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Hold-Up, l’infalsifiable

Sorti le 11 novembre en VOD, le documentaire Hold-Up de Pierre Barnérias a soulevé une polémique colossale. Déprogrammé sans explication par son hébergeur Vimeo, il est allé gonfler en libre accès l’affluence des plateformes alternatives comme Odysee.
Ecrit par zinfos974 – le mercredi 25 novembre 2020 à 13H47

L’irruption de [Hold-Up]url:https://tprod.fr/project/hold-up/  dans le débat sur la pandémie change de fait la règle du jeu. La gestion de cette crise a donné lieu à des critiques dès le début. Le documentaire donne un aperçu de la désinvolture avec laquelle les autorités françaises ont abordé la crise en mars 2020. Le bricolage, les collusions, les conflits d’intérêts et les décisions contradictoires n’ont fait que s’aggraver depuis sans que personne n’en réponde, sans que les médias ne demandent de comptes.
Dès février-mars, des personnalités du monde de la science, de la médecine, des sciences sociales ont exprimé leurs doutes ou leurs préoccupations face à la gestion pour le moins étrange de cette crise dans les pays occidentaux et aux dérives du pouvoir et de l’information qui en résultaient. Pierre Barnérias a donné une tribune à un grand nombre d’entre elles, dont certaines voix très difficiles à réfuter. Son film rassemble donc en un seul endroit l’essentiel des objections soulevées depuis mars 2020. Deux heures et demie de témoignages de médecins, de savants, de praticiens, de penseurs tissent le scénario d’une pandémie surexploitée, devenue prétexte à une dépossession tous azimuts: des peuples dépossédés de libertés, de moyens, de représentation politique, de voix et d’yeux pour comprendre ou maîtriser leur propre sort. Serions-nous confrontés à un coup d’État technologique? Tout ceci ne servirait-il pas un but: le passage au tout-numérique, à la monnaie dématérialisée et au gouvernement mondial? Telle est la thèse finale du film.
La réaction hostile des médias généralistes mis en cause par le film est logique. Quand un récit alternatif fait irruption sur le marché, et qu’il paraît convaincant, les détenteurs du récit officiel réagissent vigoureusement. Ils connaissent mieux que leur public la fragilité de leur construction et ses failles. Ils savent les taux de confiance désastreux dont l’opinion les gratifie.
La réaction la plus sage face à Hold-Up eût été de laisser faire les « complotistes » se conforter entre eux. Plus élégamment encore, de reconnaître qu’au-delà des points de détail contestables, certaines contributions auraient dû trouver leur place dans n’importe quel canal d’information.
Car la première question que soulèvent ces témoignages, la plupart frappés au coin du bon sens, est: pourquoi ne les a-t-on pas entendus ailleurs? Pourquoi une scientifique de haut vol comme Alexandra Henrion-Caude, généticienne et ancienne directrice de recherche à l’INSERM, n’a-t-elle été interrogée que par TV-Libertés et par le réalisateur de Hold-Up? Pourquoi l’anthropologue de la santé Jean-Dominique Michel, parlant d’expérience (il a survécu à la Covid), a-t-il été condamné par contumace dans les médias de service public de Suisse plutôt que d’y être invité à débattre? Les millions de vues de ses vidéos « amateur » n’auraient-elles pas été un bol d’air pour ces plateformes de plus en plus désaffectées par le public?
Par contraste, Hold-Up révèle la pauvreté et le huis clos du débat public. Comment se fait-il qu’à la place de ces gens qui pensent, qui cherchent et qui s’interrogent, pratiquement tout le temps d’antenne soit occupé par de péremptoires semeurs de panique, souvent criblés de conflits d’intérêts, et qui ne font que légitimer sans preuve ni discussion les décisions les plus extrêmes des autorités? Sommes-nous soudain tombés en démocrature, pour que le vrai débat social, philosophique et scientifique doive se faire malgré le système et non plus en son sein?
Depuis le début de cette crise, nous avons tous éprouvé un problème de saturation avec les vidéos. On a produit cent fois plus d’heures de vidéo de toute forme et qualité pour contrer la gestion officielle du Covid et la « science » qui la sous-tend. Le basculement de l’enquête et de l’argumentation du texte vers la vidéo est en soi un obstacle pour l’intelligence. Vérifier le moindre dire prend un temps fou, et retrouver l’endroit exact d’une affirmation est très fastidieux. Les arguments sont simplifiés, le langage appauvri. Mais du moment que la bascule est faite et que l’influence passe par l’image, Hold-Up est un vecteur redoutable. Voir toutes les interventions des protagonistes interviewés serait physiquement impossible. Ce film en propose une compilation, la substantifique moelle. L’ex-ministre de la santé Philippe Douste-Blazy, qui s’est soudainement désolidarisé du film, s’est plaint de ce qu’on n’a retenu que quelques minutes sur deux heures d’enregistrement. Mais ces minutes sont une véritable flèche au curare! Ce film unifie une opposition éparse, anarchique, dont personne n’avait jusqu’ici un aperçu exact. On voit désormais qu’elle est multidisciplinaire, multinationale, multiforme, mais structurée.
