Entre pouvoir traditionnel et Françafrique : Quelle sortie de crise "à la Malgache" après Maputo ?
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La nation Malgache : 222 ans... de 1787 à 2009 !
D'après la tradition orale, Andrianampoinimerina (1787-1810) alors souverain du petit royaume d'Imerina - au centre de la Grande île - fut le premier à affirmer une ambition d'envergure nationale, d’après sa célèbre citation "La mer sera la limite de ma rizière" ("Ny ranomasina no valamparihiko").
Après plus d'un siècle de succession royale, la dernière souveraine Ranavalona III (1883-1897) dut abdiquer face à l'annexion de Madagascar à l'Empire colonial français jusqu'à l'octroi de l'indépendance dans la Communauté Française en 1958.
En 49 années d'indépendance, la nation malgache a connu 3 Républiques:
· La première d'inspiration social-démocrate de Philibert Tsiranana (1958-1972) fut balayée en 1972 par le mouvement populaire de Mai 1972.
· Suite à une période douloureuse de transition –suite à l'assassinat le 11 février 1975 après une semaine de pouvoir du Chef de l'État, le Colonel Ratsimandrava- la 2e République fut plébiscitée en Décembre 1975 en même temps que le Capitaine de Frégate Didier Ratsiraka, réélu en 1982 et 1989.
· Après 16 ans de présidentialisme, la contestation aboutit à la "grande grève" de 6 mois de 1991 des Forces Vives jusqu’à l'instauration de la troisième République malgache par voie référendaire en 1992.
· Élu en 1993, le Professeur Zafy Albert est victime d'un empêchement parlementaire par ses propres alliés en 1996, d'où une nouvelle période de transition et des élections anticipées fin 1996 avec le retour de Ratsiraka, réélu au deuxième tour en 1997.
· Déjà vieillissant, Ratsiraka se représente en Décembre 2001, mais se heurte à une coalition de l'opposition derrière Marc Ravalomanana, alors maire de la capitale Antananarivo. Le bras de fer électoral (Ravalomanana menant à plus de 40 % et réclamant la victoire au premier tour) est conclu par le départ forcé de Ratsiraka, à bord d'un avion affrêté par la France en Juillet 2002.
· Réélu en décembre 2006, Ravalomanana gouverne pratiquement seul le pays et met en oeuvre le Madagascar Action Plan (MAP), appliquant une politique néo-libérale radicale (cf l'affaire Daewoo en 2008) et ligue peu à peu contre lui les milieux des affaires et la classe politique malgache.
· En Décembre 2006, le jeune entrepreneur Andry Rajoelina surnommé TGV est élu Maire de la capitale Antananarivo avec plus de 60% des voix contre le candidat du parti présidentiel TIM, infligeant à Ravalomanana son premier revers politique et devient la "bête noire" du régime, subissant multiples tracasseries administratives et financières.
· Le 17 décembre 2008, suite à la fermeture de la station TV VIVA pour avoir rediffusé une interview de l’ex-président Ratsiraka et fort du soutien des forces d’opposition, Andry Rajoelina lance un ultimatum au régime Ravalomanana pour réclamer la réouverture de sa station TV privée: le pouvoir sous-estime le mouvement de masse dirigé par Andry TGV et répond par la répression, à la suite de quoi une fraction de l'armée se retourne contre le président.
· Avant de prendre la route de l'exil, Marc Ravalomanana délègue le 17 Mars 2009 ses pouvoirs à un directoire militaire, qui décide sous la pression de la rue de transmettre illico les pleins pouvoirs au chef du mouvement de masse Andry Rajoelina; ce dernier est ensuite intronisé Chef de l'Etat par la Haute Cour Constitutionnelle le 21 Mars 2009.
