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Hausse de 42 % de la taxe régionale : “Le rhum réunionnais est le plus taxé d’Outre-mer”

Ecrit par P.M. – le lundi 22 décembre 2025 à 18H51
La hausse de 42% de sa majoration sur le droit d'accise devrait entrainer une recette supplémentaire de 800 000 euros (illustration D.R).

Alors que la Région Réunion vient de voter une hausse de 42 % de la taxe régionale sur le rhum, le débat autour de la fiscalité des alcools forts locaux continue de faire débat, sur fond de polémique entre la collectivité et le docteur David Mété et d’inquiétudes de la filière face à l'amendement porté par le sénateur Stéphane Fouassin, reporté à janvier 2026.

Pour rappel, le texte défendu par le sénateur Fouassin prévoit une majoration départementale des droits d’accise qui, selon les simulations avancées par la filière, entraînerait une hausse estimée à près de huit euros sur le prix d’une bouteille de rhum réunionnais vendue localement. Le sénateur maintient, lui, que son amendement vise à répondre à un enjeu de santé publique, La Réunion figurant parmi les régions françaises les plus touchées par l’alcoolisme.

À l’inverse, la Région et les industriels redoutent qu’une telle hausse n’entraîne une concurrence défavorable au rhum local au profit des alcools importés.

Les discussions sur la taxation des alcools forts ont été repoussées en raison de l’absence d’accord en commission mixte paritaire lors de l’examen du projet de loi de finances.

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Un affrontement politique et sanitaire

Après la montée au créneau de la présidente de Région, Huguette Bello, contre l'amendement du sénateur Fouassin, le docteur David Mété, médecin addictologue et président de la Fédération régionale d’addictologie de La Réunion, a vivement réagi dans une tribune publiée par Zinfos 974 intitulée “Une présidente de Région en service commandé des barons du rhum”.

Il y rappelle que la fiscalité sur les rhums et leurs dérivés serait “50 fois moins élevée à La Réunion qu’en Hexagone”. “Ce n’est pas une chance d’avoir la dose d’alcool la moins chère de France pour La Réunion et les autres DROM : c’est une inégalité majeure de santé publique”, écrit-il. Le médecin rappelle que l'on "consomme deux fois plus d'alcools forts ici et ces alcools forts sont majoritairement des produits locaux issus de la canne, vendus à bas prix grâce à une fiscalité complaisante et très largement diffusés grâce à un extraordinaire réseau de distribution".

Lire aussi : Dr David Mété : "Une présidente de Région en service commandé des Barons du rhum"

Dans un communiqué, la Région Réunion a dénoncé des propos jugés excessifs. “Que sous-entend David Mété ? Qu’il existerait des ‘barons du rhum’ comme il existe des barons de la drogue”, écrit la collectivité, estimant que “le débat se déplace des questions de santé et d’économie vers le terrain de la polémique”. Pour la présidente de la Région, "si la filière locale doit effectivement prendre sa part de responsabilité dans ce combat (contre l'alcoolisme NDLR), celle-ci ne saurait être tenue pour seule responsable de ce fléau qui nous préoccupe toutes et tous", mettant en avant "la consommation de whisky écossais vendus par les Mauriciens mais aussi de bières et de vins importés" qui "dépasse de manière significative la consommation de rhums locaux".

Lire aussi : Rhum, santé publique : la Région Réunion dénonce des propos « inacceptables » du Dr David Mété

Une hausse de 42 % actée par la Région

Dans le même temps, la collectivité a voté la semaine dernière une hausse de la fiscalité régionale. Lors du vote du budget primitif 2026, la Région a relevé la majoration de l’accise appliquée au rhum fabriqué et consommé à La Réunion à partir de matières premières locales. Celle-ci passera de 106,71 euros à 152,45 euros par hectolitre d’alcool pur à compter de 2026, soit une recette supplémentaire attendue de 800.000 euros, pour un produit total estimé à 3 millions d’euros.

Selon La Réunion des Rhums, le syndicat de la filière rhum de La Réunion, cette décision représente une hausse de 42 % pour la filière. Son président, Teddy Boyer, indique que cette augmentation ne va pas “remettre en cause l’équilibre de toute la filière”, tout en soulignant qu’elle s’ajoute à une pression fiscale déjà élevée.

“Le rhum de La Réunion est le plus taxé d’Outre-mer”, assure Teddy Boyer, le président de la Réunion des rhums (archives).

La crainte d’un emballement fiscal

La filière du rhum alerte sur une accumulation de taxes dans un contexte économique jugé difficile, marqué notamment par une baisse de la production de canne ces dernières années, qui entraîne une diminution de la production de mélasse et une hausse estimée à 20 % des coûts de production. Elle rappelle avoir déjà subi une augmentation de 360 % en cinq ans de la vignette de la sécurité sociale.

Pour la filière, les chiffres mis en avant par ses détracteurs ne prennent pas en compte l'ensemble de la fiscalité appliquée, oubliant le volet local. La fiscalité sur le rhum se compose d’un droit d’accise national, d’un droit d’accise majoré au profit de la Région (la taxe qui vient d’augmenter), d’un octroi de mer de 13 % (contre 70 % pour les alcools importés), de la vignette de la sécurité sociale et de la TVA. “Le rhum de La Réunion est le plus taxé d’Outre-mer”, assure le directeur de la distillerie de la Rivière du Mât et président du syndicat. Sur une bouteille vendue 12 euros localement, environ la moitié du prix correspondrait à des taxes. La dernière hausse régionale devrait entraîner une augmentation d’environ 22 centimes par bouteille.

Lire aussi : Nouvelle taxe sur les alcools forts : la filière du rhum réunionnais vent debout

Les professionnels s’inquiètent surtout de l’impact potentiel de l'amendement porté par le sénateur Fouassin. "Il mettrait en danger toute la filière", estiment-ils, en faisant passer le prix de la bouteille de rhum de 12 à 20 euros, alors qu’un whisky importé n’augmenterait que d’environ 60 centimes, selon la filière.

La filière rappelle représenter près de 1 200 emplois directs et indirects, exporter 80 % de sa production et accueillir environ 100.000 visiteurs par an, tout en affirmant contribuer aux actions de prévention et de sensibilisation contre l’alcoolisme.

Les différentes taxes sur le rhum sont (théoriquement) destinées à financer la lutte contre l’alcoolisme.

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