EXCLUSIF - L’enquête visant David Vital et deux magistrats confiée au Parquet national financier

L’enquête pour corruption et trafic d’influence visant David Vital et deux hauts magistrats précédemment en poste à La Réunion, a finalement été dépaysée à Paris pour être confiée aux bons soins du Parquet National Financier (PNF).
La chancellerie y a sans doute mis son grain de sel. Car le parquet général de la cour d’appel de Saint-Denis a fini par accepter le principe d’une délocalisation de l’enquête pour corruption et trafic d’influence, ouverte en décembre 2024 par le parquet de Saint-Denis à l’encontre de David Vital et de deux ex-magistrats en poste à La Réunion. Les investigations ont été confiées à la fine fleur des magistrats anti-corruption puisque le Parquet National Financier a été saisi de cette enquête considérée comme ultra-sensible.
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Non pas parce que David Vital resterait un personnage influent aux yeux de la magistrature. Mais parce que son ancien voisin de palier et grand ami Bruno Karl, président du tribunal judiciaire de Saint-Denis de 2017 à 2022, est un grand magistrat. Après avoir quitté La Réunion, il est resté presque trois ans à l’inspection générale de la justice. Puis il a été affecté en début d’année en Nouvelle-Calédonie comme premier président de la cour d’appel de Nouméa.
Menus avantages
L’autre personnage central, qui fait que cette enquête est prise avec des pincettes, se nomme Alain Chateauneuf, premier président de la cour d’appel de Dijon en Côte d’Or depuis qu’il a quitté La Réunion, en avril dernier. En ce qui le concerne, les magistrats du PNF devraient s’intéresser à deux périodes clés. Celles où il a été en poste dans l’île. Tout d’abord de décembre 2009 à octobre 2014 en tant que président du tribunal de grande instance de Saint-Denis. Puis, plus récemment, quand il s’est retrouvé à la tête de la cour d’appel de Saint-Denis en qualité de premier président, de 2018 à 2025. Sept années, le maximum. Le Graal aussi pour un magistrat si attaché à l’océan Indien qu’il a été en poste à Mayotte de 1997 à 2004, en tant que président du tribunal de première instance de Mamoudzou.
Courant 2024, les policiers du Service Territorial de la Police Judiciaire (STPJ) ont acquis la conviction que David Vital entretenait des relations douteuses avec les deux magistrats. Cette découverte a été faite à la suite d’une perquisition dans son luxueux appartement de Bois-de-Nèfles, en avril 2024.
Environ 30 000 euros en cash avaient été trouvés dans le cadre d’une enquête pour fraude fiscale suite à un signalement de Tracfin. Surtout, les enquêteurs avaient mis la main sur quelque 250 000 messages WhatsApp que David Vital conservait comme des reliques depuis belle lurette.
A ce titre, Alain Chateauneuf est le plus ancien correspondant du petit chef d’entreprise, également gros joueur et organisateur de parties de poker clandestines. Selon nos informations, des messages font allusion à des billets d’avion qui auraient profité à l’entourage immédiat du magistrat. Mais ce n’est pas tout…
Soupçons autour d’un petit job
Lors du premier séjour d’Alain Chateauneuf, en tant que président du tribunal de grande instance, son fils a bénéficié d’un job rémunéré et peu chronophage à la Région Réunion pendant quelques mois. Ce privilège a été octroyé en 2013 sous la mandature de l’ex-président Didier Robert. A l’époque, David Vital faisait la pluie et le beau temps à la Pyramide inversée par le biais de ses relations privilégiées avec le big boss dont il était un des hommes à tout faire, rémunéré comme chargé de mission du groupe politique. Quelles missions ? En procédure, des mis en cause ont parlé, expliquant aux enquêteurs que David Vital avait intercédé en leur faveur pour obtenir un passe-droit contre espèces sonnantes et trébuchantes.
Si les policiers ont retracé un message faisant allusion à un coup de piston au sein de la collectivité, il semble que ce sont les investigations de Zinfos974, publiées en mai dernier, qui ont permis de faire précisément le lien avec le fils du magistrat. Y-a-t-il eu des renvois d’ascenseur de la part d’Alain Chateauneuf qui faisait montre d’une grande prudence et que beaucoup imaginaient au-dessus du moindre soupçon ? Il revient aux super-magistrats du PNF de le vérifier.
Méchant accident de parcours
Zinfos974 avait aussi rappelé que le magistrat, alors président du TGI de Saint-Denis, était favorablement intervenu au bénéfice d’une auxiliaire de justice à la suite d’un accident de la circulation, en septembre 2012. Un procès en misouk avait été soigneusement orchestré deux ans plus tard. Le secret devait être si bien gardé que la Caisse primaire d’Assurance Maladie (CPAM) n’avait pas été mise dans la boucle. Il est utile de préciser que les victimes de cet accident, un bébé et sa grand-mère qui avaient été fauchés sur un passage protégé, ont payé les frais médicaux. Un comble et même un scandale aux yeux de toute personne normalement constituée !
La mère de l’enfant, étudiante en BTS au moment de l’accident, a réglé à ce jour l’intégralité de la note du CHU pour un montant de plus de 9 000 euros. Il lui a fallu une décennie, à raison de quelques dizaines d’euros par mois prélevés sur leurs maigres allocations versées par la CAF, pour que l’ardoise soit effacée. A ce qu’il paraît, le dossier est toujours ouvert… 13 ans après l’accident. Mais toujours pas de remboursement en vue. Il faudrait sans doute que l’avocate en partie civile se penche sérieusement sur la question au lieu d’esquiver sa cliente comme cela nous a été rapporté par l’intéressée. Ces cas de figure sont-ils isolés ? Ce n’est pas certain si l’on en croit les langues qui se délient petit à petit et qui pourraient apporter prochainement leur lot de nouvelles révélations.