Pouvoir et contre-pouvoir taditionnels
Les archives des historiens et la tradition orale rapportent que les pratiques de conciliation politique datent de l'époque des premiers royaumes à partir du 14e siècle (Antemoro, Sakalava, Imerina...) tant sur les côtes qu'à l'intérieur du pays. En Imerina, la disposition du "fanjakana arindra" (traduisible par "pouvoir arrangé") -édictée du temps des dernières souveraines Vazimba Rafohy et Rangita- était déjà une forme de transition politique entre les modes de succession héréditaire clanique et de type royal.
Cette structure permit d'étendre l'influence du royaume Merina à partir d'Andrianampoinimerina, qui gagna la bataille alimentaire (aménagement hydrorizicole de la plaine d'Antananarivo) avant de mener sa politique de conquête militaire et d'alliance avec les royaumes périphériques. Son successeur Radama 1er étendit cette politique, avec l'appui des "pays amis" (Angleterre, Etats-Unis) alors favorables à l'émergence d'un pouvoir royal centralisé entre les mains d'un souverain ("andriamanjaka"= littéralement "noble régnant") durant la première moitié du 19e siècle.
Dans ce contexte historique, la fonction royale du "andriamanjaka" était de "formuler et prendre des décisions conformes au bien public, respectueuses des antiques conventions fondamentales ("fenitra") et admissibles par la grande majorité des sujets" (Jean-Pierre Domenichini, in "les Andriana dans l'histoire", 1999). Lorsqu'il advenait que le souverain déroge aux conventions ou fasse preuve d'incompétence manifeste, il était dit "manjaka tapany" ("qui ne règne qu'à moitié") et susceptible de destitution par les anciens et les dirigeants de la Cour royale (comme le roi Radama II, chassé du pouvoir en 1863 par une insurrection de possédés "ramanenjana" soutenus par la classe des riches marchands "hova").
En corollaire de ces traditions, on peut interpréter les pratiques de pouvoir et de contre-pouvoir actuelles comme une réactualisation de l'idéologie monarchique encore vivace dans la mémoire collective de la population malgache à 80% rurale (à lire notamment sur zinfos974.com du 10 juillet 2009: "Essai sociologique sur l'avenir politique de Madagascar" sur un récent ouvrage de Nirina Rajaonison). Raison pour laquelle, élus ou "installés" à la tête du pays, les chefs d'Etat malgaches - de Philibert Tsiranana à Andry Rajoelina- sont toujours considérés comme "choisis par Dieu" et donc dignes d'un accueil princier dans leurs déplacements à travers la Grande Ile (à l'extérieur, c'est une autre histoire du fait des activistes du GTT qui ne l'entendent pas de cette oreille!).
Néanmoins, tout dirigeant peut être du jour au lendemain déclaré sous la pression de la rue "manjaka tapany", comme l'a vécu récemment Marc Ravalomanana au firmament de sa réussite économique et politique (et même spirituelle, en cumulant les fonctions de chef de l'Etat de vice-président de l'Eglise Protestante FJKM !)...
Imbroglio politique
Derrière le consensus de façade de la Haute Autorité de la Transition, les débats durant les Assises régionales ont révélé des fissures dans les fondations de la quatrième République malgache: certaines régions ont ainsi refusé l'abaissement de l'âge minimum de candidature aux présidentielles, manifestant leur refus à une éventuelle candidature de Andry Rajoelina au prochain scrutin.
Le scoop de la "Convention d'Epinal" du 06 Juin 2009 - reconnaissant Andry Rajoelina tout en annonçant un nouveau gouvernement de la diaspora - démontre l'influence des réseaux de la Françafrique qui n'hésite pas à s'impliquer dans des coups foireux pour défendre les intérêts français (notamment les banques et le pétrole) et brouiller les cartes du microcosme politique malgache. A tel point que le Premier Ministre de la Transition Monja Roindrefo a fait appel à la Haute Cour Constitutionnelle pour confirmer que "le Premier Ministre ne peut être remplacé jusqu'à ce que les nouvelles dispositions de la Transition soient mises en place".
