Hausse des carburants, reprise de l'inflation, trésoreries exsangues : l’IEDOM refroidit les espoirs économiques pour 2026 à La Réunion

La reprise espérée cette année pourrait déjà perdre de sa vigueur. Lors de sa présentation annuelle, l’IEDOM (Institut d’émission des départements d’outre-mer) a alerté sur un retour des tensions inflationnistes à La Réunion, porté par la hausse des carburants et une inquiétude grandissante chez les chefs d’entreprise.
L’embellie économique attendue en 2026 pourrait tourner court. En présentant ce jeudi 23 avril sa synthèse conjoncturelle, l’IEDOM Réunion a livré un diagnostic prudent, loin d’un scénario de relance franche. « On était plutôt optimiste pour 2026 », a résumé Sébastien Aubert, chargé d’études à l’IEDOM. Mais le contexte international est venu rebattre les cartes et « couper la reprise dans son élan ».
Autour de lui, Philippe La Cognata, directeur de l’IEDOM Réunion, et Nicolas Gobalraja, responsable du service des études, ont détaillé une économie locale qui avait pourtant commencé à relever la tête en 2025. Malgré les dégâts du cyclone Garance, estimés à 400 millions d’euros, l’épidémie de chikungunya ou encore les incertitudes politiques nationales, l’activité avait progressé. « 2025 est meilleure que 2024 », a insisté l’établissement, avec un climat des affaires revenu proche de sa moyenne de longue période.
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Cette amélioration restait toutefois fragile. Les ménages ont bien retrouvé un peu de pouvoir d’achat grâce au ralentissement de l’inflation, mais sans relancer franchement la consommation. « Le gain de pouvoir d’achat va directement vers l’épargne et pas vers la consommation », a observé Sébastien Aubert, en charge de l'étude. Dans un contexte instable, les Réunionnais préfèrent conserver des marges de sécurité plutôt que dépenser.
Une inconnue majeure : la durée de la crise
Depuis, le choc géopolitique au Moyen-Orient est venu tout compliquer. Pour une île dépendante d’approvisionnements énergétiques venus d’Asie, la hausse du pétrole se transmet rapidement aux prix locaux. L’IEDOM anticipe des carburants élevés jusqu’au milieu de l’année, puis encore supérieurs à la normale jusqu’en décembre. « Le choc sur le pétrole et sur le fret du pétrole n’est pas encore sur les autres marchandises », a averti l’économiste.
Derrière la pompe, c’est toute l’économie réunionnaise qui peut ralentir. L’institut estime que ce contexte pourrait retirer 0,15 point de croissance et ajouter 0,4 point d’inflation. « Ce n’est pas énorme comme impact, si la décrue est rapide », nuance toutefois l’IEDOM. Reste une inconnue majeure : la durée de la crise.
Forte hausse des prix de vente
Dans les entreprises, le climat se tend déjà. Les enquêtes de conjoncture font remonter des préoccupations sur les trésoreries, les délais de paiement, les fournisseurs, la hausse des charges et les marges sous pression. Beaucoup prévoient de répercuter une partie des coûts sur leurs prix de vente. « Les entreprises sont très inquiètes », a résumé Philippe La Cognata.
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Deux secteurs apparaissent particulièrement exposés. L’agriculture et l’agroalimentaire, très dépendants de l’énergie et des engrais, pourraient subir une nouvelle hausse de leurs coûts. Le tourisme extérieur, lui, reste suspendu au prix du kérosène et donc à celui des billets d’avion. Pour une destination insulaire, l’enjeu est immédiat.
"L’accélération de la reprise n’aura pas lieu"
Le constat final est sans détour : « L’accélération de la reprise n’aura pas lieu ». La Réunion n’entre pas en crise, mais la dynamique espérée pour 2026 s’effrite déjà.
Entre inflation menaçante, carburants sous tension et patrons sur la défensive, l’économie locale avance désormais avec prudence.