Soirées VIP au champagne
En ce qui concerne Bruno Karl, l’enquête ouverte par le PNF doit là encore faire la lumière sur les messages suspects échangés avec David Vital. Certains laissent entendre que le président du tribunal judiciaire a été sollicité pour intervenir dans des dossiers en cours de traitement par la justice. Vrai ou faux ? Vantardise de la part de son grand ami David Vital ? Apportant de l’eau au moulin des enquêteurs, plusieurs personnes, mises en cause dans les enquêtes à tiroirs impliquant le petit chef d’entreprise multi-cartes, font état d’une très grande proximité entre les deux hommes. Un secret de polichinelle que beaucoup n’ignoraient pas chez les robes noires et dans un cercle amical élargi. Certains avaient d’ailleurs invité le magistrat à davantage de prudence.
Le petit chef d’entreprise avait noué des liens si indéfectibles avec son voisin de palier qu’il se vantait avec assurance et sans vergogne d’avoir « la justice dans sa main ». A Zinfos974, des joueurs de poker ont affirmé qu’ils étaient unis comme les deux doigts de la main. Ils passaient d’ailleurs beaucoup de temps ensemble comme l’indiquent plusieurs photos collectées par nos soins. Lors des soirées VIP de Bruno Karl, David Vital faisait partie des hôtes de marque. Généreux en affaire, celui qui faisait commerce de champagne aux côtés de son père venait rarement les mains vides.
Les mystères de l’affaire Aboukir
Parmi les dossiers épineux qui pourraient piquer de curiosité le PNF se trouve celui de Pascal Aboukir. Ce voyou patenté avait balancé le nom de Bruno Karl bien avant que David Vital ne tombe dans les filets de la police pour une fraude fiscale à six chiffres. Pascal Aboukir racontait à l’époque que le président du tribunal avait une très grande proximité avec son voisin de palier, grand organisateur de parties de poker. Cette proximité interroge quand on regarde de près les circonstances dans lesquelles Pascal Aboukir est tombé pour le braquage et l’enlèvement d’un joueur de poker autour d’un rond de cartes en 2021. Zinfos974 a révélé à ce propos l’envoi d’une curieuse lettre de corbeau, à la fois bien ciselée et renseignée, qui avait été adressée à la hiérarchie judiciaire moins d’une semaine après les faits.
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Enregistrée le 13 août au tribunal de Saint-Denis, elle était nommément destinée à la procureure de la République, Véronique Denizot, qui venait tout juste de mettre les pieds sur l'île. Un exemplaire était envoyé à l'attention de la procureure générale, Fabienne Atzori, elle aussi fraichement arrivée à la tête de la cour d'appel. Le nom du premier président de la cour d'appel, Alain Chateauneuf, apparaissait lui aussi. Seul Bruno Karl, en tête de liste par sa fonction, était dispensé d'avoir son nom sur la dénonciation anonyme.
Une plainte pour assassinat
Qui a écrit cette lettre de trois pages qui désignait à raison Pascal Aboukir ? Mystère. Mais certainement pas les joueurs présents au moment du braquage ni même la victime principale, Michel M., qui attendra d'ailleurs le 2 septembre 2021 pour déposer plainte pour enlèvement et extorsion de fonds. Dans cet imbroglio où l’on retrouve pêle-mêle un joueur à grosse surface financière et un policier douteux au bas mot, David Vital a lui aussi été entendu en procédure pour ne rien dire hormis les noms de témoins qui figuraient déjà dans la lettre anonyme.
Trois ans plus tard, il se trouve que parmi les messages sibyllins, restés en possession de David Vital puis collectés par la police, figure une ou plusieurs perles dont un SMS embarrassant adressé au magistrat. Selon nos informations, il fait référence à la lettre du corbeau transmise à la justice, le tout dans un laps de temps ultra concomitant. Et puis il y a la mort mystérieuse de l’inaudible lanceur d’alerte Pascal Aboukir, retrouvé inanimé dans sa cellule en janvier 2024, qui ajoute à l’opacité de l’affaire. Son avocat, Me Fabian Gorce, a d’ailleurs déposé plainte contre X pour assassinat juste avant les vacances australes 2025.
Une enquête longtemps restée secrète
Ce sont tous ces indices, et sans doute d’autres encore, qui ont conduit la procureure de la République de Saint-Denis, Véronique Denizot, et son adjointe de l’époque, à ouvrir une enquête préliminaire pour trafic d’influence et corruption à l’encontre de leurs éminents collègues, dans le plus grand secret en décembre 2024. Pas le style de procédure que des magistrats initient à la légère étant donné la stature de Bruno Karl et d'Alain Chateauneuf, alors toujours premier président de la cour d’appel de Saint-Denis. C’est d’autant plus vrai qu’à la cour d’appel, certains n’y étaient pas favorables du tout.
Raison pour laquelle un premier dépaysement envisagé dans le ressort de la cour d’appel d’Aix-Marseille avait échoué. L’hommage - il est vrai succinct à Alain Chateauneuf parti en avril 2025 comme premier président à Dijon - rendue à la cour d’appel au moment de l’installation de son successeur l’a confirmé entre les lignes. Coïncidence sans doute, c’est désormais chose faite après la parution de l’article de Zinfos974 intitulé : Que fait la chancellerie ? Contacté, le PNF nous a fait savoir qu’il « n’entendait pas communiquer sur ce dossier ». Ce qui n’est pas une surprise.