Le reproche de longueur ne tient pas la route. Ces 160 minutes sont en fait un résumé-éclair de la problématique. Mais le film souffre de maladresses, d’approximations et d’irruptions inutiles de mauvais goût, comme cette figure animée du Corona et ses sketches futiles et caricaturaux.
D’une manière générale, le message aurait été plus convaincant si l’on s’était arrêté aux constats plutôt que de vouloir esquisser une thèse dramatisante. La sociologue Monique Pinçon-Charlot a beau dénoncer aujourd’hui le documentaire, on aurait pu se passer de ses propos sur l’extermination des pauvres dont les riches n’ont que faire.
Bien entendu, le film a été étiqueté « fake news » par les « fact checkers » systémiques. C’était attendu. Aux chiffres et sources des uns on oppose ceux des autres. Les personnalités ayant participé au film ou qui le soutiennent (comme Sophie Marceau) sont prises à partie. Une députée du Parti LREM [exige sur CNEWS sa censure et son éradication]url:https://m.facebook.com/100017772973998/posts/732736697328756/  face à une journaliste qui lui rappelle qu’il existe quand même, encore, quelques restes de liberté d’expression.
Les réseaux sociaux s’y sont mis : sur Facebook, chaque allusion au film s’accompagne d’une mise en garde renvoyant sur les censeurs autorisés du Monde dans une boucle tautologique cocasse (« Vous critiquez Le Monde? c’est fake news selon Le Monde!»). Vimeo élimine un contenu pourtant commercialisé en VOD. Le système ne se serait pas mobilisé à ce point pour censurer ce film s’il ne contenait pas, outre ses défauts, quelques vérités incommodantes. Que faut-il étouffer ?
Dans la guerre des dogmes et des chiffres, le camp minoritaire part toujours perdant. Blaise Pascal disait avec ironie que le débat académique n’est pas décidé en fonction de qui tient le vrai et qui le faux, mais du nombre de docteurs qui soutiennent tel ou tel parti. Certes Hold-Up contient des affirmations sans preuves et des chiffres contestables, encore que la plupart d’entre eux sont puisés au sources mêmes des administrations, comme l’INSEE, mais il véhicule surtout un apport infalsifiable. Qui n’est ni factuel ni médical. Car le visionnage de Hold-Up peut être dangereux. Sa vérité ne tient pas tant dans les faits que dans le ton, le bon sens et l’humanité de ceux qui les exposent. La comparaison avec les manières, les incantations lugubres et les faciès des défenseurs de la doctrine officielle est inévitable et déstabilisante. Et le simple fait de mettre le nom juste sur leurs comportements, comme le fait Martine Wonner au sujet des accès de frénésie du ministre Véran lorsqu’on lui dit « chloroquine », suffit à ouvrir les yeux.
Hold-Up s’insurge contre la reconstruction idéologique d’une réalité, en l’occurrence sanitaire, qui aurait pu et dû être gérée autrement. Or les systèmes idéologiques, comme leur nom l’indique, reposent sur la logique d’une idée. Les mots créent la réalité. Lorsque quelqu’un perturbe cette nomenclature en appelant les choses par leur nom, l’hypnose s’écroule et il ne reste pour soutenir l’édifice que l’outil de la coercition, bien plus coûteux. C’est pourquoi les systèmes totalitaires, toujours fondés sur la « science », n’ont jamais été réfutés par des preuves scientifiques, mais par des témoignages humains. Ils ouvrent les yeux de millions de gens sur la réalité de la condition totalitaire parce qu’ils leur ont permis d’éprouver cette horreur de l’intérieur. Parce qu’ils ont activé l’empathie. Parce qu’ils ont rétabli la vision juste en remettant les mots à leur place. La masse ne sait pas la tromperie tant qu’on ne le lui dit pas.
La scène éclairante, de ce point de vue, est ce passage où l’on montre à une sage-femme un discours du transhumaniste Laurent Alexandre, parlant de l’« âge d’or » qui vient pour les winners, les « dieux », par opposition aux « inutiles », aux losers, à la masse humaine larguée par la révolution technologique. En un mot, l’élite s’arroge un droit de vie et de mort sur les esclaves. Comme elle dit, « c’est absolument effrayant », et pourtant cela a pignon sur rue. C’est enseigné aux futurs cadres. Soudain, les mots retrouvent tout leur poids. Ainsi l’espérance de vie résiduelle des aînés dans les asiles, décimés par cette pandémie et par l’euthanasie tacite.
C’est là que se trouve le potentiel subversif du film : il est infalsifiable. Car il réintroduit un regard éthique et humain là où il n’y aurait dû y avoir que des critères de gestion et des instincts élémentaires de conservation. Hold-Up, avec ses exagérations, ses caricatures, sa thèse, est à ranger dans cette catégorie-là: c’est un témoignage moral. La réaction même du système, avec son stupide et brutal réflexe de censure, ne fait que lui donner raison.

 

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