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Enquête sur David Vital et deux magistrats : que fait la Chancellerie ?

Ecrit par Eric Lainé – le lundi 7 juillet 2025 à 17H09
David Vital, encadré de Bruno Karl et d'Alain Chateauneuf.

L'immobilisme du Ministère de la justice, en proie à une enquête ouverte pour corruption et trafic d'influence visant deux hauts magistrats alors qu'ils étaient en poste à La Réunion, pose sérieusement problème. Zinfos974 en explore ici les contours et les enjeux.

Excusez du peu ! En décembre 2024, la procureure de la République de Saint-Denis s'est payée le luxe d'ouvrir une enquête préliminaire pour corruption et trafic d'influence visant d'une part Bruno Karl, ex-président du tribunal judiciaire de Saint-Denis, alors inspecteur général auprès de la Cour de cassation à Paris, et d'autre part Alain Chateauneuf, encore premier président de la cour d'appel de Saint-Denis. Autrement dit : une enquête hautement sensible et donc périlleuse puisque susceptible d'éclabousser deux hauts magistrats français qui étaient en lien avec David Vital, petit chef d'entreprise à la réputation sulfureuse, lui-même déjà impliqué dans une enquête à tiroirs de fraude fiscale, de corruption et de blanchiment d'argent.

Inutile de dire qu'avant de prendre une telle initiative, la procureure de la République, Véronique Denizot, a pris le temps de la réflexion et qu'elle disposait d'indices suffisamment graves et concordants collectés par les policiers du Service territorial de police judiciaire (STPJ). Pas besoin d'avoir fait l'École nationale de la magistrature (ENM) pour savoir que la procureure générale près la cour d'appel de Saint-Denis, Fabienne Atzori, a été mise au parfum de ce qui se tramait et qu'elle a forcément réclamé à ses collègues du parquet de Saint-Denis une note circonstanciée sur les tenants et aboutissants de l'affaire. Laquelle a dû, tout aussi logiquement, en faire remonter la substantifique moelle au Ministère de la justice.

Véronique Denizot, procureure de la République de Saint-Denis

"C'est tout de même étrange..."

Une première question vient alors à l'esprit. Comment à ce stade n'a-t-il pas été envisagé sérieusement de délocaliser l'enquête au profit d'une juridiction métropolitaine et, par la même occasion, de faire en sorte que les policiers reçoivent le précieux concours d'un office central rompu aux investigations complexes ? Plusieurs magistrats, sollicités par Zinfos974, se posent toujours la question quand d'autres sont atterrés par l'immobilisme des plus hautes instances judiciaires. “C'est tout de même étrange...”, remarque une magistrate d'expérience.

Il est en effet inconcevable que la Chancellerie n'y ait pas mis son grain de sel, sachant que, deux mois plus tard, les magistrats concernés ont été promus à des postes de premier plan. Bruno Karl, nommé premier président de la cour d'appel de Nouméa dans un département très sensible, la Nouvelle-Calédonie. Alain Chateauneuf, d'ailleurs candidat malheureux à ce poste, finalement promu premier président de la cour d'appel de Dijon, en Côte d'Or.

"Pourquoi le CSM n'a-t-il pas réagi?"

Pourquoi le Conseil supérieur de la magistrature (CSM), qui étudie les candidatures des magistrats du siège, n'a-t-il pas réagi ?”, interroge cet autre patron de juridiction. Sa remarque est d'autant plus pertinente que d'autres magistrats postulaient notamment pour le poste de premier président à Nouméa. Mais à l'évidence, ce manque de clairvoyance n'affecte pas seulement les promotions en question. 

L'absence de réactivité pose aussi la question de la qualité des investigations que les enquêteurs du STPJ étaient en droit de mener à compter de décembre 2024. Comment, par exemple, ordonner des écoutes téléphoniques dans cette affaire sachant qu'il fallait passer par un juge des libertés et de la détention (JLD) dont le supérieur hiérarchique n'était autre que Alain Chateauneuf ? Comment, par exemple, opérer une perquisition à la Région pour saisir un dossier concernant un proche parent du premier magistrat du département sans éveiller les soupçons, sachant le degré de porosité des collectivités de l'île ?

"Vous avez semé une panique que vous n'imaginez même pas..."

Sans compter que cette manière de procéder en misouk et sans aide extérieure a jeté le discrédit sur la justice réunionnaise et suscité des doutes légitimes de la part des magistrats en poste ici. Quand Zinfos974 a révélé, dès le mois de mars 2025, l'existence de liaisons dangereuses entre David Vital, Bruno Karl et un autre juge du siège, identifiable par les magistrats comme étant Alain Chateauneuf, une onde de choc a traversé la cour d'appel et le palais de justice de Champ Fleuri. “Je n'ai jamais vu une chose pareille. Vous avez semé une panique que vous n'imaginez même pas...”, nous confiait, dès le mois de mars, un éminent magistrat du siège. Notamment parce qu'une grande partie des magistrats ont cru à un enterrement de première classe de la part du parquet de Saint-Denis. A tort, mais ils ne pouvaient pas le savoir, puisque l'enquête ouverte en décembre 2024 était alors tenue secrète.

En mai, comme en mars 2025, les révélations de Zinfos974 étaient remontées en un clic de souris à Paris. A La Réunion, plusieurs magistrats avaient reçu les messages de collègues de promotion interloqués. Dans les arcanes du pouvoir, certains avaient même cherché à savoir si les informations, distillées par Zinfos974, étaient à prendre au sérieux. Raison en tout cas pour réaffirmer haut et fort que les services du garde des Sceaux ne pouvaient pas ignorer qu'il y avait de gros trous dans la raquette. En attendant, le parquet de Saint-Denis et les policiers du STPJ continuent d'œuvrer seuls dans leur coin pour enquêter sur la base des quelques 250.000 textos saisis lors de la perquisition menée chez David Vital, en avril 2024.

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Etiquettes : Affaire David Vital

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