Handicap : les associations réunionnaises portent leurs revendications avant le débat national et appellent à un changement de "paradigme"

À quelques jours de la Conférence nationale du handicap (CNH), plusieurs associations réunionnaises ont fait remonter au gouvernement leurs principales attentes en matière d'inclusion, d'emploi, de logement et d'accompagnement des familles. Elles défendent un changement de "paradigme" dans la formation à l’inclusion, devenue la "norme".
Reçues vendredi dernier en visioconférence par une conseillère de la ministre déléguée chargée de l'Autonomie et du Handicap, les associations souhaitent que les spécificités et les besoins du territoire soient prises en compte lors de la prochaine Conférence nationale du handicap (CNH), prévue ce jeudi.
Un rendez-vous majeur, organisé tous les trois ans sous l'égide du Président de la République et qui réunit les personnes porteuses d'un handicap, leurs représentants, les associations, les collectivités et les services de l'État.
La CNH fixe les grandes orientations de la politique nationale du handicap dans des domaines aussi variés que l'école inclusive, l'emploi, le logement, la mobilité, l'accessibilité ou encore la participation citoyenne.
Dans ce cadre, un débat national est prévu ce jeudi en visioconférence avec les associations et collectivités de l'ensemble des territoires. À La Réunion, cette séquence doit être suivie d'échanges entre les associations locales et les autorités publiques afin de poursuivre la concertation sur les enjeux du handicap dans l'île.
Plus de cent contributions transmises au ministère
En amont de la rencontre, les associations ont initié un questionnaire collaboratif afin de recueillir les attentes des familles et des personnes concernées. Plus d'une centaine de réponses ont été collectées localement puis transmises au ministère afin d'alimenter les travaux préparatoires et faire remonter les réalités du terrain réunionnais.
Des revendications portées collectivement par onze structures réunionnaises : Enfants autistes 974, Le Nouvel Écolier, Autisme Réunion, le Comité régional Handisport Réunion, le collectif Enfants Invisibles 974, Outrement Capable, GEM TSA 974, Habita'TSA, Humani, Intimagir974 et Les Petits Rayons multicolores. Des associations engagées auprès des personnes présentant un trouble du spectre de l'autisme (TSA), des troubles du neurodéveloppement (TND) et autres situations de handicap.

Mieux intégrer les familles dans les décisions
Leur première demande concerne justement une meilleure prise en compte de l'expertise des familles dans la construction des parcours d'accompagnement des personnes en situation de handicap. Les associations rappellent que les proches disposent d'une connaissance précieuse des besoins quotidiens des personnes concernées.
Selon elles, cette “expertise d'usage essentielle” demeure encore insuffisamment reconnue et doit être “pleinement intégrée dans la construction des accompagnements”.
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Au-delà, les associations plaident pour un changement de "paradigme" dans l'approche de l'inclusion, faisant le constat d'un manque de moyens chronique, notamment en ce qui concerne le nombre d'AESH, "devenue une réelle hémorragie", clame la présidente de l'association d'enfants autistes Le Nouvel Écolier.
Education : Construire une "culture commune du handicap"
Au-delà des intentions affichées, les associations estiment que les moyens consacrés au handicap ne progresseront pas suffisamment dans les années à venir. Elles plaident donc pour une meilleure application du droit existant. L'objectif est d'être "constructives et force de proposition. Ce qu'on demande surtout, c'est le respect de la loi, l'inclusion c'est la norme. S'il y avait plus d'inclusion dans les établissements classiques, il y aurait aussi moins de difficultés", appelle Orlane Puveland, membre de l'association Le nouvel écolier.
Pour la rendre réelle, les associations appellent à la mise en place d'une sensibilisation au handicap dès l'école, poursuivie dans l'enseignement supérieur et intégrée à la formation initiale et continue des enseignants.
L'objectif est de “construire une culture commune du handicap dès le plus jeune âge et dans toutes les strates du système éducatif”.
Les associations défendent également le maintien et le renforcement des formations croisées associant enseignants, AESH, ATSEM, agents des collectivités et parents afin d'améliorer la compréhension mutuelle et la coordination des pratiques.
Emploi, répit et le logement inclusif (toujours) parmi les priorités
Sur le volet de l'emploi, les associations soutiennent le développement du « social job coaching » afin de faciliter l'accès et le maintien dans l'emploi des personnes en situation de handicap, notamment à travers l'acquisition de compétences sociales et les mises en situation professionnelles.
Pour les associations, le placement dans des établissements spécialisés doit rester la norme dans les cas de handicaps lourds : "Rentrer dedans c'est aussi le risque de ne jamais en sortir, sans solutions pour les familles".
Elles réclament également davantage de solutions de répit et de places en accueil temporaire. Ces dispositifs sont jugés indispensables pour soutenir les familles, prévenir leur épuisement et favoriser l'autonomie des personnes accompagnées.
La question du logement inclusif figure aussi parmi les priorités mises en avant. Les associations soulignent que de nombreuses initiatives sont aujourd'hui portées directement par les familles, notamment pour les adultes autistes autonomes.
Selon elles, il est nécessaire de “créer des passerelles entre l'initiative familiale et associative et les réponses institutionnelles” afin de proposer des solutions adaptées à la diversité des parcours et des niveaux d'autonomie.
Le sport également concerné
Les signataires alertent par ailleurs sur les difficultés persistantes d'accès aux activités sportives. Elles estiment que le manque de formation des encadrants constitue encore un frein important à la pratique sportive des personnes en situation de handicap.
Elles affirment leur volonté de rester “unis, mobilisé[s], inscrit[s] dans une dynamique de co-construction avec les pouvoirs publics” afin de garantir aux personnes en situation de handicap “un parcours de vie plus inclusif, fluide et effectif”.
En espérant être entendus ici, comme au plus haut niveau de l'Etat.


