux qui frappent régulièrement notre population : diabète, cholestérol, tension artérielle, connais pas ! Je sais, les méchantes langues diront qu’il y a un bon dieu pour les poivrots. Qu’ils le disent si ça les amuse ; je m’en contrefous avec une aisance qui vous donnerait une idée de l’infini.
Aujourd’hui que mes frangins vont très mal, je voudrais leur rendre hommage. Leur dire combien je les admire. Leur dire enfin ce que je ne leur ai peut-être pas assez dit. Ils le savent, cela va sans dire, mais ça va encore mieux en le disant.
Je vous aime, mes frangins. Je souhaite que vous fassiez longtemps encore un gros pied de nez à la Faculté. Mon prochain verre est à votre santé.
Jules


