Feu vert de l’État pour la géothermie à La Réunion : Engie obtient son permis pour faire des recherches entre Le Tampon et La Plaine-des-Palmistes

L’État a accordé à Engie le permis exclusif de recherches géothermiques Cafres-Palmistes, sur un secteur situé entre Le Tampon et La Plaine-des-Palmistes. Signé par la ministre déléguée chargée de l’Énergie, Maud Bregeon, l’arrêté marque une étape importante pour un dossier stratégique dans la quête d’autonomie énergétique de l’île, mais toujours sous forte vigilance environnementale.
Le dossier franchit une nouvelle étape. Par arrêté signé le 1er avril dernier par Maud Bregeon, ministre déléguée chargée de l’Énergie, l’État a officiellement accordé à Engie Energie Services le permis exclusif de recherches de gîtes géothermiques dit Cafres-Palmistes, dans les Hauts de La Réunion.
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Le périmètre retenu couvre 54,9 km² sur les communes du Tampon et de La Plaine-des-Palmistes, pour une durée de cinq ans. Ce titre minier donne à l’opérateur l’exclusivité des recherches sur la zone. L’arrêté précise qu’il ouvre "l’exclusivité du droit d’effectuer tous travaux de recherches dans le périmètre qu’il définit".

Autrement dit, Engie peut désormais engager les études et investigations nécessaires pour confirmer, ou non, l’existence d’une ressource géothermique exploitable dans le sous-sol réunionnais. Le texte fixe également un engagement financier minimal de 6,695 millions d’euros sur la durée du permis.
Pas encore l’autorisation de forer
Ce feu vert de l’État ne signifie pas qu’une centrale verra le jour à court terme. Il ne vaut ni autorisation automatique de forage profond, ni validation d’un projet industriel.
Les services de l’État l’avaient rappelé lors de la consultation publique organisée entre le 27 octobre et le 26 novembre 2025 : "L’octroi du titre minier (...) ne donne pas le droit au pétitionnaire de forer."
Toute opération de forage devra faire l’objet d’une demande spécifique en préfecture, avec de nouvelles études techniques et environnementales.
Le document évoquait toutefois la possibilité d’"un, voire deux forages exploratoires" et, à terme, la volonté affichée par le porteur du projet de construire "une centrale de production d’électricité et de chaleur d’une puissance estimée supérieure à 15 MWe".
L’Autorité environnementale avait tiré la sonnette d’alarme
C’est l’un des points centraux du dossier. En avril 2025, l’Autorité environnementale avait rendu un avis particulièrement scruté sur ce projet, estimant que si les incidences immédiates du permis pouvaient apparaître limitées, les enjeux futurs restaient considérables.
L’institution demandait d’"approfondir et d’actualiser, aux différentes étapes du projet, l’analyse de l’état initial, des enjeux environnementaux et des incidences" afin de cibler les secteurs présentant le moins de risques.
La ressource en eau potable figurait en tête des préoccupations. Le périmètre recoupe en effet des masses d’eau souterraines stratégiques, notamment celle de La Plaine-des-Palmistes. L’Autorité environnementale insistait sur la nécessité de prendre en compte "la nécessaire protection des ressources en eau destinée à la consommation humaine".
Autre sujet sensible : les zones humides et la biodiversité. Trois zones humides étaient déjà identifiées dans le secteur, dont la Mare à Boue, avec des inventaires naturalistes jugés encore insuffisants. L’autorité recommandait d’éviter les travaux dans les secteurs à enjeux écologiques.
Enfin, l’avis pointait un enjeu rarement évoqué : les interactions possibles avec la surveillance volcanologique. L’institution estimait nécessaire d’évaluer le risque que certaines opérations puissent perturber les dispositifs d’observation sismique utilisés pour le suivi du volcan.
Une piste stratégique pour l’île
À La Réunion, la géothermie reste perçue comme l’un des leviers potentiels de l’autonomie énergétique. Sur une île encore dépendante des importations d’énergies fossiles, la perspective d’une énergie locale, pilotable et disponible en continu reste scrutée de près.
Contrairement au solaire ou à l’éolien, la géothermie peut produire indépendamment des conditions météorologiques. Un atout de poids dans un territoire insulaire.
Le secteur Cafres-Palmistes, entre les grands ensembles volcaniques de l’île, figure depuis plusieurs années parmi les zones jugées prometteuses.
Un dossier déjà passé par la case justice
Le projet a toutefois avancé sur une ligne de crête étroite. La Casud, candidate malheureuse lors de la mise en concurrence, avait contesté la sélection d’Engie devant le tribunal administratif. Sa requête a été rejetée en janvier dernier.
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Les juges ont notamment estimé que la société disposait de capacités techniques supérieures, avec "une équipe projet composée d’un directeur géothermie et innovation, d’un hydrogéologue, d’un géologue sénior et d’un ingénieur forage", dans une décision rendue en janvier dernier.
Une étape, pas un aboutissement
Pour Engie, l’arrêté ministériel constitue une avancée majeure. Pour La Réunion, il remet sur le devant de la scène une ressource longtemps évoquée mais jamais concrétisée à grande échelle.
Reste désormais à démontrer que le potentiel du sous-sol peut se transformer en production réelle, sans fragiliser un environnement parmi les plus sensibles de l’île.


