Explosion aux Seychelles : Quand la police enquête sur elle-même

Dans la nuit du 6 au 7 décembre dernier, les habitants de Mahé, la principale île de l'archipel des Seychelles, ont vécu des heures tragiques qui marqueront à jamais l'histoire du pays. De fortes précipitations se sont abattues sur le Nord de Mahé, causant trois décès et d'importants dégâts dans les maisons et sur les infrastructures routières, tandis que l'explosion de quatre conteneurs d'explosifs a soufflé la zone industrielle de Providence, dans l'Est.
La semaine dernière, une délégation des Émirats Arabes Unis a rencontré le président de la République Wavel Ramkalawan et des discussions sur une possible aide exceptionnelle ont été rapportées par le média en ligne Seychelles News Agency. Wavel Ramkalawan a déjà annoncé une aide financière de 25.000 roupies (1.716 euros) pour chaque maison endommagée ne pouvant se prévaloir d'une assurance. Pour les 43 maisons recensées par les services de l'État comme étant vouées à la destruction, le gouvernement versera un million de roupies par foyer, l'équivalent de 68.642 euros, pour leur reconstruction.
En tout, la facture devrait se situer entre 7,5 millions et 15 millions d'euros. « Il faut savoir que nous sommes à dix-huit mois des élections et que le gouvernement ne pouvait pas rester sans réagir », observe Rassin Vannier, rédacteur en chef du média en ligne Seychelles News Agency et correspondant de l'AFP aux Seychelles.
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Si la responsabilité de l'entreprise CCCL, dont quatre conteneurs de dynamite ont explosé en occasionnant d'importants dégâts, sera déterminée par l'enquête en cours, les autorités ont fait savoir que la société allait d'ores et déjà contribuer à un fonds de soutien à la population.
« Il n'y a pas beaucoup d’informations qui filtrent sur l'enquête au niveau de la police, ils sont en train d‘interroger les gens pour déterminer ce qu'il s'est passé », indique Rassin Vannier. « Ici aux Seychelles, pour détenir des explosifs, une société privée doit avoir l'aval de la police, ou de l’armée si c’est à caractère militaire. Des voix dans la population, mais aussi des politiques, s'élèvent pour demander une enquête indépendante : est-ce que la police peut mener une enquête sur elle-même ? C’est la question qui est posée ici », cadre le journaliste.
La présence d'experts britanniques sur le sol seychellois a par ailleurs été évoquée par les autorités pour justifier de l'impartialité des investigations entreprises, sans forcément convaincre. D'autant que le flou persiste sur les conditions ayant conduit à l'explosion des conteneurs de dynamite : peu avant l'accident, des pompiers appelés pour un incendie non loin se seraient rendu sur place et auraient assisté à l'explosion, sans être blessés.
« Selon le commissaire de police, les pompiers ont été informés qu’il y avait un incendie et c’est en arrivant sur place qu’a eu lieu l’explosion. Toutes sortes de scénarios complotistes prennent le pas ici. Tant que les autorités ne communiqueront pas, il y aura des doutes dans les esprits et chacun continuera à se faire son propre scénario rocambolesque sur le déroulement des faits », déplore Rassin Vannier.
L'explosion de Providence aura eu une autre conséquence inattendue : la semaine dernière, le média Today In Seychelles a indiqué que 25 tonnes de nitrate d'ammonium, un composé chimique hautement explosif (à l'origine des explosions de l'usine AZF de Toulouse et du port de Beyrouth), avaient été déplacées en urgence - et par précaution - dans la partie est de l'île de Mahé, dans une zone peu habitée.
Aux Seychelles, le nitrate d'ammonium est notamment utilisé pour fabriquer la glace nécessaire à l'industrie de la pêche, pour alimenter par exemple les thoniers français qui naviguent dans les eaux très poissonneuses de l'archipel.


