François Caillé, un « capitaine d'industrie » à l'image ternie par les affaires judiciaires

Une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Saint-Denis pour favoritisme, trafic d’influence, corruption et blanchiment a conduit François Caillé, PDG du groupe Caillé, sa directrice générale et plusieurs autres personnes en garde à vue dans les locaux de Malartic. De quoi raviver quelques souvenirs sur les démêlés judiciaires d'un « capitaine d'industrie », comme il a été baptisé, à l'image parfois sulfureuse.
Un parcours qui commence en Europe
À la fin des années 70, François Caillé est basé en Scandinavie en tant que responsable des ventes automobiles pour l’Europe du Nord chez Daewoo-France. Par la suite, il acquiert une expérience internationale à Hong-Kong. C'est seulement au début des années 80 qu'il rejoint La Réunion dans le groupe présidé par son père, Jacques Caillé, pour occuper un poste de directeur commercial au sein des Établissements Caillé.
En 1994, François Caillé prend la tête du Groupe Caillé en tant que Président-Directeur Général. Il est alors à l’origine de la diversification de l’entreprise familiale dans la grande distribution alimentaire avec l’ouverture du premier hypermarché (Continent à Sainte-Clotilde) de l’outre-mer français, en partenariat avec le groupe antillais Bernard Hayot. Sous sa direction, le groupe, actif dans la distribution automobile et les grandes surfaces, connaît une expansion significative.
Années 90, premiers ennuis judiciaires
Mais c'est aussi à cette époque qu'il connaît – déjà – ses premiers ennuis judiciaires. Au sommet de sa carrière, François Caillé est rattrapé par la justice. En 1996, il se retrouve impliqué dans un vaste scandale politico-financier surnommé « l’affaire des notables ». Ce procès, qui éclate après plusieurs années d’enquêtes, révèle un système de corruption lié aux passations de marchés publics à La Réunion. Un air de déjà-vu aujourd'hui. François Caillé est alors accusé d’avoir accordé des avantages financiers à des membres de la Commission départementale d’urbanisme commercial (CDUC) pour obtenir des autorisations en vue de l'implantation de grandes surfaces. « Cette audience qui s'ouvre, après trois années d'enquêtes mouvementées, se présente comme une leçon de choses sur la corruption : pots-de-vin versés pour obtenir le marché de l'eau, financements en coulisses du ramassage d'ordures, remises de mallettes d'argent liquide pour obtenir l'implantation de grandes surfaces... », expliquait le journal Le Monde en 1996. Bien qu’il ait toujours nié ces accusations, l’ordonnance de renvoi retient des charges suffisantes contre lui, le plaçant au cœur de ce procès médiatisé qui secoue l’île. L'affaire symbolise les dérives politico-économiques de l’époque, et même si François Caillé continue à nier toute implication directe, cette période ternit son image et affecte durablement la perception publique de son empire.
La chute de l'empire en 2010
Au début des années 2000, le groupe Caillé regroupe 70 entreprises employant 3 000 personnes, et est la troisième entreprise de La Réunion avec 728 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2008. Sauf que la crise économique frappe durement le groupe. En 2010, François Caillé initie une procédure de sauvegarde auprès du tribunal de commerce de Saint-Denis, pour une durée de dix ans. Le passif est conséquent : 260 millions d'euros. Les juges valident son plan de sauvegarde, qui inclut la cession d'une quarantaine de sociétés mais permet de préserver 2 000 emplois. Un plan de sauvegarde qui sera modifié à plusieurs reprises.
La renaissance du groupe en 2022 jusqu'à...
Le plan de sauvegarde du groupe est intégralement remboursé en 2022. Le groupe a fait acter une “formalité” lui permettant de rembourser une dernière annuité de 70 millions d'euros. Sur les 70 millions d'euros qui seront remboursés pour éponger la totalité du passif du groupe, 25 millions d'euros sont financés par les banques, 35 millions d'euros par deux fonds d'investissement (Sienna à hauteur de 30 millions et Arbevel pour 5 millions d'euros). Les 10 millions d'euros restants sont apportés sur fonds propres du groupe. À la sortie du tribunal, le groupe espérait continuer sur sa lancée, notamment poursuivre les performances enregistrées depuis les cinq dernières années et qualifiées “d'exceptionnelles” par François Caillé, qui assurait que le groupe était totalement sécurisé.
Les derniers événements du début de semaine pourraient bien lui donner tort...
François Caillé, la directrice générale du groupe et David Vital toujours en garde à vue