Dernier épisode en date du 1er Août 2009 à l'Hôtel Panorama d'Antananarivo: Après 14 heures de débats parfois orageux, la Médiature de la République présidée par Mme Andréas Monique (ex-SG de la Commission de l'Océan Indien) a réussi à élaborer un projet de Charte de transition (à lire sur sobika.com du 03/08/09), cosigné par un certain nombre de dirigeants politiques, de représentants de la société civile et des opérateurs économiques rassemblés en conclave.
Ledit projet de charte, confirmant à leur poste Andry Rajoelina et Monja Roindrefo, est déjà qualifié d'unilatéral par les pro-Ravalomanana qui ont quitté la salle avant la fin des débats: ce qui promet des blocages en perspective lors la présentation de ce projet de charte "à la malgache" à Maputo et pour la suite des discussions "après-Maputo"...
Exemple Africain
Pour l'heure, le remue-ménage politicien occulte les enjeux fondamentaux de la nouvelle constitution, à savoir la refondation républicaine - élections libres et transparentes, indépendance du pouvoir judiciaire, liberté de la presse- et la réaffirmation de la souveraineté nationale sur les ressources naturelles malgaches convoitées par les consortiums multinationaux.
Sur ce dernier point, les altermondialistes malgaches emmenés par l'association "Otrikafo" (signifiant "flamme" patriotique) de Rajaonah Andrianjaka constatent la continuité de la ligne néo-libérale initiée par Marc Ravalomanana: par exemple, le gouvernement de transition envisagerait de conclure des contrats d'exportation d'eau de source, convoyée par pipe-line puis par bateaux vers l'Arabie Saoudite (projet "qui aurait déjà reçu la bénédiction des chefs traditionnels" d'après certaines autorités!) provoquant la colère du nouveau parti écologiste "Hasin'i Madagasikara". Le débat économique de fond initié lors des Assises régionales pourrait passer à la trappe du fait des pressions internationales: d’où le procès d'intention aux futures résolutions de la Conférence Nationale (prévue fin Août 2009), déjà qualifiées d'unilatérales par l'Union Européenne!
Face à l'imbroglio économico-politique ambiant, la rencontre de Maputo pourrait permettre d'éclairer les leaders politiques malgaches à l'écoute de la sagesse africaine: on pense notamment à l'expérience mauritanienne, suite à l'accord de Dakar du 02 Juin 2009 instituant la dissolution de la junte militaire, la démission du président légitime renversé Sidi Mohamed Ould Cheikh Abdellahi et l'organisation d'élections présidentielles sous un gouvernement d'union nationale.
Mais la comparaison s'arrête là car le "cas malgache" est plus compliqué, compte tenu des revendications sur la nouvelle Constitution avant les législatives ou les présidentielles, ainsi que le point d'interrogation sur la candidature de Andry Rajoelina qui déclare qu'il est encore trop tôt pour en parler mais dit qu"il sera toujours disposé à servir la Nation en tant que président ou à un autre poste".
Pour mémoire, il avait déjà affirmé au micro de Nicolas Champeaux sur RFI le 30 Janvier dernier:" Je ne serai pas candidat, je suis encore jeune même si on m'appelle TGV, j'ai encore plus de 25 ans de carrière politique!": affaire à suivre...!
A lire également sur zinfos974.com : ["Madagascar 2009 : pas d’état de grâce pour la transition malgache"]urlblank:http://www.zinfos974.com/Madagascar-2009-Pas-d-etat-de-grace-pour-la-transition-malgache-%21_a5485.html (08-04-09) et ["Nouvelle médiation internationale après les Assises régionales malgaches"]urlblank:http://www.zinfos974.com/Nouvelle-mediation-internationale-apres-les-Assises-regionales-malgaches_a8364.html (07-07-09)
03 Août 2009
Adygasy-SystemD


