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Faut-il autoriser l’extraction de gaz et de pétrole dans les Outre-mer ?

Ecrit par Thierry Lauret – le mercredi 28 janvier 2026 à 19H18
Photo Pixabay.

Une proposition de loi du sénateur macroniste Georges Patient vise à autoriser l’extraction de gaz et de pétrole à Mayotte, en Guyane et à Saint-Pierre et Miquelon. Une initiative soutenue à La Réunion par Viviane Malet et Stéphane Fouassin, mais qui fait hésiter Évelyne Corbière et Audrey Bélim. De son côté, la ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’y oppose frontalement, estimant qu’un tel signal affaiblirait la crédibilité internationale de la France en matière climatique.

La loi dite Nicolas Hulot votée en 2017, censée susciter un effet vertueux sur l’exploitation des énergies fossiles, va-t-elle finir enfouie sous les décombres de l’Histoire ? Jeudi 28 janvier, le Sénat examine en séance publique une proposition de loi du sénateur guyanais Georges Patient visant à autoriser l’extraction de pétrole et de gaz dans les Outre-mer.

Une possibilité jusqu’ici interdite par la loi Hulot, même si, dans les faits, aucune région ultramarine ne fait l’objet de convoitises clairement affichées de la part des majors pétrogazières, lesquelles s'imposent le plus souvent face aux souverainetés nationales, s'affranchissant le cas échéant des populations concernées et du respect des règles environnementales.

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C'est pourtant la pression de l’opinion publique et de la classe politique émanant de la Guyane qui semble avoir modifié la donne. Dans les pays voisins du Suriname et de Guyana, le débat sur le bien-fondé environnemental de l’extraction du pétrole n’a pas pesé bien lourd face à l’appétit des entreprises et la perspective, pour certains illusoire, d’engranger des recettes non négligeables pour la population.

Audrey Bélim, entre abstention et vote favorable

C’est dans ce contexte de tension économique et sociale que le sénateur macroniste Georges Patient et certains de ses collègues ultramarins (dont les Réunionnais Stéphane Fouassin et Viviane Malet, le Guadeloupéen Victorin Lurel et le Mahorais Thani Mohamed) ont fait enregistrer le 3 décembre une proposition de loi « visant à lever dans les territoires d’Outre-mer l’interdiction de recherche, d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures ».

Même si le géant français TotalEnergies semble considérer le gisement de pétrole en mer au large de la Guyane pas assez significatif pour y investir l’argent de ses actionnaires, la perspective de forages offshore continue de susciter, dans l'imaginaire collectif, l’espoir d’une soudaine manne d’argent qui jaillirait de l’océan Atlantique.

Mirage du modèle extractiviste ou réelle perspective de développement ? « En Guyane, il y a un sentiment de ras-le-bol, les gens ont l’impression d’être mis sous cloche. J’y étais l’année dernière, même certains indépendantistes sont favorables au pétrole. La population voit l’orpaillage illégal, la collecte halieutique illégale et elle a l’impression que la France les contraint à respecter des règles que les autres n’appliquent pas », rapporte Audrey Bélim, qui a prévenu son groupe socialiste qu’elle ne devrait pas le suivre lors du vote sur la proposition de loi.

« L'intention est bonne, mais les garde-fous n'existent pas »

Le PS et les sénateurs de gauche songent en effet à s’opposer au projet qui, outre la Guyane, ouvre la possibilité d’extraction à Mayotte et à Saint-Pierre et Miquelon. Audrey Bélim explique que malgré son questionnement sur les conséquences environnementales de l’extraction gazière ou pétrolière, elle considère ne pas devoir s’opposer aux aspirations de ses collègues d’Outre-mer.

Interrogée, Évelyne Corbière affiche une grande prudence, qui traduit peut-être un embarras entre ses propres convictions et la volonté politique de certains de ses collègues ultramarins. La sénatrice du groupe Communiste républicain citoyen et écologiste - Kanaky évoque « un sujet délicat » et souligne que « la question se pose pour les populations concernées directement et pour les populations environnantes ».

Évelyne Corbière pourrait, semble-t-il, se laisser convaincre de ne pas s’opposer à la proposition de loi, « à condition qu'on ne porte pas atteinte aux populations, mais l'histoire nous raconte des faits bien différents. À chaque fois, ce sont les mêmes qui se gavent. L'intention est bonne, mais les garde-fous n'existent pas », commente-t-elle, en indiquant qu’elle pourrait être absente de la séance publique du 29 janvier, en raison de sa nomination comme rapporteur d’une commission d’enquête sur les inégalités systémiques dans les Outre-mer.

Comment le Gouvernement se positionne sur ce texte ?

Le texte a aussi mis en lumière des divergences au sein de l’exécutif. La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, s’y oppose frontalement, estimant qu’un tel signal affaiblirait la crédibilité internationale de la France en matière climatique. À l’inverse, la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, soutient cette initiative portée par des sénateurs ultramarins. Le ministère de l’Économie a, lui aussi, exprimé des réserves, accentuant les tensions internes autour de cette proposition de loi.

Le mauvais exemple de TotalEnergies au Mozambique

Si l’attention médiatique se focalise sur la Guyane depuis l’annonce de la proposition de loi, la situation de Mayotte, idéalement positionnée dans un canal du Mozambique où l’exploitation gazière attire toutes les grandes majors internationales, a cependant peu été évoquée.

Dans un communiqué aux médias, le collectif Alerte océan Indien souligne son opposition à la proposition de loi de Georges Patient et condamne « le soutien de l’État Français au projet gazier de TotalEnergies au Mozambique. Ce projet a suscité l’opposition des riverains, qui ont été délogés par des nervis à la solde de la multinationale. Celle-ci devra répondre de plusieurs meurtres devant la justice. »

Le collectif souligne que sur le plan environnemental, « l’extraction et la liquéfaction du gaz naturel émet une énorme quantité de gaz à effet de serre ». Selon le rapport  du sénateur Horizon Vincent Louault, « la géologie de Mayotte ne présente a priori qu'un intérêt limité pour des industries pétrolières et gazières, malgré sa présence dans le canal du Mozambique. » Il ajoute que « s'agissant des autres territoires français, le contexte géologique de Juan de Nova est le plus favorable à la présence potentielle de systèmes pétroliers. »

57,8 milliards d'euros de facture énergétique en France

Pas d’emballement non plus dans le rapport parlementaire concernant l’intérêt de forer en Guyane, un territoire dont environ 90% de la surface est inscrit comme espace protégé. « L'essor pétrolier que connaissent le Guyana et le Suriname s'explique par leur géologie sous-marine, distincte de celle de la Guyane », avance le sénateur Vincent Louault.

De fait, ce sont bien les eaux de l’archipel de Saint-Pierre et Miquelon, dans le golfe de Saint-Laurent, qui offriraient aujourd’hui le plus fort potentiel en volume d’extraction, au point que « la présence d'hydrocarbures représente un enjeu géopolitique fort pour la France et le Canada » selon le site gouvernemental Geoportail.

En France, la facture énergétique s’élevait à 57,8 milliards d’euros en 2024, avec 99% des hydrocarbures importés pour seulement 4 millions de barils de pétrole brut produits sur le territoire national, essentiellement en région parisienne et aquitaine.

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