Être une femme, un obstacle à l'emploi à La Réunion

L’étude montre qu’en 2019 les Réunionnais de moins de 30 ans sont, bien qu’en moins grand nombre qu’en métropole, de plus en plus diplômés sans pour autant être plus autonomes qu’en 2011 (21 % en 2019 contre 17 % en 2011).
A diplôme équivalent, les jeunes atteignent l’autonomie, c'est-à-dire l’accès à un logement indépendant et à un emploi, plus tardivement qu’il y a 8 ans. Chez les jeunes Réunionnaises, la situation est d’autant plus paradoxale et l’on observe peu de changement entre 2011 et 2019.
Les inégalités se creusent chez les moins diplômées
Le diplôme est la première clé pour trouver un emploi et construire son indépendance. Aussi, plus le diplôme est élevé, plus l’autonomie est rapide. Pourtant, les jeunes femmes, plus nombreuses que les hommes à se lancer dans des études longues, ne sont pas forcément plus autonomes.
Si plus de la moitié des diplômées du supérieur cumulent logement et emploi dès 26 ans contre 28 ans pour les hommes, les Réunionnaises n'accèdent pas à l’autonomie de la même manière que les hommes, en particulier sur le plan professionnel.
L’écart d’accès à l’emploi s’estompe en revanche lorsque les femmes sont diplômées d’un bac général ou technologique, ou de l’enseignement supérieur. Des diplômes qu’elles atteignent plus souvent que les hommes.
Entre femmes et hommes à La Réunion, des inégalités encore marquées
Les Réunionnais trouvent généralement un emploi avant de quitter le foyer parental, tandis que les Réunionnaises ont un logement avant de décrocher un emploi.
A 23 ans, la moitié d’entre elles ont quitté le domicile familial, c’est 5 ans plus tard pour les jeunes hommes.
Le départ du domicile parental est souvent lié à une installation en famille et l’arrivée d’enfants est plus précoce chez les femmes. A La Réunion, la moitié des femmes de 26 ans sont mères. Seulement 16% de la moitié des hommes sont pères au même âge.
Les Réunionnaises de moins de 30 ans, dont la part en couple est de 24% en 2019, ont tendance à vivre avec un conjoint plus âgé.
Plus tôt elles quittent le système scolaire, plus tôt elles deviennent mères. Ainsi, les jeunes femmes sans diplôme sont majoritairement mères à partir de 22 ans contre 26 ans pour les titulaires d’un baccalauréat.
Ces maternités, qui impactent bien davantage les femmes que les hommes, constituent un obstacle de taille pour rechercher un emploi et donc pour accéder à l’autonomie. Une situation exacerbée lorsque les mères, bien plus nombreuses que le sexe opposé à le faire, élèvent seules leur(s) enfant(s).
On compte 15% de mère de famille monoparentale âgée entre 16 et 29 ans en 2019, un taux en augmentation par rapport à 2011. Chez les jeunes hommes, ce taux est de seulement 1 %.
Autrement dit, dans l’ensemble, les hommes vivent avec leurs parents, les femmes avec leurs enfants.
Une parentalité plus précoce augmente les difficultés d’insertion des jeunes Réunionnaises sur le marché du travail, mais la publication de l’INSEE montre également que même sans enfant, les femmes accèdent moins à l’emploi que les hommes.
Bac professionnel, CAP-BEP ou sans diplôme, à niveau de qualification égal, diplôme égal, elles travaillent bien moins souvent que les hommes, même sans avoir d’enfant.
Lorsqu’elles sont en poste, le champ des possibles est beaucoup plus réduit que chez les hommes. De manière générale, les formations suivies par les femmes sont moins diversifiées. La moitié des jeunes travailleuses se répartissent entre 9 familles professionnelles, contre 15 familles de métiers pour leurs homologues masculins. Parmi ces métiers qui regroupent la moitié des jeunes femmes de l'île on retrouve celui de vendeuse, d'infirmières ou sages-femmes, les professions para-médicales, des agents d'entretien, employées administratifs d'entreprise, enseignantes ou encore caissières ou employés de libre service
A titre indicatif, 9 % des jeunes femmes de 16 à 29 ans en emploi ont déclaré exercer la profession de vendeuse en 2019.
En 2019, seules 36 % des mères de 24 à 29 ans travaillent. Celles en couple sont davantage en emploi (43 %), mais toujours moins que les pères (60 %). Les cheffes de famille monoparentale de la même tranche d’âge ne sont, quant à elles, que 28 % à travailler.
Le frein majoritaire de leur employabilité est la garde d’enfant, un service où l’offre est largement insuffisante sur l’île avec 37 places pour 100 enfants de moins de 3 ans contre 60 places pour 100 enfants dans l’Hexagone.
Si elles n’exercent pas une profession, les Réunionnaises ne chôment pas pour autant. Comme ailleurs, elles consacrent plus de temps aux tâches domestiques que les hommes (ménage, cuisine, linge, courses, s’occuper des enfants ou des adultes, etc.). D’après une étude de l’INSEE portant sur l'égalité entre les femmes et les hommes en 2010, les femmes ont ainsi 3/4 d’heure de moins de temps libre que les hommes.


